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1146.

1146-47.

Conduite des Croisés.

leurs principaux vassaux, en si grand
nombre, que l'église ne pouvant les
contenir, on dressa dans la prairie
une espèce de théâtre. Bernard y
parut à la droite du roi. Il fit un
discours pathétique qui arracha des
larmes. Aux soupirs, aux sanglots se
mêla le vœu énergiquement prononcé
d'aller secourir les chrétiens opprimés
par les infidèles,

Louis se présenta le premier, et
reçut à genoux la croix des mains de
l'abbé de Clairvaux ; tous les seigneurs
l'imitèrent. Les femmes même, la
reine à la tête, emportées par le même
enthousiasme, s'engagèrent au saint pé-
lerinage, et reçurent aussi la croix.
Dans ce moment d'une impulsion irré-
fléchie, on offrit à saint Bernard le
commandement de l'armée qui alloit
se former. Il le refusa. On renvoya
donc la délibération sur cet objet à
une assemblée qui fut indiquée à Etam-
pes, et qui s'y tint l'année suivante. Il
y fut décidé qu'on prendroit le che-
min par terre, et les croisés, par accla-
mation, déférèrent le commandement
au roi.

Deux choses sont à observer dans cette expédition: la conduite militaire et la conduite morale. L'armée se

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trouva, les uns disent de deux cent mille hommes, les autres seulement de quatre-vingt mille contradiction qui peut se concilier en supposant qu'il n'y avoit que quatre-vingt mille combattans effectifs; mais que le total pouvoit monter au nombre cité, parce qu'il se joignit à l'armée des personnes de tous les états beaucoup de femmes de ces croisés avec leur famille, des prélats, prêtres, moines, abbés, abbesses, religieuses; et comme on alloit par terre, il n'est pas étonnant qu'à la suite du corps principal se soient attachés des fainéans, des vagabonds, une populace ramassée dans la fange des villes que l'impossibilité de trouver assez de vaisseaux auroit repoussés, si l'on se fût déterminé pour le chemin par mer. Cette multitude part de France dans Marche des le mois d'août, dirige sa route par PAIlemagne, la Bohême, la Hongrie sans qu'on nous dise s'il y avoit eu des magasins préparés, des repos fixés une police établie, des mesures prises pour passer les rivières, et autres précautions propres à prévenir ou à surmonter les difficultés d'une si longue route; mais ce que l'on sait, c'est qu'il y eut un extrême désordre. Les vivres manquèrent. Les croisés qui

Croisés.

1447-48.

Les Croisés sent trahis.

avoient quelqu'argent s'en procurèrent à haut prix. Les autres pilloient leurs hôtes dans les villes, et prenoient tout ce qu'ils pouvoient enlever dans les campagnes; les habitans les poursuivoient comme des voleurs et des brigands, les égorgeoient, les assommoient, de sorte que l'armée étoit déjà bien diminuée quand elle arriva devant Constantinople.

Alors régnoit l'empereur Manuel Comnène. Il avoit déjà essuyé une irruption de croisés allenands, sous la conduite de l'empereur Conrad III, et s'en étoit débarrassé en les faisant transporter au plus vite en Asie; il leur y donna, dit-on, des guides infidèles qui, sous un soleil brûlant, les firent errer dans des solitudes dépourvues de vivres et d'eau, et qui les exposèrent dans des situations désavantageuses aux attaques multipliées desSarrasins, lesquels en firent périr un grand nombre.

La politique de l'empereur grec s'occupa, comme il avoit fait à l'égard des Allemands, du soin d'écarter au plutôt les Français de ses mars: mais il trouva ceux-ci plus exigeans que les premiers. Ils vouloient des vivres, des habits, des munitions, en un mot une restauration entière de leur armée. Se

lassant de demander, ils prenoient ce 1147-48. qu'on ne vouloit pas leur donner, et pour n'être pas obligés de revenir si souvent à la charge, quelques - uns proposèrent de s'emparer de Constantinople. Avec de pareils hôtes il n'y avoit pas à tergiverser. Manuel leur accorda tout ce qui étoit en sa disposition pour le moment, et leur prodigua les promesses de vivres et de secours de toute espèce, quand ils seroient passés en Asie.

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Mais, lorsqu'ils furent au-delà du Action avec Bosphore, les villes fortes se fer-les Sarrasins. mèrent devant eux: on leur descen- 1148-49. doit dans des paniers, le long des murs, des vivres en petite quantité et chèrement achetés. Les habitans des campagnes fuyoient, et ne laissoient derrière eux ni provisions de bouche, ni secours pour le transport des bagages. On ne traversoit que des pays ou naturellement stériles, ou ruinés par les Allemands. Après une grande défaite ceux-ci rétrogradèrent, et Conrad ramena les restes infortunés d'une armée de quarante mille hommes dans celle du roi de France, qui le reçut, lui et les siens, avec égards et cordialité. L'empereur se détermina à finir son pélerinage comme un particulier.

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Danger du [roi.

Il retourna à Constantinople, d'où il gagna par mer la Palestine, pendant que les Français avançoient fièrement à travers les obstacles et les dangers de toute espèce.

Après des marches pénibles, fatigués et harrassés, ils arrivent sur les bords du Méandre; la rive opposée étoit bordée d'une armée de Sarrasins disposés à défendre ce passage. Les Français ne perdent pas de temps en délibérations et préparatifs; ils se jettent dans le fleuve; une partie le passe à la nage, le roi à la tête, l'autre trouve un gué; ils arrivent tous ensemble sur le rivage, frappent, renversent, et après une résistance courte, mais vive, l'armée ennemie est dispersée.

Le besoin de repos, la fraîcheur de la vallée qu'arrose le Méandre, retiennent quelques jours les vainqueurs sur les bords du fleuve. Ils avoient ensuite un pays montueux à franchir. Les Sarrasins les observoient, cachés dans les ravines. L'armée des Français étoit divisée en deux parties, l'avantgarde et l'arrière - garde. Le roi ordonne à celui qui commandoit la première d'attendre la seconde aù haut d'une montagne assez roide qu'il

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