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Les papiers Anglais de l'année 1761, font merition d'un fait à-peu-près semblable, Jean Brulement, né dans l'Amérique septentrionale, avoit d'abord écé Orfèvre à Philadelphie. Il quitta fa profession pour se mettre dans le service, & il foc Officier dans le Régiment Royal Américain. Ayant éré ensuite soupçonné de faire ou débiter de la fausse monnoie, on le renvoya. Il revint à Philadelphie. Une fombre mélancolie s'empara de lui; Ja vie lui devint insupportable ; mais le suicide l'épouvantoit. La peur de l'enfer l'empêcha d'atten: ter sur lui-même, & il crut qu'il seroit plus sûr de commettre quelque crime qui méritàe la mort, parce qu'il auroit encore le temps de se repentir & de se sauver, Dans cette idée, il prit un fulil, qu'il chargea de deux balles , & demanda à son hôte s'il vouloit chaffer avec lui; cet homme ayantrefusé la proposition, échappa à la mort que Brulement lui destinoit. Celui-ci forrit donc feul: jl rencontra dans son chemin, un homme qu'il fue sur le point d'affasliner ; mais il le laissa passer , parce qu'il fit réflexion qu'il n'y avoit point de témoins qui pussent attester le fait. Il entra dans une maison de jeux, où l'on faisoit une partie de billard; il causa avec ceux qui se trouvoient dans la chambre, & montra beaucoup de gaieté & de bonne hu. meur. Un des joueurs nommé M. Scull, ayant fait un fort beau coup, Brulement lui dit : « Monsieur, » vous me paroissez un beau joueur, je veux vous » faire voir aussi un beau coup de ma façon ». En même-temps ce malheureux ajuste fon full , & fait passer les deux balles dans le corps de M.Scull, Alors Brulement s'approche tranquillement du bler. fé, qui ne perdit connoissance, & n'expira que quelques heures après, & lui dit : « Monsieur, je » vous assure que je ne vous en veux aucunement; » vous ne m'avez jamais offensé, je ne vous avois » même jamais vu : mais j'ai pris le parti de tuer » un homme pour me faire pendre. Je suis fâché » que le sort loit tombé sur vous, & je vous plains, » car vous me paroissez un jeune homme fort ai. 4 mable », Scull eut le temps de faire son teltament ; il pardonna à son meurtrier , & demanda même fa grace. Mais Brulement aimoit mieux la mort; il se laissa prendre sans résistance: il avoua froidement son crime, & le motif qui le lui avoit fait commettre : on le condamna à être pendu. Il reçut fa sentence comme le terme de les ennuis, & fut exécuté peu de temps après.

Brancome raconte ainsi la mort de Mademoiselle de Limeuil, fille d'honneur de la Reine Catherine de Médicis. Elle avoit déshonoré sa naissance, par une vie libertine. Quand l'heure de la mort fut proche, elle fit venir son valet qui s'appelloit Julien, & qui favoit très-bien jouer du violon: « Jumlien » lui dit-elle a prenez votre violon, & son» nez-moi toujours , jusqu'à ce que vous me voyiez » morte, la défaite des Suisses, & le mieux que » vous pourrez; & quand vous serez sur le mot; » Tout est perdu, sonnez quatre ou cinq fois le » plus piteusement que vous pourrez : ce que fic - » l'autre , & elle-même lui aidoit de la voix : & » quand ce yint ; Tout est perdu, elle réitéra par » deux fois , & le tournant de l'autre côté de son » chever , elle dit à ses compagnes: Tout est perdu » à ce coup & è bon efcient in. Er ainsi décéda.

Un Picard étant à l'échelle, pour être pendu, on lui présenta une femme de mauvaises meurs, qu'on lui proposa d'épouser , s'il vouloit sauver sa vie, comme c'est la coutume en quelques endroits. Il la regarda quelque-temps; & ayant remarqué qu'elle boitoit : elle boire, dit-il au bourreau ; attache , attache: Montagne, i

En 1686, un paysan de Croslen, en Allemagne , condamné à avoir le cou coupé, aima mieux mourir sur l'échafaud , que d'avoir l'obligation de la vie à la femme qui avoit obtenu sa grace, & qui la lui faisoit offrir : Journal des Savants.

Un Confesseur exhortoit un mourant, de se recommander à fon Patron, & lui disoit qu'il alloit bientôt paroître devant Dieu. Puisque cela eft ainsi, répondit le mourant , il vaut donc mieux que je porte mes recommandations moi-même.

Un Lieutenant de Milice avoit été condamné,en Angleterre, à être mis à mort pour crime de faux, Ce malheureux eut l'insolence d'envoyer, la veille qu'il devoit être exécuté, des billets à plusieurs Officiers de la Milice de Midlesex, avec cette adresse : « Le Lieutenant Campbell fait bien des » compliments à M.***; il l'invite à venir pren» dre une tasse de chocolat chezlui, demainau ma» tin, & à lui faire l'honneur de l'accompagner à » pied jusqu'à Tiburn, pour allifter à la cérémo» nie de son exécution »: Papiers Anglais de 1762.

