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Je suis des yeux les voyageurs ;
A leur destin je porte envie :
Le souvenir de ma patrie
S'éveille et fait couler mes pleurs.
Je tressaille au bruit de la rame
Qui frappe l'écume des flots ;
J'entends retentir dans mon âme
Le chant joyeux des matelots.
Un secret désir me tourmente
De m'arracher à ces beaux lieux,
Et d'aller sous de nouveaux cieux
Porter ma fortune inconstante.
Mais quand le terrible aquilon
Gronde sur l'onde bondissante ;
Que dans le liquide sillon
Roule la foudre étincelante,
Alors je reporte mes yeux
Sur les forêts, sur le rivage,
Sur les vallons délicieux
Qui sont à l'abri de l'orage ;
Et je m'écrie : Heureux le sage
Qui rève au fond de ces berceaux,
Et qui m'entend sous leur feuillage

Que le murmure des ruisseaux ! LÉoNARD.

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C'ÉTAIT un beau jour de printemps ; Les Grâces folâtraient sous la feuille nouvelle, Quand tout à coup des trois sœurs la plus belle, Aglaé, disparut. On la chercha long-temps ; Ce fut en vain. « Depuis l'autre feuillage, » Tu le sais, Pan la guette : ah, ma sœur! quel dommage » S'il la surprend seule sous un buisson ! » Ce Pan est si fougueux, dit-on ! » Et la forêt est si sauvage » ! Euphrosine en ces mots exhalait sa douleur : Et cependant Thalie, errant dans le bocage, Sous les moindres halliers cherche sa jeune sœur, Va, vient, frappe un buisson, puis soulève un branchage Avance un pas, recule de frayeur, Craignant toujours à son passage De rencontrer le ravisseur. Enfin, d'un pied léger apercevant les traces, Les deux nymphes soudain volent vers un bosquet Où dans mes bras Danaé reposait.

Eh ! qui n'aurait cru voir la plus belle des Grâces?
N'est-ce pas elle trait pour trait ?
« Te voilà donc, ma sœur, lui dit Thalie ?
» Tu ris de nous causer un si cruel chagrin ».
Chacune alors la saisit par la main,
Et ma bergère m'est ravie.
J'ai beau crier : Arrêtez ! arrétez !
Ce n'est pas votre sœur ; est-elle aussi jolie?
Elles de fuir toujours à pas précipités.
Désespéré, je m'élance : on m'appelle.
Où vas-tu ? dit la voix. Arrête, Licidas : N
Insènsé ! vole dans mes bras ;
Viens; sois l'amant d'une immortelle.
Je me retourne, et je vois Aglaé,
Et je la prends pour ma maîtresse,
Comme ses sœurs pour elle avaient pris Danaé.
Mon œil y fut trompé, mais non point ma tendresse.
Qui, moi changer d'amour ! Quitte ce fol espoir,
Lui dis-je: si Vénus aspirait à me plaire
Vénus y perdrait son pouvoir ;
Mon cœur est tout à ma bergère.
Dans mes bras aussitôt, malgré ses cris perçans,
J'emporte vers ses sœurs la nymphe palpitante.
Entre elle et Danaé l'on balança long-temps ;
Et sans le feu de nos embrassemens,
On n'eût jamais reconnu mon amante.
BERQUIN.

1LES BAISER S REND U S.

HeuReux les cœurs qu'un doux penchant rassemble!
Mais que l'absence est cruelle à leurs feux !
Nise et Mirtil se faisaient leurs adieux :
Près du départ ils conclurent ensemble
Qu'à certaine heure, en regardant les cieux,
Ils s'enverraient des baisers amoureux.
En se quittant, leur chagrin fut extrême :
Douleur d'amans est pis que la mort même ;
Car à son aide on appelle la mort ;
Je le sais bien : me préserve le sort
D'être obligé de quitter ce que j'aime !
Le couple absent fut pendant tout un mois
Inconsolable, et c'est un long veuvage !
Au temps marqué, les baisers chaque fois
Allaient, venaient, soufflés entre les doigts,
Et les zéphirs se chargeaient du message.
Mais le bomheur passe comme l'éclair ;
Il nous fatigue, inconstans que nous sommes !
Le changement, dans ce siècle de fer,
Est devenu le lot de tous les hommes.
Las ! à la fin de ces baisers perdus,
Le beau Mirtil me fut plus qu'un volage :
Sur Nise absente Emire eut l'avantage ;

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Il oublia l'objet qu'il ne vit plus.
Etant un jour entre les bras d'Emire,
Il se souvint que, dans ce même instant,
Nise envoyait son gage à l'inconstant :
A cette idée il éclata de rire.
A son récit sa belle en fit autant :
Elle disait dans sa maligne joie :
Rends-moi soudain les baisers qu'on t'envoie.
Mais savez-vous ce que Nise faisait ?
Elle donnait ses baisers à Sylvandre :
En les donnant, l'infidèle disait :
A mon berger charge-toi de les rendre.
LÉoNARD.

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Ecnos de ces roches sauvages,
Sensibles au deuil de mes chants,
Renvoyez mes tristes accens
Dans ces bois et sur ces rivages!...

Vesper fermait les cieux aux derniers feux du jour. Assise au bord d'un fleuve, Eglé seule et plaintive,

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