Images de page
PDF
ePub

Puisse le Brésil jouir longtemps des bienfaits d'une administration qui est destinée à l'élever au degré de prospérité et de grandeur auquel il est appelé par les dons dont il a plu à la Providence de le combler ! Ce sont les vœux que ne cessera de faire celui qui a l'honneur d'être,

De Votre Majesté Impériale,

Le très humble et obéissant serviteur

P. DE ANGELIS.

La rivière des Amazones occupe le plus vaste bassin du monde. Ce fleuve majestueux et ses cent tributaires baignent des plaines fertiles qui s'étendent sous des latitudes diverses. La nature, d'une main prodigue, a répandu tous ses dons sur ces belles contrées. Le sol, encore vierge, étalé les splendeurs d'une végétation puissante, comme pour appeler, par cette magnifique promesse, le travail intelligent du laboureur; et dans les entrailles de cette terre féconde, les plus merveilleuses richesses dorment enfouies, attendant que la science et l'art dotent le monde de ce trésor inépuisable.

Ces contrées appartiennent à de jeunes nations, nées d'hier seulement, mais dévorées d'une impatiente ardeur pour le progrès.

Appeler l'émigration européenne, fonder sur les bords de ces innombrables rivières des colonies agricoles, telle est l'œuvre entreprise par l'empire du Brésil et les républiques du Pérou, de Bolivie, de Venezuela de l'Equateur et de la Nouvelle-Grenade; œuvre immense, qui ne peut s'accomplir que sous l'influence bienfaisante de la paix.

L'union entre les Etats dont l'Amazone arrose le territoire, peut senle leur permettre d'appeler, par des mesures sages et libérales, la population dans ces vastes déserts, et d'établir une navigation active sur cette grande artère qui part du cœur de l'Amérique du Sud. Cette union étroite, fondée sur une communauté d'intérêts, est une condition nécessaire au progrès et à la sécurité de ces Etats.

Les richesses que renferme le bassin de l'Amazone doivent naturellement exciter la convoitise; les nations les plus puissantes ne sont point à l'abri de pareilles tentations. L'union conjurera ce danger..

Un citoyen des Etats-Unis remonta, il y a trois ans, quelques-uns des affluents de ce grand fleuve; la vue de tant de trésors encore inconnus éveilla cette ambition nationale qui dans le cœur d'un américain n'est jamais tout à fait endormie; la vallée de l'Amazone lui parut plus digne encore que le Texas de l'honneur d'une annexion aux Etats de la République; il trouva qu'une aussi riche contrée figurerait parfaitement entre cette perle des mers qu'on appelle Cuba, et cette mine d'or

qu'on appelle le Mexique; et, dans son ambitieuse pensée, il enrichit d'avance le drapeau de l'Union d'une étoile nouvelle.

Ce ne sera pas la faute de M. Maury, si ce rêve ne devient pas une réalité.

A peine de retour dans sa patrie, il publia un mémoire destiné sans doute à exciter chez ses compatriotes cette fièvre d'expansion, dont les expéditions malheureuses contre Cuba ont été les plus récents accès. Cet ouvrage, qui a été répandu à profusion dans l'Amérique du Nord a pour titre : L'Amazone ou les côtes atlantiques de l'Amérique du Sud.

Dans son enthousiasme, M. Maury ne se contente point de peindre les splendeurs de ces contrées, il prête encore à cette belle nature les trésors de sa vive imagination; tous les ruisseaux roulent des paillettes d'or sur un lit de diamants. Puis, avec la même fécondité d'invention, il montre le Brésil élevant une muraille inaccessible autour de ce jardin du monde, enfouissant ses richesses pour les dérober aux regards des autres nations, barricadant ses portes au commerce, à l'industrie et au progrès, il soutient que tous les pavillons doivent naviguer librement sur le fleuve brésilien, et laisse entrevoir le jour où l'Union indignée, viendra, au nom de la civilisation qu'elle seule sans doute représente, au nom du droit des gens, prouver à l'empire du Brésil qu'il n'a nullement le droit de commander sur son propre territoire.

La presse européenne a flétri avec sévérité les théories étranges de M. Maury, et stigmatisé l'égoïsme qui se cache hypocritement sous les dehors d'un faux amour pour l'humanité.

Nous avons cru utile de répondre au mémoire de M. Maury.

Les récriminations ne sont pas de notre goût; les reproches acerbes n'ont jamais rien prouvé ; la violence de langage ne sied pas à celui qui invoque la raison.

Mieux vaut signaler l'erreur avec calme, et prouver que les théories aventureuses, qu'on proclamait au nom du droit, sont en révolte ouverte contre la justice et le droit. C'est ce que nous avons essayé de faire.

Pour réfuter le mémoire de M. Maury, il fallait choisir entre deux moyens :

Le prendre corps à corps, le poursuivre sans jamais l'abandonner sur tous les terrains qu'il a choisis. Ce n'était point chose aisée. M. Maury appartient un peu à l'école de ce rhéteur, dont parle Quintilien, qui résumait les règles de son art dans ce seul mot: Obscurcissez. Il confond les idées les plus contradictoires, il invoque en même temps le droit et la force; tantôt il se fait le défenseur des républiques hispano-américaines qui certes ne l'ont point chargé de cette tâche inutile; tantôt c'est au nom de sa propre patrie qu'il menace. Suivre M. Maury dans tous les détours où il s'égare, c'était risquer de s'y égarer avec lui.

« PrécédentContinuer »