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Dans une audience où l'on faisoit beaucoup de bruit, le Juge dit : Huissier , imposez silence; il est étrange qu'on faslè tant de bruit; nous avons jugé je ne fais combien de causes fans les entendre: Menagiana.

Un Conseiller s'étoit endormi sur les fleurs de lys. Le Président, qui recueilloit les voix , ayant demandé à ce Conseiller, la sienne, il lui répondit, en se frottant les yeux : Qu'on le pende , qu'on le pende. Mais c'est un pré, lui dit-on, dont il s'agit: He bien , qu'on le fauche : Bayle.

Jtlstiage, dans Xénophon , demande à Cyrus compte de fa dernière leçon : « En notre école , » dit le jeune Prince, un grand garçon ayant une » petite saie , la donna à l'un de ses compagnons »de plus petite taille , & lui ôta fa (aie qui étoit » plus grande. Notre précepteurs nous ayant fait ?' juges de ce différend , je jugeai qu'il falloit lais» fer les choses en cet état, & que l'un & l'autre » sembloient être mieux accommodés en ce point. »Sur quoi il me remontra que j'avois mal fait; car » je m'étois arrêté à considérer la bienséance, & ,,il falloit premièrement avoir pourvu à la justi» ce , qui vouloir que nul ne fût foicé en ce qui » lui appartenois, »

le Guilflan nous offre ce trait admirable d'un Sultan, persuadé qu'une grace accordée à un criminel est une injustice envers le public. Un Arabe étoit venu se jetter à ses genoux pour fe plaindre de violences que deux inconnus exerçoient dans fa maison. Le Sultan s'y transporta aussi-tôt , & après avoir fait éteindre lts lumières, saisir les criminels, & envelopper leurs têtes, d'un manteau s il commande qu'on les poignarde. Inexécution faite , le Sultan fait rallumer les flambeaux, consi

JUSTICE.

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dère les corps des criminels , lève Fes mains & rend grace à Dieu, te Quelle faveur, toi dit son » Visir, avez-vous donc reçue du ciel? ... Visir, » répond le Sultan; j'ai cru mes fils auteurs de ces « violences ; c'est pourquoi j'ai voulu qu'on étet— » gnît les flambeaux , qu'on couvrît d'un manteau » le visage de ces malheureux: j'ai craint que la » tendrefle paternelle ne me fît manquer à la jus» tice que je dois à mes sujets. Juge, si je dois re« « mercier le ciel , maintenant que je me trouve » juste fans être parricide. »

L'auteur du Pour & contre cite cet autre exemple d'amour d'un Roi pour la justice, tiré de l'histoire d'Angleterre. Un des domestiques du Prince Henri, fils aîné d'Henri IV , avoit été accusé au ban du Roi, & saisi par ordre de ce tribuna'. Le Prince qui l'aimoit particulièrement, regarda cette entreprise comme un manque de respect pour sa personne; & n'ayant que trop de flatteurs autour de lui, qui enflammèrent encore son refsentiment par leurs conseils, il se rendit lui-même au siège de la justice , où se présentant d'un air furieux , il donne ordre aux Officiers, de rendre surle-champ la liberté à son domestique.' La crainte fit baisser les yeux à tous ceux qui i'entendirent, & leur óta l'envie de répondre. II n'y eut que le Lord chef de justice, nommé Sir ìVilliamGascoigne , qui se leva sans aucune marque d'étonnement; <Sc qui exhorta le Prince à se soumettre aux anciennes loix du Royaume ; ou du moins, lui ditil, si vous êtes résolu de sauver votre domestique , des rigueurs de la loi, adrefsez-vous au Roi votre père', & demandez-lui grace pour le coupable. C'est le seul moyen de satisfaire vôtre inclination , fans donner atteinte aux loix, & fans blesser Ja justice. Ce sage discours fit fi peu d'impression furie jeune Prince, qu'ayant renouvellé ses ordres avec la même chaleur, il protesta que si l'on différoit un moment à les suivre, il alloit employer la violence. Le Lord chef de justice, qui le vit disti8 Justice. .

posé sérieusement à l'exécution de cette menace , leva la voix avec beaucoup de fermeté & de présence d'esprit, & lui commanda, en vertu de l'obéissance qu'il devoit à l'autorité royale , non-seulement de laisser le prisonnier , mais de se retirer â l'instant, de la Cour, dont il troubloit les exercices par des procédés si violents. Cétoit attiser le feu, & souffler sur la flamme. La colère du Prince éclata d'une manière terrible; & montant au comble , elle le porta à s'approcher surieusement du Juge, qu'il crut peut-être épouvanter par ce mouvement Mais Sir William , se rendant maître de tous les siens , soutint merveilleusement la majesté d'un siége sur lequel il représentoit le Roi. Prince, s'écria-t-il d'une voix ferme, je tiens ici la place de votre souverain Seigneur & de votre père. Vous lui devez une double obéissance à ces deux titres. Je vous ordonne, en son nom , de renoncer à votre dessein , & de donner désormais un meilleur exemple à ceux qui doivent être quelque jour, vos sujets. Et, pour réparer la désobéissance & le mépris que vous venez de marquer pour la loi , vous vous rendrez vous-même à ce moment, dans la prison, où je vous enjoins de demeurer jusqu'à ce que le Roi votre père vous fasse déclarer fa volonté. La gravité du Juge & la force de l'autorité produisirent l'tffet d'un coup de foudre. Le Prince en sut si frappé, que remettant auffi-tôt son épée à ceuxqui l'accompagnoient, il fitune profonde révérenceau Lord chefde justice, &, fans répliquer un seul mot, il se rendit droit à la prison du même tribunal. Les gens de fa suite allèrent aussi tôt faire ce rapport au Roi, & ne manquèrent point d'y joindre toutes les plaintes qui pouvoient le prévénir contre Sir William. Ce sage Monarque se fit expliquer jusqu'aux moindres circonstances; ensuite il parut rêver un moment. Mais levant tout d'un coup, les yeux & les mains au ciel, il s'écria, dans une espèce de transport: « O Dieu ! quelle wreawMoissaace ne dou-je pas à ta bonté ! Tu

