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si M. Manners Sutton toucherait concurremment sa pension avec ses appointemens comme président, et lorsque la négative eut été bien établie, il fut nommé de nouveau à une majorité considérable( 241 voix contre 31). «La réélection qui vient d'être constatéc, .dit' aussitôt M. Cobbett, annoncele maintien d'un système déplorable; car M. Manners Sutton a toujours eu les mains dans les poches du pcuple.»

Le 5 février, la première session du nouveau parlement fut ouverte par le roi. Jamais à aucune autre époque, ainsi qu'il commença par le dire, des objets d'un plus grand intérêt et d'une plus haute importance n'avaient appelé l'attention des deux Chambres. Il avait encore à déplorer la continuation de la guerre civile en Portugal, et l'insuccès de ses efforts pour amener un arrangement définitif entre la Belgique et la Hollande. Au reste, les assurances qu'il continuait à recevoir des dispositions amicales des principales puissances de l'Europe, le confirmaient dans l'idée que la paix générale serait maintenue.

Le roi annonçait ensuite sur 'quelles graves matières le parlement aurait à délibérer. L'expiration prochaine des chartes de la banque d'Angleterre et de la compagnie des Indes orientales, demanderait une révision de ces établissemens. L'attention des Chambres serait aussi dirigée sur l'état de l'église, particulièrement en ce qui concerne ses biens teniporels et l'entretien du clergé. Les plaintes qu'avait excitées la perception des dimes paraissaient nécessiter un changement de système. Il y aurait de plus à rechercher si les revenus de l'église ne pourraient pas être distribués d'une manière plus judicieuse et plus équitable. Pour compléter l'œuvre commencée par l'acte de composition des dîmes qui avait passé dans la dernière session, relativement à l'Irlande, le roi recommandait l'arłoption d'une mesure d'après laquelle les propriétaires fonciers seraient mis à même de se libérer, moyennant une juste commutation, du fardeau d'un paiement annuel. Quoi

que l'église établie d'Irlande fût unie par la loi d'une manière permanente à celle d'Angleterre, elle se trouvait cependant dans des circonstances particulières qui demandaient un examen séparé.

Après quelques paroles favorables sur l'état des finances, après avoir annoncé, qu'à très-peu d'exceptions près, la paix publique régnait en Angleterre, le roi revenant à l'Irlande, s'exprimait ainsi :

« J'ai à remplir le pénible devoir de dire que les désordres dont j'ai déjà parlé à la fin de la dernière session , ont considérablement augmenté en Irlande. L'esprit d'insubordination et de violence s'est élevé au degré le plus effrayant ; il óte toute sûreté aux personnes et aux propriétés, brave l'antorité de la loi , et menace d'entrainer les conséquences les plus fatales s'il n'est promptement et efficacement réprimé.

« J'ai la certitude que je n'aurai pas vainement recours à votre loyauté et à votre patriotisme pour me prêter appui dans ces déplorables circonstances, et que vous serez prêts à adopter telles mesures de précautions salutaires et à me confier tels pouvoirs extraordinaires qui peuvent être jugés nécessaires pour réfréner et punir les perturbateurs de la paix poblique, ainsi que pour préserver et renforcer l'union législative des deux pays; union que, avec votre aide et par la grâce de la divine providence, je suis déterminé à maintenir par tous les moyens en ma puissance, comme indissolublement liée avec la paix, la sécurité et le bien-être de mon peuple. »

Dans la Chambre des lords, l'adresse fut acceptée sans division: le seul débat qui s'éleva fut engagé par lord Aberdeen et le duc de Wellington, sur la politique étrangère, qu'ils critiquaient, comme de coutume, d'un ton d'aigreur et de personnalité, surtout par rapport au Portugal et à la Hollande, mais sans présenter aucunes vues nouvelles.

Les choses se passèrent bien différemment dans la Chambre des communes. La partie du discours du trône, qui faisait allusion à l'adoption de mesures extraordinaires pour la répression des troubles d'Irlande, avait excité l'indignation et les alarmes d'un grand nombre de membres de la députation irlandaise. Aussi l'adresse, qui n'était, suivant l'usage, qu'un écho du discours royal, rencontra-t-elle une violente opposition. M. O'connell commença l'attaque contre ce qu'il appelait «une sanguinaire, brutale et inconstitutionnelle

adresse ». Il attribua les crimes qui se commettaient en Irlande aux fautes du gouvernement, et nia que ces crimes eussent d'ailleurs aucune connexion avec la politique. Jamais l'Irlande n'avait eu un gouvernement aussi tyrannique qu'à présent; il avait persécuté la presse, le peuple et même les prêtres; mais il n'avait absolument rien fait pour rétablir la tranquillité du pays. Aussi long-temps que l'Irlande aurait des sujets de plainte, M. O'connell déclarait qu'il ne cesserait d’employer l'agitation pour obtenir le redressement de ses griefs, à l'exemple de ce qu'avaient fait les Anglais eux-mêmes pour conquérir la réforme. Le premier de ces griefs, c'était une magistrature dont les membres professaient une religion différente de celle de la nation, armée d'un pouvoir arbitraire, ayant autorité pour infliger des amendes et des emprisonnemens, et contre laquelle il n'y avait pas à espérer de recours. Presque toujours les catholiques étaient exclus de cette magistrature, que les ennemis de l'Irlande et de ses libertés avaient remplie de leurs créatures et de leurs partisans. Le mode de nommer les jurés était un autre grief non moins grave. Les corporations dont la bigoterie et l'intolérance étaient bien connues, essuyaient aussi la censure de l'orateur. Enfin, il réclamail la liberté religieuse pour les Irlandais, ainsi que l'abolition des dimes, et demandait pourquoi ils devaient payer vingt-deux évêques et une quantité innombrable d'autres prêtres pour des services dont ils n'avaient que faire. Il conclut en proposant que

la Chambre se formât en comité général, pour prendre en considération l'adresse au roi.

