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et toute pratique institution des devoirs; elle deviendrait simplement une théorie morale, plus ou moins sévère

que les théories philosophiques de même sorte, sans avoir ni plus d'influence ni plus d'autorité.

D'ailleurs, sans entrer dans la discussion des textes et des décrets par lesquels elle a condamné généralement la comédie et les comédiens, il est nécessaire de remarquer qu'elle n'a jamais vu là ni une question de dogme ni une question de morale proprement dite, mais simplement une question de discipline, qui par là même n'a point un caractère absolu, puisque l'Eglise a souvent modifié sa discipline suivant les temps et les pays. Et sur ce point, on peut remarquer encore que plus d'un père de l'Eglise s'est appliqué à des cuvres théâtrales ; que notre théâtre moderne, né dans l'Eglise même, n'a été proscrit par elle qu'après plusieurs siècles et pour des abus réels; que de tout temps elle a eu des ministres très-éclairés qui se sont occupés de comédie; et qu'enfin aujourd'hui des évêques très-sages dirigent des colléges où les élèves ont souvent pour récréation des représentations dramatiques empruntées au génie antique et païen autant qu'au génie moderne et chrétien.

Il est donc évident que ce n'est pas la chose en soi que l'Eglise condamne, mais un certain usage et une certaine influence (1). A ce sujet, elle suit les

(1) « Les jeux, les bals, les festins , les pompes , les comédies, en leur substance, ne sont nullement choses mauvaises, ains indifférentes , pouvant être

conséquences rigoureuses de sa nature divine ; l'esprit qui l'anime est éminemment prudent et moral ; et il n'est pas sans intérêt d'observer que, parmi les moralistes, le plus grand philosophe de l'antiquité et le plus célèbre utopiste du dix-huitième siècle ont été d'une sévérité plus absolue.

Mais, d'autre part, Molière dit, avec beaucoup de raison (1), que la masse des hommes n'est point appelée à n'avoir pour occupation unique que les choses qui regardent directement Dieu et le salat. Cette perfection morale, par cela même qu'elle est perfection, n'est proposée qu'à un très-petit nombre. Tous ceux qui travaillent péniblement pour gagner le pain de chaque jour, et qui accomplissent en silence, par une lutte humble et continue, les obscurs devoirs de la vie, le peuple en un mot, a besoin de divertissement. Vouloir que les divertissements soient essentiellement instructifs et moraux est une utopie : c'est leur ôter le caractère même de divertissements. Mais il y a un suprême intérêt à ce qu'ils soient du moins innocents (2) et à ce qu'ils délassent l'homme sans le corrompre.

Je ne dis pas que dans les campagnes, où le travailleur exerce jusqu'à l'épuisement ses forces musculaires, la simple inaction ne soit pas une distraction is et qu’un repos du corps, entremêlé de causerie, de musique simple ou de danse violente , ne fasse pas, avec les heures passées à l'église, une journée de relâche suffisante, quoique la danse ait ses inconvénients, et que le cabaret soit trop souvent en face de la porte du temple.

bien et mal exercées. » Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, chap. XXIII.

(1) Préface du Tartuffe.
(2) Voir plus haut, chap. I, p. 8.

Mais à notre époque, où l'activité intellectuelle prend chaque jour plus d'intensité, et où la civilisation urbaine envahit les campagnes, n'y a-t-il pas un intérêt grave, presque une nécessité , à ce que les distractions mêmes deviennent intellectuelles ? Ce qui peut être innocent aux champs prend souvent dans les grandes cités, par la surexcitation de l'intelligence et des sens, un caractère funeste, aussi bien que le jeu, aussi bien que le verre de vin bu librement entre amis.

Alors le moraliste doit être vivement préoccupé d'un divertissement intellectuel comme le théâtre. Il pense à tout ce qu'une scène habile, sans prétention à l'enseignement moral, mais du moins sans immoralité, peut offrir d'utilité pour la société. Et puis, en même temps, il est navré de l'action de nos théâtres, qui, surtout dans les plus grandes villes, ne cherchent à attirer la foule que par une obscénité à peine déguisée, et par l'étalage en grand de nudités physiques et morales, que la police ne laisserait pas un instant dans la rue. C'est un scandale avec privilége.

Alors on se retourne vers Molière avec un senti

ment d'admiration et d'intérêt plus vif encore que toute l'émotion causée par son génie. On se dit que ses grandes comédies sont décidément un divertissement moral ; qu'il serait à souhaiter que nos spectacles n'offrissent jamais aux passions populaires que des cuvres de cette nature, sinon de ce mérite; et qu'après tout il y aurait avantage à ce que notre peuple allât souvent au théâtre de Molière.

- Mais Molière peut sur plus d'un point, et par plus d'une comédie, inspirer des sentiments immoraux, au point que son théâtre ne soit plus, pour beaucoup de gens, une distraction, mais une corruption.

? (2 1867

JANA Il y a une chose triste dans notre république. On s'occupe du peuple pour ce qui est de son bien-être matériel ; on s'occupe de lui pour ce qui est de son instruction littéraire; mais on ne s'occupe pas assez de son perfectionnement moral. On s'imagine trop facilement qu'il suffit de savoir lire pour savoir juger, et de savoir juger ce qui est bien pour pouvoir le pratiquer. La morale est belle en théorie, mais pénible en action. Il y faut une autorité et une discipline que, quoi qu'on dise, la religion seule peut fournir.

Je me souviens d'avoir entendu critiquer vivement un académicien pour ce qu'on appelait sa théorie des deux morales : c'était une mauvaise querelle. Sans doute, la morale est absolument une en principes ;

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mais en pratique, elle n'est pas seulement double, elle est comme infinie, parce qu'elle est personnelle. C'est de l'instruction et de l'énergie morale de chacun que dépend pour lui l'usage de ce qui est bien ou mal : nous ne Jaissons point nos enfants boire à leur soif le vin que nous buvons, et nous interdisons à nos adolescents les livres que nous lisons. Il en est de même du théâtre. Ah ! si le peuple était instruit moralement d'une manière suffisante; si cha

homme dans son cæur portait, avec la volonté de bien faire, une connaissance assez nette de ce qui est bien ou mal pour rester maître de son jugement au milieu du plaisir , et discerner avec calme ce qu'il doit fuir ou imiter ; s'il avait depuis l'enfance une habitude constante et forte de l'honnête, alors on dirait avec confiance au peuple : Allez au théâtre de Molière.

que

Mais il est à craindre que, longtemps encore,

le théâtre de Molière, pour le peuple, ne soit le vin pur pour les enfants

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DE LA
VILLE DE

LYON

FIN.

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