J u s T i c r. Il9 nm'asdonc fait présent d'un Juge qui ne craint » pas d'exercer la justice , & d'un fils qui, non» seulement sait obéir, mais qui a la force de fa» crifïer fa colère à l'obéissance. »

On a quelquefois lieu d'admirer la sagacité avetí laquelle la justice est rendue chez les Turcs, que nous traitons d'ignorants, parce qu'ils n'ont ni instituts, ni code, ni digeste. Un marchand Chrétien ayant confié à un chamelier Turc un certain nombre de balles de foie, pour les voiturerd'AIep à Constantinople, se mit en chemin avec lui. Mais , au milieu de la route, il tomba malade , & ne put suivre la caravane , qui arriva long-temps avant lui , à cause de ce contre-temps. Le chamelier ne voyant point venir son homme , au bout de quelqnes semaines, s'imagina qu'il étoit mort, vendit les soies, & changea de profefsion. Le marchand Chrétien arriva enfin,le trouva après avoir perdu bien du temps à le chercher,& lui demanda ses marchandises. Le fourbe feignit de ne le pas connoître, & nia d'avoir jamais été chamelier. Le Cadi, devant qui cette affaire fut portée, dit aa

Chrétien :Que demandes-tu? Je demande,

dit-il , vingt balles de soie que j'ai remises à cet

homme-ci. Que réponds-tu à cela, dit le Cadi

au chamelier? — Je ne fais ce qu'il veut dire, avec ses balles de soie & ses chameaux, & je ne l'ai jamais ni vu ni connu, reprit le chamelier. Alors le Cadi se tournant vers le Chrétien , lui demanda quelle preuve il pouvoit donner de ce qu'il avoit avancé. Le Marchand n'en put donner d'autre , sinon que sa maladie l'avoit empêché de suivre le chamelier. Le Cadi leur dit à tous deux , qu'ils étoient des bêtes, & qu'ils se retirassent de sa présence. II leur tourna le dos; & pendant qu'ilssortoient ensemble, il se mit à une fenêtre , & cria assez haut : Chamelier , un mot. Le Turc tourna aussi-tôt la tête, sans songer qu'il venoit d'abjurer cette profession. Alors le Cadi l'obligeant de revenir fur ses pas, lui fit donner la bastonnade, & avouer

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sa fripponnerie. II le condamna à payerauChrétierr,. sa soie, & de plus, une amende considérable pour le faux serment qu'il avoit prêté: Nouveau Porte

V*/n a distingué la lâcheté, de la poltronnerie, ence que celle-ci expose au danger malgré la crainte , tandis que la lâcheté lesuit. La poltronnerie est isne foiblesîe; mais la lâcheté est un vice. Les Grecs & les Romains néanmoins ne punissoienc de mort, l'homme lâche, que quand ils présumoient qu'il avoit agi avec réflexion. Chez les Grecs, celui qui s'étoit trouvé foible, & avoit sui à la vue d'un danger inopiné, étoit seulement condamné à rester trcis jours , assis au milieu de la place publique , avec un hibillement de femme. « Songez plutôt, dit Tertullien, à faire monter le » sang au visage d'un homme, qu'à le lui tirer des » veines. »•

En 1513 , le Capitaine Frauget, Gouverneur de Fontarabie, ayant rendu honteusement cette place aux Espagnols , sut condamné à être dégradé de nobleste. On l'arma de pied en cap; on le fit monter sur un échafaud , où douze Prêtres astis & en surplis , commencèrent à chanter les vigiles des morts , après qu'on lui eut lu la sentence qui le déclaroit traître, déloyal, vilain & foi- mentie. A la fin de chaque pseaume, ils faisoientune pause, pendant laquelle un héraut d'armes le dépouilloit de quelque pièce de son armure, en criant à haute voix: Ceci est le casque du lâche ceci ,son corselet ceci,son bouclier , &c. Lorsque le dernier pseaume fut achevé , on lui renversa sur la tête, un bassin d'eau chaude; on le descendit ensuite de l'échafaud , avec une corde qu'on lui passa sous les ais— selles j on le mit sur une claie ; on le couvrit d'un

feuille imprimé en 1517.

LÂCHETÉ.

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