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Son corps preffé gémic sous les barriéres
D’un lourd panier qui passe aux deux porciéres ;
Chez son amie au grand troc elle va,
Monte avec joie & s'en repent déja ,
L'embrasse , & bâille ; & puis lui dit, Madame ,
J'apporte ici tout l'ennui de mon ame ,
Joignez un peu votre inucilité
A ce fardeau de mon oisiveté.

Voltaire , Epitre à Madame De **.

OMB R E.

S E’MIRAMIS À ORO E' s.

TI .... V ous interprétez les volontés célestes. Ces signes que j'ai vûs me seroient-ils funestes ? Une ombre, un Dieu peut-être, à mes yeux s'est montré, Dans le sein de la terre il est soudain rentré. Quel pouvoir a brisé l'éternelle barriére, Dont le ciel sépara l'enfer & la lumiére ? D'où vient que les humains, malgré l'arrêt du fort, Reviennent à mes yeux du séjour de la mort?

ORO E's.

Du ciel, quand il le faut , la justice. suprême
Suspend lordre éternel établi par lui-même :
Il permet à la mort d'interrompre ses loix ,
Pour l'effroi de la Terre & l'exemple des Rois.

Voltaire , Sémiram. act. lll. sc. II.

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Dans une Tour assez sombre
Du Château qu’habita jadis
Le plus léger des beaux esprits,
Un beau soir j'évoquai son ombre:
Aux Déités des sombres lieux
Je ne fis point de facrifice ,
Comme ces fripons qui des Dieux
Chantoient autrefois le service;
Où la sorciére PITONISSE,
Dont la grimace & l'artifice
Avoient fait dresser les cheveux
A ce sot Prince des Hébreux,
Qui crut bonnement que le Diable,
D'un Prédicateur ennuyeux ,
Lui montroit le spe&re effroyable.
Il n'y faut point tant de façon ,
Pour une ombre aionable & légére.
C'est bien allez d'une chanson,
Et c'est tout ce que je puis faire.
Je lui dis sur mon violon:
Eh ! de grace, Monsieur Chapelle ,
Quittez le manoir de Pluton
Pour cet enfant qui vous appelle;
Mais non , sur la voûte éternelle
Les Dieux vous ont reçû, dit-on,
Et vous ont mis entre Apollon
Et le fils joufflu de Semele.
Du haut de ce divin canton
Descendez aimable Chapelle.
Cette familiére oraison,
Dans la demeure fortunée,
Reçut quelque approbation ;
Car enfin quoique mal tournée
Elle étoit faite en votre * nom.
Chapelle vint. A son approche
Je sentis un transport soudain;

Car il avoit sa lyre en main, % L'Abbé de Chaulicu,

Et fon Gassendi dans sa poche ;
Il s'appuyoit sur Bachaumon,
Qui lui servit de compagnon
Dans le récit de ce voyage ,
Qui, du plus charmanc badinage
Fậc la plus charmante leçon.
Voltaire , Epîtr. à M. l'Abbé de Chaulier,

OPERA,

Il faut se rendre à ce Palais magique,
où les beaux Vers, la Danse ,la Musique ,
L'Art de tromper les yeux par les couleurs,
L'Art plus heureux de séduire les cæurs ,
De cent plaisirs font un plaisir unique.

Voltaire.

OPINION.

J'Est souvent du hasard qué naît l'opinion, Et c'est l'opinion qui fait toujours la vogue.

Je pourrois fonder ce prologue
Sur gens de tous états : tout est prévention,
Cabale , entêrement , point ou peu de justice.
C'est un torrent : qu'y faire ? il faut qu'il ait son cours,

Cela fût & fera toujours.
Une femme à Paris faisoit la Pythonisse.
On l'alloit consulter sur chaque événement :
Perdoit-on un chifon, avoit-on un amant ,
Un mari vivant trop au gré de son épouse,
Une mere fâcheuse , une femme jalouse ,
Chez la Devineuse on couroit,

Pour se faire annoncer ce que l'on défiroit.

Son fait consistoit en adresse :
Quelques termes de l'art, beaucoup de hardiesle,
Du hasard quelquefois , tout cela concouroit :
Tout cela , bien souvent , faisoit crier miracle.
Enfin, quoiqu'ignorante à vingt & trois karats,

Elle palloit pour un Oracle
L'Oracle était logé dedans uñi galetas.
. Là, cetre femme emplit sa bourse;

Et, sans avoir d'autre ressource, Gagne de quoi donner un rang à son mari : Elle acherte un Office , une Maison ausfi.

Voilà le galetas rempli
D'une nouvelle Hôtesse , à qui toute la Ville ,
Femmes , Filles, Valets, gros Messieurs, tout enfin
Alloir comme autrefois deinander son destin :
Le galetas devint l'antre de la Sibylle.
L'autre femellé avoir achalandé ce lieu,
Cette derniére femme eut beau faire , eur beau dire,
Moi Devine ! on se moque: Eh, Meffieurs , fais-je lire ?
Je n'ai jamais appris que ma Croix de Pardieu.
Point de raison : fallut deviner & prédire,

Mettre à part force bons Ducats,
Et gagner , malgré soi , plus que deux Avocats.
Le meuble & l'équipage aidoient fort à la chose:
Quatre fiéges boiteux, un manche de balai,
Tout sentoit son sabbat , & fa métamorphose.

Quand cette femme auroit dit vrai,

Dans une chambre tapislée ,
On s'en seroit moqué: la vogue étoit passée,

Au galetas , if avoir le crédit.

L'autre femme se morfondit.

L'Enseigne fait la chalandise.
J'ai vû dans le Palais une Robe mal mile

Gagner gros : les gens l'avoient prise
Pour Maître cel, qui traînoic après soi
Force Ecoutans : demandez-moi pourquoi.

La Fontaine , Fable des Devineresses.

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ET or qu'on enrassoit , ce pur sang des Etats; Qui leur donne la mort en ne circulant pas, Répandu par ses * mains au gré de sa prudence , Va ranimer la vie & porter l'abondance.

Voltaire , Epítr. au Roi de Prusse.

L'A VARICE perd tout en voulant tout gagner.

Je ne veux pour le témoigner,
Que celui donc la poule, à ce que dit la Fable,

Pondoit tous les jours un cuf d'or.
Il crut que dans son corps elle avoit un trésor.
Il la tua , l'ouvrit , & la trouva semblable
A celles dont les eufs ne lui rapportoient rien ;
S'étant lui-même ôté le plus beau de son bien.

Belle leçon pour les gens chiches!
Pendant ces derniers cems combien en a-t-on vûs ;
Qui du soir au marin font pauvres devenus ,

Pour vouloir trop tôt être riches ?
La Fontaine , Fable de la poule aux aufs d'or.

OR A CLE.

TYDE'E à ANTENOR.

....A PPREND des malheurs qui te feront frémir ,
Des malheurs donc Tydée à jamais doit gémir.
Entraîné, malgré moi, dans ce Palais funeste,
Par un désir secret de voir la ræúr d'Oreste ,

* Le Roi de Prusse.

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