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lendemain par d'autres feuilles encore plus hostiles, des actes sans aucune force, décréditaient et usaient le ministère : vers la fin de l'année, il ne comptait plus guère que trois membres actifs : M. Zéa, M. Zarco-del-Vallé, M. Burgos. Le ministre des finances, M. Martinez , ayant donné sa démission, avait été remplacé, provisoirement, par M. Burgos. Bien que sa présence aux affaires eût été signalée par

de nombreuses améliorations administratives, il avait contre lui la rapidité de sa fortune et ses antécédens financiers, comme M. Zéa ses antécédens politiques. Ajoutons que la reconnaissance de la reine par les cours d'Autriche, de Prusse et de Russie , que l'on supposait favorables au ministère actuel, n'était pas venue: c'était un grief de plus. D'un autre côté, la guerre civile n'avait pas cessé de désoler le

pays.

Il y avait de temps à autre des rassemblemens populaires à Madrid. Quoique l'insurrection dans le nord eût perdu les villes importantes dont elle s'était d'abord emparée, elle continuait à se manifester par une foule de combats acharnés où la victoire, il est vrai, restait le plus souvent aux troupes de la reine, mais sanglante et inutile en quelque sorte, parte que les bandes vaincues se reformaient après la défaite, couraient à de nouvelles attaques, infestaient les montagnes, les routes, et meltaient par leur système de défense les meilleures combinaisons en défaut. La situation de l'Espagne était donc des plus difficiles, et de là cet amas toujours grossissant de malédictions qui s'accumulait sur la tête du premier ministre, surtout dans les provinces, où les capitaines-généraux exerçant un pouvoir dictatorial; qu'il lui était impossible de faire rentrer dans les limites légales , contrariaient ouvertement ses ordres, les devançaient, refusaient d'y obéir, destituaient les autorités et les remplaçaient par des hommes de leur confiance, au mépris même des nominations de M. Zéa. Il faut remarquer ici que, sans les capitaines-généraux, don Carlos régnait en Espagne; ils avaient sauvé le trône de la reine,

en contenant sévèrement les carlistes et en armant les libéraux, c'est-à-dire en prenant une voie opposée à celle de M. Zéa, contre lequel ils se préparaient à s'élever, forts du service qu'ils avaient rendu, avec une énergie qui devait le renverser au commencement de l'année suivante.

CHAPITRE IX.

PORTUGAL. Situation des deux partis au commencement de l'année. –

Embarras de don Pedro.- Forces respectives des deux armées. — Don Pedro se décide à prendre l'offensive. Départ d'une expédition pour les Algarves. Succès de cette expédition. Combat naval du. cap Saint-Vincent. Prise de la flotte migueliste. Attaque générale contre Porto. Progrès de l'expédition des Algarves. Mouvement populaire à Lisbonne en faveur de dona Maria. – Les troupes constitutionnelles entrent à Lisbonne. - Arrivée de don Pedro dans cette ca. pitale. Premiers actes de son administration. Reconnaissance du nouveau gouvernement par la France et l'Angleterre. — Levée du siége de Porto. — L'armée de don Miguel marche sur Lisbonne. Préparatifs de défense. Attaque des miguélistes sur la capitale. - Arrivée de dona Maria. Défaite des miguélistes. Don Miguel se replie sur Santarem. Tentatives de négociation.

Résumé de la campagne.

Les premiers mois de l'année se passèrent, en Portugal, sans amener ancun changement remarquable dans la position des deux parties belligérantes.

Enfermé dans Porto que les troupes de don Miguel assiégeaient vainement depuis cinq mois, don Pedro toujours infatigable mettait tous ses soins à élever des batteries, à construire des redoutes, des retranchemens, à réparer les pertes de son armée et à la renforcer par des enrôlemens faits en France et en Angleterre. Il appela même le général français Solignac, pour lui confier le poste de son major-général. Parmi les soutiens que la cause constitutionnelle acquit en. core à celle époque, on distinguait les généraux Saldanha et Stubbs. Ils débarquèrent à Porto vers la fin de janvier. Don Pedro et la population leur firent un brillant accueil. L'arrivée du général Saldanba que la couleur tranchante de ses principes libéraux avait fait tenir éloigné jusqu'alors du Portugal, semblait annoncer une modjfication dans les idées po

litiques de don Pedro, d'autant plus qu'elle coïncidait avec le remplacement dans le ministère des affaires étrangères du duc de Palmella , à qui la modération de ses opinions avait valu toute la confiance des cabinets de Londres et de Paris.

