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Dans leur flanc innocent tu conduisais sa main.
« Poursuis, Muse; au chagrin qui va finir ma vie
« Prête les airs dont Pan pleura Syrinx ravie. »
C'en est donc fait! Daphné s'est unie à Mopsus!
Que tout change ; non, rien ne m'étonnera plus;
Que Flore aime l'hiver, que les hiboux funèbres
Chantent mieux que le cygne,et craignent les ténèbres;
Que dans nos bois Arcas chante comme Amphion,
Que sa lyre aux dauphins rende un autre Arion.
Muse, c'est trop gémir , cesse une vaine plainte;
Mon cœur, déjà flétri, sent sa mortelle atteinte :
Croissez, belles forêts; adieu, charmants déserts;
Je choisis pour tombeau le vaste sein des mers;
Muse, apprends-le à Daphné; pars, vole à la cruelle;
Quc mon dernier soupir soit porté sur ton aile.

Quels airs chantait Atis ? Euterpe, apprenez-nous
Les fiers enchantements d'une amante en courroux:
Atis d'un bois voisin avait vu le mystère;
Il répéta ces vers qu'avait dits la bergère.

ATIS.
Commençons, chère Isis; présente aux immortels
Cette coupe sacrée, et dresse trois autels:
Aux secrets de mon art unis ton assistance;
Fixons du beau Daphnis la volage inconstance:
Brûle sur ce bucher la verveine et l'encens;

Ma voix va proférer de suprêmes accents. « Charmes impérieux, puissance enchanteresse, « Ramenez mon berger, ou chassez ma tendresse. » Tout subit de mon art l'inévitable loi; Vainqueur de la nature, il la remplit d'effroi; A mon gré le ciel tourne, et la terre tremblante Voit descendre le char de la lune sanglante. Circé retint par l'art des magiques accords Les compagnons d'Ulysse enchantés sur ses bords. « Charmes impérieux, puissance enchanteresse, « Ramenez mon berger, ou chassez ma tendresse. » Isis, sois attentive au mystère secret: De Daphnis fugitif place ici le portrait: Je le dois couronner de ces trois bandelettes ; J'y suspends en festons trois rangs de violettes; Je le porte trois fois autour de trois autels; Ce nombre fut toujours chérị des immortels. « Charmes impérieux, puissance enchanteresse, « Ramenez mon berger, ou chassez ma tendresse. » Forme trois neuds, Isis, et chante en les formant: « Que Vénus soit propice à ce lien charmant.» « Charines impérieux, puissance enchanteresse, « Ramenez mon berger, ou chassez ma tendresse.» L'argile s'endurcit à ce feu de lauriers, La cire s'attendrit près des mêmes brasiers;

Ainsi, que pour moi seule attendri, doux, sincère,
Daphnis soit endurci pour tout autre bergère.
Cieux, enfers, unissez vos secours à mes voeux;
Et toi, puissant Amour, porte-lui tous tes feux.
« Charmes impérieux, puissance enchanteresse,
« Ramenez mon berger, ou chassez ma tendresse.»
Non, non; perdons l'ingrat; qu'il éprouve à son tour
Le tourment de m'aimer sans me donner d'amour:
Qu'il souffre, sans me voir sensible à son supplice,
Ce que souffre un taureau que fuit une génisse,
Quand, las dela poursuivre, il tombe au bord des eaux,
Et ne peut vers la nuit rejoindre les troupeaux.
J'en jure ces autels, s'il résiste à mes charmes,
Ses jours sont dévoués à d'éternelles larmes.

Pourquoi garder ses dons autrefois si chéris?
Il n'a plus de tendresse, elle en faisait le prix.
De la foi des amants trompeurs et faibles gages,
Que sert votre secours contre des cours volages ?
Brûlez , disparaissez, chers et tristes présents,
Puisque je perds un caur dont vous m'étiez garants.
« Charmes impérieux, puissance enchanteresse,
«Ramenez mon berger, ou chassez ma tendresse.»
Un savant enchanteur aux rives de Colchos
M'a cueilli ces poisons nés du sein des tombeaux.
Le pouvoir redouté de ces fatales herbes

Fléchit des noirs torrents les déités superbes:
Par leur secours vainqueur l'amante de Jason
Conquit à son héros la brillante toison :
Souvent au fond des bois, par leur vertu suprême,
J'ai vu Mæris en loup se transformer lui-même;
Dans l'horreur de la nuit autour des monuments
Il erre, il soumet tout à ses enchantements;
Des portes du trépas et des royaumes sombres
Aux ordres de sa voix j'ai vu sortir les ombres;
Vers leurs sources j'ai vu les fleuves remontés,
Et dans d'autres guérets les épis transplantés.
« Charmes impérieux, puissance enchanteresse,
«Ramenez mon berger, ou chassez ma tendresse. »
Le cruel ne vient point. Que servent mes accents ?
Un Dieu plus fort rend-il mes efforts impuissants ?
Tentons un dernier charme:Isis, prends cette cendre;
Dans le ruisseau voisin nous devons la répandre:
Répands-la loin de toi, sans y porter les yeux :
Ici peut-être enfin le ciel m'aidera mieux.
« Charmes impérieux, puissance enchanteresse,
«Ramenez mon berger, ou chassez ma tendresse.»
Que vois-je? dieux du Styx, seriez-vous moins cruels ?
Quel présage brillant embellit ces autels !
La cendre de ces fleurs se ranime elle-même;
Dois-je m'en croire. Hélas! on croit tout quand on

Non, ce n'est point l'erreur d'un trop crédule amour;
Le chien de mon berger m'annonce son retour.
Aux charmes infernaux d'un magique mystère
Fais succéder, Amour, les charmes de Cythère.

NOTES.

Soutiens mes faibles chants , Ô toi que la victoire...

Octavien César; il venait de la bataille de Philippes, dans laquelle il avait défait l'armée de Brutus et de Cassius , meurtriers de Jules-César.

Mais avant que sa voix sur de plus nobles airs...

Il annonce l'Éneide. J'ai cru pouvoir mettre ici Homère, au lieu de Sophocle que porte le texte.

Il répéta ces vers qu'avait dits la bergère.

Cette pièce a beaucoup de l'air de la seconde idylle de Théocrite, où Siméthée, abandonnée aussi de son amant, pratique dans un sacrifice nocturne les mêmes cérémonies à peu près que la magicienne de Virgile.

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