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Eh ! qui n'aurait cru voir la plus belle des Grâ ces?
N'est-ce pas elle trait pour

trait?
« Te voilà donc, ma sceur, lui dit Thalie ?
» Tu ris de nous causer un si cruel chagrin
Chacune alors la saisit par la main,

Et ma bergère m'est ravie.
J'ai beau crier: Arrêtez ! arrêtez !
Ce n'est pas votre seur ; est-elle aussi jolie?
Elles de fuir toujours à pas précipités.

Désespéré, je m'élance : on m'appelle.
Où vas-tu ? dit la voix. Arrête , Licidas:

Insensé ! vole dans mes bras ;
Viens; sois l'amant d'une immortelle.
Je me retourne, et je vois Aglaé,

Et je la prends pour ma maîtresse,
Comme ses sæurs pour elle avaient pris Danaé.
Mon ceil y fut trompé, mais non point ma tendresse.
Qui, moi changer d'amour! Quitte ce fol espoir,
Lui dis-je: si Vénus aspirait à me plaire

Vénus y perdrait son pouvoir;

Mon cæur est tout à ma bergère.
Dans mes bras aussitôt, malgré ses cris perçans,
J'emporte vers ses soeurs la nymphe palpitante.
Entre elle et Danaé l'on balança long-temps ;

Et sans le feu de nos embrassemens,
Ou n'eût jamais reconnu mon amante.

BERQUIN.

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LES BAISERS RENDUS.

Heureux les cours qu'un doux penchant rassemble!
Mais
que

l'absence est cruelle à leurs feux !
Nise et Mirtil se faisaient leurs adieux :
Près du départ ils conclurent ensemble
Qu'à certaine heure, en regardant les cieux,
Ils s'enverraient des baisers amoureux.
En se quittant, leur chagrin fut extrême:
Douleur d'amans est pis que la mort même ;
Car à son aide on appelle la mort;
Je le sais bien : me préserve le sort
D'être obligé de quitter ce que j'aime!
Le couple absent fut pendant tout un mois
Inconsolable, et c'est un long veuvage !
Au temps marqué, les baisers chaque fois
Allaient, venaient, soufflés entre les doigts,
Et les zéphirs se chargeaient du message.
Mais le bonheur passe comme l'éclair;
Il nous fatigue, inconstans que nous sommes !
Le changement, dans ce siècle de fer,
Est devenu le lot de tous les hommes.
Las! à la fin de ces baisers perdus,
Le beau Mirtil ne fut plus qu'un volage:
Sur Nise absente Emire eut l'avantage;

Il oublia l'objet qu'il ne vit plus.
Etant un jour entre les bras d'Emire,
Il se souvint que,

dans ce même instant,
Nise envoyait son gage à l'inconstant :
A cette idée il éclata de rire.
A son récit sa belle en fit autant:
Elle disait dans sa maligue joie :
Rends-moi soudain les baisers qu'on t'envoie.
Mais savez-vous ce que Nise faisait ?
Elle donnait ses baisers à Sylvandre:
En les donnant, l'infidèle disait :
A mon berger charge-toi de les rendre.

LÉONARD.

LĖ NAUFRAGE;

IMITATION

DE

GESSNER.

Echos de ces roches sauvages,
Sensibles au deuil de mes chants,
Renvoyez mes tristes accens
Dans ces bois et sur ces rivages!...

Vesper fermait les cieux aux derniers feux du jour. Assise au bord d'un fleuve, Eglé seule et plaintive,

L'oeil fixé tristement sur l'onde fugitive,
Du bateau de Daphnis attendait le retour.
Qu'il tarde, mon amant! Daphnis! s'écriait-elle;

Et la sensible Philomèle
Se taisait, attentive aux voeux de son amour.
Cruel !... mais tout-à-coup, dans ce vaste silence,
Ne crois-je pas entendre ?... Ecoutons... oui, c'est lui.

Il vient... Dieux !... trompeuse espérance!
Et pourquoi, flots menteurs , irriter mon ennui?
N'est-ce donc pas assez du tourment de l'absence ?
Mais si quelque'autre, hélas !... Loin d'ici, noirs soupçons !
Il m'aime... Oui, maintenant il court vers le rivage.
Amour, devant ses pas entr'ouyre les buissons :
Bienfaisante Phébé, répands sur son passage
La paisible lueur de tes pâles rayons.
Oh! lorsque sur le bord je le verrai descendre,

Comme j'irai me jeter dans ses bras!

Mais, cette fois, je ne m'abuse pas;
Oui , sous la rame, au loin, j'entends l'onde se fendre.
Vagues , sur votre dos portez-le mollement.
Et vous, nymphes, témoins de ma douleur extrême,
Si jamais votre cour sentit, un seul moment,
Combien il est cruel d'attendre ce qu'on aime !....
Mais rien ne me répond. Ah, dieux ! combien de fois,

Dans mon espérance trahiė...
Elle ne put finir. D'un froid mortel saisie,
Elle tombe soudain, sans couleur et sans voix.

Il oublia l'objet qu'il ne vit plus.
Etant un jour entre les bras d'Emire,
Il se souvint que, dans ce même instant,
Nise envoyait son gage à l'inconstant :
A cette idée il éclata de rire.
A son récit sa belle en fit autant:
Elle disait dans sa maligne joie:
Rends-moi soudain les baisers qu'on t'envoie.
Mais savez-vous ce que Nise faisait ?
Elle donnait ses baisers à Sylvandre:
En les donnant, l'infidèle disait:
A mon berger charge-toi de les rendre.

LÉONARD,

LÉ NAUFRAGE;

IMITATION

DE

GESSNER.

Echos de ces roches sauvages,
Sensibles au deuil de mes chants,
Renvoyez mes tristes accens
Dans ces bois sur ces rivages!...

Vesper fermait les cieux aux derniers feux du jour. Assise au bord d'un fleuve , Eglé seule et plaintive,

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