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PHILÈNE ET LAURE.

Déva du soir l'ombre légère
Couvrait la cime des coteaux;
La jeune et timide bergère
Ramenait des champs ses troupeaux :
Triste et pensif le beau Philène
Sous le saule d'une fontaine
Seul laissait errer ses chevreaux,
Et, rejetant chien et houlette,
Il soupirait sur sa musette
Ces chants redits par les échos :

Si ton berger, ingrate Laure,
T'est désormais indifférent,
Immole un amant qui t'adore,
Et qui périt en t'adorant.
Dieux qui vites notre tendresse ,
Sauvez celle qui me délaisse
D'être ainsi délaissée un jour!
Ma mort remplira son envie :
Elle
pourra

m'ôter la vie,
Mais non pas m'ôter mon amour!

Id, et Egl.

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En vain dans l'eau de ces fontaines
Je cours éteindre mon ardeur;
L'amour dans mes brûlantes veines !
S'allume avec plus de fureur.
Innocens agneaux que j'envie ,
Ah! rien ne trouble votre vie ;
L'Amour est pour vous sans danger;
Ce dieu dispense en ses caprices
Au troupeau toutes les délices,
Et tous les tourmens au berger!

Sur votre écorce, avant l'aurore,
Ormeaux, combien ai-je tracé
Le nom de ma perfide Laure
Avec mon nom entrelacé!
Croissez, couvrez-vous de feuillage ;
Le rossignol sous votre ombrage
Viendra lamenter sa douleur:
Un jour, sous votre asile sombre,
Le voyageur, cherchant de l'ombre,
Sentira palpiter son coeur.

En revenant des pâturages,
Tous deux pressés de nous revoir,
Ma Laure et moi dans ces bocages,
Tous deux nous devancions le soir.
Sans avoir revu ma compagne
Deux fois dans la triste campagne

L'ombre a bruni le vert des bois.
Ah! que Laure vive et m'oublie!
Laure, si tu perdais la vie,
Hélas ! je la perdrais deux fois !
Penchée à travers la feuillée,
Laure entendit ce triste chant :
Joyeuse à la fois et troublée,
Elle vole vers son amant.
La brebis que tu m'as donnée,
Par quelque berger détournée,
N'est qu'en ce moment de retour.
Ah! s'écrie aussitôt Philène,
Les vents ont emporté ma peine,
Et n'ont laissé que mon amour !

Saint-PéRAVI.

LES PLAISIRS DU RIVAGE;

IMITATION

DE MOSCHUS.

Assis

ssis au rivage des mers,
Quand je sens l'amoureux Zéphire
Agiter doucement les airs,
Et souffler sur l'humide empire,

Je suis des yeux les voyageurs ;
A leur destin je porte envie :
Le souvenir de ma patrie
S'éveille et fait couler mes pleurs.

Je tressaille au bruit de la rame
Qui frappe l'écume des flots;
J'entends retentir dans mon âme
Le chant joyeux des matelots.
Un secret désir me tourmente
De m'arracher à ces beaux lieux,
Et d'aller sous de nouveaux cieux
Porter ma fortune inconstante.

Mais quand le terrible aquilon
Gronde sur l'onde bondissante;
Que dans le liquide sillon
Roule la foudre étincelante,
Alors je reporte mes yeux
Sur les forêts, sur le rivage,
Sur les vallons délicieux
Qui sont à l'abri de l'orage;
Et je m'écrie : Heureux le sage
Qui rève au fond de ces berceaux,
Et qui n'ontend sous leur feuillage
Que le murmure des ruisseaux !

Léonard.

LES GRACES;

IMITATION

DE

GERST EMBERG.

C'était un beau jour de printemps ;
Les Grâces folâtraient sous la feuille nouvelle,

Quand tout à coup des trois soeurs la plus belle, Aglaé, disparut. On la chercha long-temps;

Ce fut en vain. « Depuis l'autre feuillage, » Tule sais, Pan la guette: ah, ma sæur! quel dommage » S'il la surprend seule sous un buisson! » Ce Pan est si fougueux,

dit on! » Et la forêt est si sauvage »! Euphrosine en ces mots exhalait sa douleur: Et cependant Thalie, errant dans le bocage, Sous les moindres halliers cherche sa jeune scur, Va, vient, frappe un buisson, puis soulève un branchage Avance un pas, recule de frayeur,

Craignant toujours à son passage

De rencontrer le ravisseur.
Enfin, d'un pied léger apercevant les traces,
Les deux nymphes soudain volent vers un bosquet

Où dans mes bras Danaé reposait.

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