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regagnèrent leur domicile dans la ville, quelques uns furent tués et le reste fut arrêté. Il fallut protéger ces derniers contre la fureur du peuple. Le désarmement s'acheva ensuite sans autre difficulté ; mais d'une émeule carliste, on passa à une émeute libérale.

La population fit entendre une voix d'improbation énergique contre un ministère qui, en tardant à ordonner le désarmement des volontaires, avait laissé la révolte se promener audacieusement dans la capitale. Des cris de colère furent poussés contre M. Zéa et contre le ministre de la guerre, don José Cruz.Cen'était plus seulement leur renvoi, mais bien leur tête, qu'on alla demander avec des clameurs effrayantes, jusque sous les fenêtres de la reine. Le 28 et le 29 des groupes continuèrent à parcourir Madrid', en proférant des menaces semblables, et en criant vive la liberté ! Toutefois ce mouvement finit par tomber de lui-même devant quelques patrouilles,

Dans le nord, l'insurrection semblait obtenir des succès. Tout le mois d'octobre n'avait présenté qu'un chaos obscur de marches et de contre-marches des bandes rebelles, des troupes et des guérillas qui se croisaient dans tous les sens å travers la Biscaye et la Navarre , lour à tour victorieuses ou vaincues, sans en venir d'ailleurs, sur aucun point, à une action décisive. Au commencement de novembre, les carlistes firent des progrès nolables. Jaureguy et Castagnon durent évacuer Tolosa , et se retirer sur Saint-Sébastien. D'un autre côté, le général Saarsfield ne bougeait pas de Burgos, et celle temporisation, impatiemment supportée, l'occupation de Tolosa par les insurgés, la retraite de Jaureguy et de Caslagnon, qui disposaient à peu près de toutes les forces du gouvernement dans les provinces basques, tout cela donnait de l'importance à l'insurrection, qui s'étendait dans un rayon de vingt à trente lieues autour de Bilbao. Mérino avait même poussé des reconnaissances assez avant sur la route de Madrid. En-deçà de l'Ebre, les révoltés étaient maitres du pays;

ils placèrent des sentinelles sur la rive espagnole de la Bidassoa et cernèrent Saint-Sébastien. Quelques barques vinrent même de Bilbao pour bloquer la place par mer, ce qui fut cause d'un commencement d'intervention du gouvernement français, qui envoya un certain nombre de petits bâtimens rétablir les communications entre Saint-Sébastien et Bayonne.

Les troupes de la reine se battaient bien; on ne citait pas une seule défection dans l'armée; mais ses forces étaient insuffisantes pour en finir avec ces bandes innombrables d'insurgés qui se dispersaient après une défaite, et ne tardaient pas à reparaître sur un autre point. Voilà comment des soulèvemens, faibles à leur naissance, menaçaient de prendre de l'aceroissement, parce que le gouvernement n'avait à sa disposition qu'une armée de 40 à 50,000 hommes, avec un trésor vide, ou à peu près. Aussi de tous les reproches qu'essuyait le ministère, l'un des plus vifs était d'avoir, pendant la longue agonie de Ferdinand, licencié une vingtaine de mille hommes, des meilleures troupes, sans pourvoir à leur remplacement. Dans le public, et jusque dans le conseil de régence, od M. Zéa rencontrait une forte opposition, on voyait là une sorte de trahison envers la jeune reine , trabison confirmée, disait-on, par le maintien des volontaires royalistes, bien que le ministre les sût dévoués à don Carlos; par le refus d'entrer en arrangement avec la France et l'Angleterre, au sujet du Portugal, où don Miguel ne se montrait pas moins hostile aux droits de la fille de Ferdinand que partial en faveur de son frère ; par l'exil imposé à des partisans sincères de la succession directe;

les en traves mises à tout élan patriotique. A la vérité, le gouvernement venait de rompre toute relation diplomatique avec don Miguel , mais ce n'était pas encore là reconnaître dona Maria, et faire alliance avec les constitutionnels portugais. Il n'est pas jusqu'aux hésitations de Saarsfield , qui ne fussent également imputées à crime au premier ministre.

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enfin par

Après trois semaines environ passées dans Burgos , soit à réunir ses forces, soit à prendre ses dispositions, soit à contenir les carlistes du pays, ce général se décida à sortir de cette ville avec son armée qu'il dirigea sur Vittoria, en trois colonnes, pour mieux faire face à un ennemi peu propre à combattre en ligne, mais assez nombreux pour l'envelops per, s'il ne divisait l'attaque, et par conséquent la résistance. Il était suivi par le curé Mérino et attendu vers l'Ebre par le député général Verasteguy, qui se trouvait à la tête des Biscayens insurgés. Ceux-ci comptaient done que les troupes de la reine seraient mises entre deux feux; mais les bandes de Mérino ne recevant pas exactement leur paie et craignant de s'aventurer dans un pays qu'elles ne connaissaient pas, demandèrent à rétrograder : le fameux curé roda encore quelque temps dans les montagnes, où il essuya divers échecs.