Le secrétaire pour l'Irlande (M. Stanley), que M. O'connell venait de dénoncer comme le plus cruel ennemi de ce pays, lui reprocha d'abord de n'avoir pas saisi l'occasion d'aborder la question du rappel de l'union, ce grand objet de ses harangues passionnées , de ses promesses, de ses espérances, de toute son agitation. Au lieu de cela, il avait prononcé un discours plutôt adressé à ceux du dehors qu'à

la Chambre, et contenant les déclamations ordinaires sur l'indifférence avec laquelle les affaires de l'Irlande étaient traitées. Quant à la nécessité de mesures plus énergiques que les lois existantes , M. Stanley la démontrait en énumérant tous les crimes qui avaient été commis dans quelques comtés, pendant les douze derniers mois. C'est en vain que le gouvernement avait eu recours à tous les moyens de la législation ordinaire, pour mettre un terme à tant de meurtres, de brigandages, d'incendies. On avait dit que la loi avait des châtimens pour tous les outrages, pour tous les désordres qui souillaient l'état social en Irlande; mais la question n'était point là.

a La question, continuait l'oraleur, est de savoir si la loi peut être exécutée. N'est-elle pas, en fait, une lettre morte, d'autant plus qu'on ne peut compter d'aucune manière sur le courage moral des jurés ? Une cliose notoire, c'est qu'il est presque impossible de trouver en Irlande un jury assez hardi pour condamner un délit qui touche les associations populaires. Si les jurés se rendent à leur poste, et remplissent loyalement Jeur devoir, ne se placent-ils pas sous la menace de la vengeance du peuple ? ne s'exposent-ils pas à voir leurs personnes partout signalées, lenrs maisons peut-être incendiées et leurs moissons détruites, quoiqu'ils n'aient, Iait qu'exécuter les obligations solennelles d'un serment ? D'on autre coté, n'y a-t-il pas malheureusement trop de preuves que les jurés. cherchent plutôt à obtenir les applaudissemens de la populace qu'à remplir leur devoir, et que cette mémne multitude, lour à tour menaçante et caressante, s'empresse de faire la moisson de ceux qui ont absous un délinquant populaire ? La loi existante suffit-elle quand il est notoire qu'on ne peut trouver un jury poor condamner un incendiaire ou un meurtrier nocturne, et, s'il se trouve un jury mieux disposé, que nulté. moin n'ose faire la déposition nécessaire pour convaincre le jury, quoique la culpabilité de l'accusé soit aussi évidente que le jour ? 'll est inutile d'essayer de remédier aux maux de l'Irlande, à moins que la majesté de la Joi ne soit avant tout rétablie. Pour qu'on gouvernement soit aimé, it doit d'abord étre craint, et aucun gouvernement n'est craint qui n'a pas le pouvoir de protéger la vie et les biens des sujets du roi. »

Lord Althorp admettant que le devoir de la Chambre était de faire droit aux justes plaintes de l'Irlande, et déclarant que le ministère avait l'intention d'écarter lous les griefs qui pourraient l'être, demanda si ce n'était pas aussi un grief, qu'il n'y eût plus de sûreté pour les personnes et les propriétés ; que le meurtre, le brigandage nocturne et l'incendie désolassent ce royaume. Et puisqu'ils étaient obligés de remédier aux autres maux, devaient ils négliger ce

lui-là ? Quant aux mesures d'amélioration, le ministère était déterminé à employer les plus efficaces; mais il fallait se souvenir que les 'maux de l'Irlande étaient depnis trop long-temps enracinés pour être extirpés d'un seul coup, et qué, quelque larges que fussent ces mesures, elles nc feraient pas cesser aussitôt tous les mécontentemens et tous les désordres.

6, 7 et 8 février. La discussion continua sur ce ton pendant trois séances. L'opposition à l'adresse fut principalement soutenue par les membres irlandais , auxquels se joignirent MM.' Home, Cobbett, Tennyson et Bulwer. Ce dernier avertit les ministres que la partie indépendante de la Chambre, c'est-à-dire les trois cents nouveaux membres qui n'étaient alliés à aucun des anciens partis, qui n'avaient de superstition pour aucun nom whrig, ne pourraient entendre à chaque séance les plaintes des membres irlandais, auxquels on ne répondrait que par des demandes de soldats, sans s'éloigner graduellement de la majorité ministérielle. Les représentans de l'Irlande avaient géniéreusement 'appuyé ceux de l'Angleterre dans leur lutte pour la réforme, et ill ne consentirait pas que le premier parlement réformé payât cette assistance avec des mitraillades et l'abolition du jugement par jurés. L'orateur combattait encore les passages de l'adresse relatifs å l'Irlande, parce qu'ils engageaienti la Chambre à soutenir la politique du secrétaire actuel de

royaume, qu'il critiquait d'après l'expérience de deux années pendant lesquelles le secrétaire, malgré ses talens incontestables, loin d'avoir rien fait pour la paix de l'It-' lande, avait au contraire blessé tous les partis , irrité toutes les sectes, s'était aliéné le peuple, et maintenant se trouvait en opposition avec tous les représentans du pays. M. Ten-. nyson, quoiqu'il ne doutåt pas des bonnes intentions du ministère, désapprouvait également l'adresse en ce qui touchait l'Irlande, et proposait un amendement portant que la Chambre était prête à accorder tous les moyens d'y

Се

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