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le régent, car les mécontentemens parurent apaisés de part et d'autre; mais on ne doutait point qu'il ne cherchất dès lors un successeur à Sartorius.

Les choses pendant les mois d'avril et de mai, malgré de nouvelles tentatives des miguélistes contre la ville et quelques sorties des assiégés plus ou moins heureuses, restèrent à peu près sur le même pied. Les miguélistes avaient au sud du Douro 6,000 hommes, un camp retranché et sept redoutes fermées; au nord, leurs forces étaient de 16 à 17,000 hommes. L'effectif de l'armée de don Pedro s'élevait à 13,000 hommes, dont 1,500 de garde nationale : à cet effectif on ajoutait 2,500 bourgeois et paysans, chargés du service intérieur. Les lignes de Porto avaient 2,500 toises d'étendue; il fallait 5,000 hommes pour les défendre. Quatre redoutes et des re. tranchemens occupés par 2,000 hommes de bonnes troupes assuraient les communications avec la mer.

Dans le courant de mai et les premiers jours de juin, don Pedro ayant reçu des renforts assez considérables pour la flotte et pour l'armée, on pút espérer que les assiégés ne tarderaient pas, en prenant l'offensive, à faire enfin sortir celte guerre fatale du cercle étroit où l'enfermaient l'attaque et la défensé d'une place. Les généraux se livrèrent avec ardeur à tous les préparatifs de l'entrée en campagne. Don Pedro semblait se multiplier : les exercices, les revues, les détails d'organisation et d'administration, il s'occupait de tout avec' son activité et son énergie habituelles. Dans le nombre de ses nouveaux compagnons d'armes, on remarquait le capitaine Napier, de la marine anglaise ; homme de tête et de coeur qui inspira tout d'abord une confiance générale par son habileté, son jugement et son courage. C'est lui que le régent donna pour remplaçant à Sartorius dans le commandement en chef de la flotte. Un conseil de guerre s'assembla

pour

décider à quel parti on s'arrêterait. Trois propositions furent faites : par la première, la flotte portait sur Lisbonne, où un mouvement était

certain à l'approche des forces constitutionnelles, un corps de 4,000 hommes commandé par don Pedro en personne : d'après la seconde, ce corps serait dirigé vers les Algarves, où l'on s'était également ménagé des intelligences; mais, dans ce cas, un simple général aurait la conduite de l'entreprise, tandis que don Pedro resterait à Porto pour attendre les événemens : suivant la troisième, on faisait une sortie avec toutes les forces réunies, et l'on s'ouvrait un passage jusqu'à Lisbonne. Le général Solignac insistait pour le premier ou le dernier parti; la majorité du conseil se rallia au second. A la suite de cette décision, qu'il jugeait la plus périlleuse et la inoins utile, le général Solignac donna sa démission. L'expédition, forte de 3,000 hommes environ, fut placée sous les ordres du comite de Villaflor, qui portait maintenant le titre de duc de Terceira. .

Ces forces 'auraient pu paraître insuffisantes pour une attaque sur Lisbonne ; mais on avait reçu les renseignemens les plus favorables des dispositions de la capitale et de l'escadre de don Miguel. D'ailleurs le choléra, qui sévissait avec violence à Lisbonne, avait dû jeter le découragement parmi les troupes (1). On parlait de discordes, de désertions nombreuses dans la garnison. Enfin, les habitans étaient plus que jamais irrités par les emprunts forcés et des vexations de tous genres. Quant aux Algarves, on ne connaissait

pas, sur tout le littoral, de point qui fût plus dégarni de troupes et où la population se montrât mieux disposée en faveur, de la reine dona Maria. Toul concourait donc à promettre uđe*heureuse issue à l'expédition projetée.

(1) Au 11 juillet, d'après les rapports officiels de la junte supérieure de santé, il y avait eu depuis l'apparition de l'épidémie (fin d'avril ou commencement de mai), 6770 cas de choléra , dont 3280 s'étaient terminés par la mort.

La flotte sous les ordres du capitaine Napier (1) comptait cinq bateaux à vapeur, trois frégates , deux corvettes et un brick. Le duc de Palmella était à bord avec les troupes, en qualité de représentant immédiat de la régence, chargé des pleins-pouvoirs de don Pedro. Le 21 juin on mit à la voile de Porto, et le 24, un premier débarquement de troupes s'opérait du côté de Villa-Réal sur la côte méridionale des Algarvés. La garnison de cette ville, composée de' i',200 hommes environ , parut vouloir opposer quelque résistance. L'amiral Napier fit alors avancer ses bâtimens en ligne contre les batteries. Après une courte canonnade, la garnison étant divisée d'opinion, une partie sortit de la ville, l'autre se déclara pour dona Maria. Le duc de Terceira, ayant pris toutes les mesures pour assurer l'occupation de la ville, partagea sa petite armée en deux corps, envoya l'un au nord sur l'Alentejo, et se porta avec l'autre à l'ouest par Tavira et Faro sur Lagos. Aucun obstacle sérieux n'arrêta sa marche. L'amiral Napier le suivit avec sa flotte en longeant la côte.