En marchant, le 20 novembre, sur Vittoria, les troupes de Saarsfield rencontrèrent au pied de la montagnede Penscanada les avant-postes des insurgés qui couvraient cette forte position, et le village du même nom. Ils furent immédiatement culbutés. La position dont la hauteur domine sur la grande route , défendue par 1,500 rebelles, fut assaillie de front et enlevée, après plusieurs attaques, par l'avant-garde de l'armée sous les ordres du général Lorenzo. Des armes, des munitions, des bagages restèrent entre ses mains , ainsi que 150 prisonniers de la classe des simples soldals, tous les officiers ayant été fusillés sur-le-champ. Une fois ce corps détruit, les troupes de la reine poursuivirent leur marche jusqu'aux environs de Vittoria, où elles eurent affaire à un deuxième corps ennemi, également en.position sur des hauteurs, dont le général Lorenzo s'empara aussitôt sans beaucoup de perte. Saarsfield entra ensuite dans Vittoria, et de là il se porta sur Bilbao qu'il occupa le 25 novembre sans coup férir , après une espèce de réaction anti-carliste.

Les insurgés étaient dispersés , et l'on pouvait regarder

comme terminée la guerre des villes et des plaines; mais la guerre des montagnes, des défilés, des embnscades, allait commencer , la guerre véritablement espagnole, celle qu'on aurait le plus de peine à éteindre, et qui ne nuirait pas moins à l'action du gouvernement. C'est ce qu'on vit bientôt sur un grand nombre de points. Dans le royaume de Valence, les carlistes se concentrèrent à Morella, et il fallut de l'artillerie pour les débusquer de ce château fort. Du reste, les deux partis continuèrent la lutte, sans échec, sans avan. tage signalé, dans une multitude de rencontres dont aucune n'eut de résultat décisif.

Au moment où Saarsfield s'était mis en mouvement, le mécontentement qu'inspiraient ses lenteurs était au comble à Madrid, et achevait d'ébranler le cabinet qui perdit encore un de ses membres. Sur la démission de don José Cruz, un décret du 16 novembre chargea le général Zarco-del-Valle de gérer par interim le ministère de la guerre. Ce général avait été, en 1820, sous secrétaire-d'état du même département, sous la direction du marquis de Las Amarillas, qui était aujourd'hui l'un des membres les plus distingués du conseil de régence, et l'un des adversaires irréconciliables de M. Zéa. Le général Saarsfield fut aussi remplacé, dans le commandement de l'armée , par le général Geromino Valdès, et reçut un titre de Castille pour dédommage

ment.

Ainsi, chaque jour, M. Zéa faisait de nouvelles concessions aux libéraux ; chaque jour, il se voyait débordé de plus en plus, et forcé de signer la disgrâce de ses propres créatures dont la chute présageait la sienne. Les nombreuses réformes marquées au coin du progrès et d'un véritable libéralisme, que lui ou son collègue M. Burgos préparait ou exécutait, ne diminuaient nullement les hostilités auxquelles il était en butte.

Parmi ces réformes, il faut remarquer un décret du 30 novembre, divisant l'Espagne en 49 provinces, qui prendront

le nom de leurs capitales respectives, et seront administrées par des subdélégués du ministère de l'intérieur (sụbdelegados del fomento). Cette nouvelle division (1) était un premier

pas

dans la voic de l'unité territoriale de l'Espagne, à laquelle le roi Joseph et les Cortès de 1822 avaient voulu parvenir par des mesures plus décisives que celle-ci, mais qui restérent sans effet. La division actuelle n'avait osé toucher ni aux priviléges des quatre provinces insurgées, ni aux limites des autres.

Cependant le gouvernement s'affaiblissait chaque jour davantage. Dans Madrid et hors de Madrid , son influence se réduisait presque à rien. Des exils auxquels on n'obéissait pas, des suppressions de journaux qui étaient remplacés le

(1) Voici les principales dispositions de ce décret important :

Le territoire espagnol, dans la péninsule et dans les îles adjacentes, est divisé en 49 provinces qui prendront le nom de leurs capitales , excepté la Navarre, l'Alava, le Guipuscoa 'et la Biscaye qui conserveront leurs dénominations actuelles.

L'Andalousie formera huit provinces, sa dir: Cordoue, Jaen , Grenade, Almeria, Séville, Malaga , Cadix et Huelva ; l'Aragon , trois : Sariagosse, Huesca et Teruel; – la principauté des Asturies , une: Oviédo; La Nouvelle-Castille," cinq: Madrid, Tolède , Ciudad - Réal, Cuença et Guadalajara; – La Vielle - Castille, huit : Burgos, Valladolid , Palemia, Avila, Segovie , Soria , Logrono et Santander; – La Catalogae, quatre : Barcelonne, Tarragone, Lerida et Girone ; l'Estramadure , deux : Badajos et Cacerès; - la Galice, quatre : la Corogne , Vigo, Orenze et Pontevedra;- le royaume de Léon, trois : Léon, Salamanque et Zamora ; le royaume de Murcie deux: Murcie et Albacete; le royaume de Va. lence, trois: Valence, Alicante et Castellon de la Plana.

Pampelune, Vittoria, Bilbao et Saint-Sébastien sont les capitales des quatre provinces de Navarre, Alava, Biscaye et Guipuscoa ; Palma celle des iles Baléares; Santa-Cruz de Ténériffe celle des Canaries.

A ce décret était annexé un tableau de la population de l'Espagne dont le total ne montait qu'à 12,1 20,086 habitans, et encore ce chiffre étaitil , disait un journal de Madrid , plutôt exagéré que diminué, parce que chaque province en enflant sa population avait tâché de rehausser son importance politique.

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