Les mêmes papiers font mention d'un voleur de grand chemin, nommé Jean Johnson, qui fut condamné à la mort, aux assises de Kingsthon, On sollicica fa grace auprès du Roi, qui l'accorda, à condition que Johnson serviroit dans ses armées. Le geolier alla annoncer à ce malheureux , la grace que le Roi venoit de lui accorder. Mais Johnson répondit qu'il ne l'accenteroit pas, & qu'il aimoic mieux être pendu , que d'être soldar.

M Į LITA Į R E.

U I vous voulez procurer à la parrie, de bons défenseurs, a dit l'Ami des Hommes, n'avilifsez point les gens de guerre. Les Suédois ayant, en 1741 , déclaré la guerre à la Russie, on proposa , dans l'assemblée des Etats, de condamner les contrebandiers à être enrôlés pour toute la vie. Et que deviendra la dignité du nom Soldat, dit un député de l'ordre des paysans? Ce mot plein d'élévation, arrêta la promulgation de la loi ; L'Ami des hom. mes,

MIS A N IHR OPĖ.

Na lu dans l'Histoire ancienne , différents traits de Timon , Athénien, surnommé le Mifarthrope , parce qu'il haïssoit tous les hommes. Il aimoit cependant le jeune Alcibiade; & comme on lui en demandoit la raison : « C'est » réponditil « parce que je prévois que son ambition caufera » la ruine des Athéniens sj. Il parut un jour, contre son ordinaire, dans l'assemblée du peuple, auquel il dit à haute voix : « Qu'il avoit un figuier ausi quel plusieurs s'étoient déjà pendus ; qu'il vou. w loir le couper pour bâtir en la place ; & qu'il » leur donnoit avis que s'il y avoit quelqu'un parsi mi eux qui voulút s'y pendre , il eût à se dépê» cher promptement », Cetre espèce de fou avoie composé son épitaphe, où il faisoit des imprécacions contre ceux qui la liroienr.

Callimaque de Cyrène , Poëte Grec, a composé une épigramme où il fait dire à Timon: « C'est » dans ces lieux, que, pour me dérober au commer» ce des humains, j'ai choisi mon habitation : qui

que tu sois, passe; accable-moi, li tu veux, d'in»vectives & d'imprécations, mais passe. »

Le Maréchald'Huxelles, dont le caractère droit & franc passoit poôr misanthropie auprès de plufieurs personnes, étoic raillé fur son célibat. i Je » n'ai point » répondit-il «enicore trouvé de fem» me dont je voulusse être le mari, ni d'homme » dont je voulufse être le père. »

MODÉR AT IO N.

N Philosophe voyant un Athénien qui, dans uri mouvement de colère , malcraitoit son escla

ve: « Voilà » dit-il « un esclave qui en frappe on sautre ». Parole sensée, qui nous fait comprendre le prix d'une ame qui fait le posséder.

Une femme vint un jour à l'audience du Chancelier de Sillery, & s'oublia affez pour lui reprocher en des termes outrageants, la perte d'un procès qui l'intéressoit. Le Chancelier se contenta, pour toute vengeance , de demander, sans s'émou. voir , à l'homme qui l'accompagnoit, fi elle étoit sa femme. Et comme ce mari lui eut répondu que odi: « En vérité, lui repartit le Chancelier, je » vous plains bien ; ramenez-la chez vous. »

Une Pimbèche d'importance qui avoit un procès, étoit venu folliciter en la faveur , on premier Président de Cour souveraine. Comme ce Magistrat ne lui avoit pas fait l'accueil qu'elle croyoit lui être dû, elle dit en passant dans l'antichambre, mais assez haut pour être entendue du PréGdent: Peste soit du vieux singe ! Lelendemain néanmoins l'affaire fut appellée, & cetre Dame gagna son procès. Elle courut aussi-tôt remercier le Président, qui, pour toute vengeance, se contenta de lui dire:

Sachez, Madame , une autre fois , qu'un vieux » finge est toujours disposé à faire plaisir aux gue» nons ». Ce mot a été attribué à M. de Harlay.

Ce même Magistrat reconduisoit une femme de condicion, qui, ne sachant point en être fi proche, grommeloit quelques injures. Maisl'ayant aufli-tôt apperçu: Ah ! Monsieur , lui dit-elle, vous êtes là?« Madame » lui répondit le Magiftrat u vous di» tes de si belles choses, qu'on ne sauroit vous quite » ter ». Et il l'accompagna jusqu'à son carrosse.

Quelqu'un vint avertir le Tasse, célèbre poëte Italien, qu'il se présentoit une occasion favorable de se venger d'un homme, qui, par envie & par jalousie , lui avoit rendu mille mauvais services. Ce n'est pas la vie ou l'honneur , répondit le Taffe, que je desire ôter à cet envieux, c'est seulement fa mauvaise volonté.

Hussein , fils d'Ali VI, Calife des Musulmans

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