A Tavira, capitale des Algarves, il y avait une escadrille consistant en deux bricks et trois autres petits bâtimens tous armés et préposés à la protection des côtes de la province. Les équipages s'enfuirent à l'approche de la flotte constitutionnelle, et l'amiral Napier s'empara des bâtimens. Ensuite, débarquant sans la moindre opposition, quoique la ville eût une garnison de plus de 400 hommes, l'amiral et quelques uns des siens prirent possession de la citadelle, où ils ne trouvèrent qu'une' sentinelle, et arborèrent le drapeau de dona Maria. Bientôt arrivèrent les ducs de Terceira et de Palmella', auxquels les habitans

(!) Il avait pris le nom plus méridional de Carlos de Ponza, parce qu'en 1813, lorsqu'il commandait le vaisseau anglais la Tamise , il s'empara avec beaucoup de bravoure de la petite île de Ponza , sur la côte de Naples.

firent l'accueil le plus favorable. A mesure qu'ils avançaient, la population les saluait comme des libérateurs. Outre les sommes qu'ils recueillirent dans les caisses du gouvernement, les canons, les munitions, les armes de toutes espèces dont ils se rendirent maîtres, ils reçurent des dons d'argent, de chevaux, d'armes ; des volontaires et des soldats des troupes de don Miguel entrèrent aussi dans leurs rangs ; plusieurs villes envoyèrent des députations ou des adresses pour reconnaître l'autorité de la reine, et, en peu de jours ses couleurs flottèrent sur tout le royaume des Algarves. C'était débuter sous d'heureux auspices; la suite ne les démențit pas.

La nouvelle de ces événemens parvint par le télégraphe à Lisbonne. Aussitôt des préparatifs de départ furent ordonnés à bord de l'escadre miguéliste dans le Tage. De son côté, celle de Napier appareillait le 14 juillet de Lagos où la reine avait été proclamée sans opposition, pour aller bloquer le Tage op provoquer qu combat la Aoitę miguéliste, s'il pouvait la rencontrer. C'est ce qui arriva le 5 à la hauteur du cap. Saint-Vincent, Les miguélistes comptaient 2 vaisseaux de ligne, 2 frégates, 3. corvettes, 2 bricks et 1 chebec ; l'amiral Napier n'avait que 3 frégates, ¡ corvette, I brick et ? petit schooner. Les bateaux à vapeur refusèrent de le seconder.

La brise étant devenue propice , Napier plaça son escadre à portée de l'ennemi qui s'était formé en bataille, ses vaisseaux de ligne en tête, ses frégates sur les flancs, et le reste un peu au large. Napier déclara son in. tention d'attaquer le vaisseau la Raynha, de 80 canons, avec son navire amiral et le Don Pedro; il așsigna à la frégate la Dona Maria, la Princesse royale de 56 canons , et le Martins de Freitas de 48 canons aux-bricks le Portuense et le Villaflor, laissant en dehors de l'action le Jean VI de 74 canons, qui portait une flamme de .commodore, et les autres petits bâtimens de l'escadre miguéliste. A deux heures,

les vaisseaux de Napier étant prêts, chacuv prit position, et ils ouvrirent un feu terrible sur toute la ligne de bataille. La Raynha fut abordée sur tous les points. L'ennemi ne put résister à cette attaque impétueuse; mais il se défendit bien sur son tillac, et fit acheter la victoire aux constitutionnels. En même temps la frégate la Dona Maria arrivait courageusement sur la Princesse royale, dont elle se fut bientôt emparée. La Raynha rendue, Napier donna la chasse au Jean VI, qui baissa pavillon sans brûler une amorce. Ensuite, l'amiral courut sur le Martins de Freitas qui, quoique démâté et désemparé par le Pillaflor et le Portuense, était trop fort pour eux et avait gagné le large. Napier en fit aussi sa conquête. Les trois corvettes et les deux bricks réussirent à se sauver de sa poursuite, malgré tous ses efforts pour

les en empêcher. La marine de don Miguel n'en avait pas moins cessé d'exister. Les miguélistes avaient eu 78 tués et 108 blessés ; les constitutionnels 25 tués et 92 blessés.

Aucun des coups portés jusqu'alors à la puissance de don Miguel n'avait encore été aussi décisif que celui-ei; la balance si long-temps incertaine entre les deux partis pencha visiblement dès ce jour en faveur de la cause constitutionnelle. Napier fut créé par don Pedro vicomte du cap de Saint-Vincent, du nom de sa victoire. Il reptra avec l'escadre vaincue dans le port de Lagos, se hâta de réparer ses avaries, et mit bientôt après à la voile pour Lisbonne, ayant son pavillon amiral à bord du Jean VI.

La garnison de Porto répondait aux brillans snccès de l'expédition des Algarves en continuant à se défendre avec vigueur. Le 5 juillet , une nouvelle attaque de l'armée assiégeante avait été repoussée comme toutes les précédentes. Mais d'autres périls se préparaient ici pour les constitutionnels. Don Miguel, à l'aide de ses partisans au dehors , recrutait aussi pour sa cause, des vaisseaux, des marins, des officiers et des soldats, et trouvait aussi des fonds à emprunter.

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