Les opérations militaires, des deux parts, consistaient, comme l'année précédente, en bombardemens et engagemens partiels que variaient, par occasion, des attaques et des sorties plus régulières, pour détruire des ouvrages déjà élevés ou empêcher d'en construire de nouveaux. Aucune de ces affaires n'eut un résultat décisif ou permanent, et toutes, elles n'offrirent qu'une répétition sans intérêt des mêmes détails. Les efforts du régent et du général Solignac tendaient à enlever les retranchemens et les batteries miguélistes qui commandaient la rivière et faisaient obstacle au débarquement des recrues et des provisions. De leur côté les miguélistes lançaient par intervalle des bombes et des boulets sur la ville, dont parfois les habitans avaient beaucoup à souffrir dans leurs personnes et dans leurs propriétés. Ils supportaient avec patience et courage leurs privations et leurs pertes. L'armée, qui n'était pas régulièrement payée et où se trouvait un si grand nombre d'étrangers, était plus difficile à retenir dans les liens de la subordination. Il y eut mème un moment où la situation de don Pedro devint des plus critiques. Le choléra avait paru à Porto en janvier. Bientôt après, les temps orageux empêchèrent toute communication avec la mer, tandis que des navires chargés de munitions et de provisions se voyaient dans l'impossibilité de franchir la barre du Douro, la rareté des vivres se faisait de plus en plus sentir dans la ville. Pendant quelques jours tout le monde autour de don Pedro desespéra de sa cause, et la question d'évacuer Porto fut agitée; mais quant à ce prince, il ne se laissa jamais abattre: son courage fut toujours égal à sa persévérance ;

sa détermination de conduire à terme son entreprise resta inébranlable.

Au milieu de tous ces embarras, il n'en fallait pas moins Ann. hist. pour 1833.

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et

être toujours préparé à répondre aux assiégeans. Leurs assants quelquefois très-vifs furent continuellement repoussés avec succès. Le 4 mars, les miguélistes, après avoir bombardé la ville toute la nuit, attaquèrent résolument dans la direclion de Cordello et de saint Jean-de-Foz. Leur projet était de couper les communications de la ville avec ce dernier village, situé à l'embouchure du Douro sur la rive du nord. Ils avaient d'abord voulu faire une diversion dans le voisinage d'Agua-Ardiente ; mais on s'était bien vite aperçu que l'attaque principale était dirigée vers la ligne de Cordello. Ils revinrent à la charge jusqu'à trois fois, et, après six heures de combat, ils durent se retirer sur lous les points. On porta leur perte à 1,500 hommes. Leur défaite dans cette journée fut une des plus complètes qu'ils eussent encore essuyées depuis le commencement du siége. Les constitutionnels n'avaient à regretter que 100 hommes. Enfin, comme si la fortune voulait les favoriser entièrement, le temps, qui avait été affreux pendant six semaines, se remit au beau ; on put débarquer des provisions de toute espèce d'une trentaine de bâtimens å la hauteur de la rivière, et l'abondance reparut dans Porto.

Ces avantages furent contrebalancés par une grave mésintelligence survenue entre Sartorius et don Pedro, qui acčusait son amiral de n'avoir pas fait tout ce qui lui était possible avec les forces navales réunies sous ses ordres. Ainsi prévenu, le régent n'aitendait que l'occasion d'ôter à Sartorius son commandement. Bientôt une révolte éclata sur la flotte à cause du défaut de paiement et de la démission offerte par l'amiral, sous la condition que tous les engagemens contractés envers lui et ses marins seraient exécutés. Don Pedro envoya pour l'arrêter deux officiers que Sartorius fit saisir et mettre à fond de cale; puis il s'éloigna de la côte, laissant tout le monde dans l'incertitude s'il ne reviendrait pas bloquer don Pedro avec ses propres vaisseaux. Il fallait donc donner satisfaction à la flotte, et c'est probablement le parti que prit

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