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Ainsi il n'y avoit de ressource à P. R. que dan* les deux personnes que j'ai nommées , FAbbesse & la Prieure. Celle-ci étoit une fille très-fervente , fort zélée pour toutes les pratiques religieuses. Elle voyoit avec peine que M. de Langres eut aboli une grande partie des observances de Cîteaux , pour y établir celles des Carmélites. Mais fous ce prétexte d'un bon zélé , elle se lia avec des Religieux de l'Ordre qu'elle eut occasion de faire venirà P. R. & concerta avec eux de remettre la maison sous la Jurisdiction de l'Ordre. Elle avoit même gagné en partie la Mere Abbesse. Mais la Mere Angélique qui en fut informée ,& qui comprit qu'on alloit tout perdre dans la maison , jugea à propos de faire revenir la Mere Agnès de Bourgogne. Elle fut donc rappellée , & fa présence remédia à tout: excepté qu'elle ne ramena point la bonne Prieure de ses sortes préventions pour les PP. de l'Ordre. En effet cette Religieuse voyant toutes ses mesures rompues pour rappellerles PP. à P. R. se concerta avec eux pour sortir elle-même. Elle fut nommée Abbesse du Lien-Dieu. Nous la verrons dans la fuite Abbesse de Maubuisson, bien déchue de l'efprit de P. R.

Pendant que P. R. étoit dans l'état que nous venons de voir fous le gouvernement des Mères de Bourgogne , les choses n'alloient pas mieux en Bourgogne. 11 est à propos de reprendre l'histoire de la Transmigration des principales de P. R. à l'Abbaye de Tard , & des suites qu'elle a eues. M. Zamet y avoit d'abord envoyé la Mere Agnès avec une autre Religieuse au mois de Septembre 1619. La Mere à son arrivée sut mise en charge : on la fit Prieure à la fin de Novembre de la même année ; il fit encore partir de Paris la Sœur Marie-Claire Arnaud, avec deux autres Religieuses pour.fe rendre à Tard. Le premier voyage ne réussit point. Après deux journées de marche il fallut revenir à la maison; tous les chemins étoicnt rompus par des fontes considérables de neiges, qui étoient tombées dans le commencement de l'hyver. La Mere Angélique souffrit beaucoup de toutes ces entreprises mal concertées. Elle le taifoit néanmoins , se persuadant que le temS d'obéir étoit venu pour elle : car elle étoit alors fur le point de quitter son Abbaye, pour la mettre en Election. Au mois de Mars iéjo. on fit repartir pour Dijon les trois Sœurs de P. R. les chemins étoient encore si mauvais , cju'il leur arriva plusieurs accidens très-fâcheux, )usque-là qu'ayant été obligées de descendre de carosse dans un mauvais pas à l'entrée de la nuit, & marchant fans se voir , une des trois se trouva égarée de la compagnie : & sans un Gentilhomme à cheval qui la rencontra & la reconduisit à son carosse , elle étoit en risque de se noyer & de se tuer. Elles furent bien reçues dans l'Abbaye de Tard au premier abord 5 mais errsuite on les sépara les unes des autres: on leur défendit d'avoir aucune communication entre elles, & même avec la Mere Agnès & les autres de P. R. qui étoient venues avant elles. C'étoit comme une efpéce de Noviciat qu'on vouloit leur faire faire , afin de les monter plus sûrement fur les manières de cette maison. Ce moyen ne réussit que trop bien à celles qui conduisoient cette affaire. Car insensiblement les Religieuses de P. R. prirent goût à la conduite de celles de Bourgogne : la Mere Agnès elle-même qui fut faite Abbesse de la maison, , donna dans le piège : & lorsqu'elles revinrent toutes à P. R. elles apportèrent avec elles une aliénation sécrette des vues & des prîn> cipes de la Mere Angélique. II s'ensuivit quelque petite division, qui grâces au Ciel n'eut pas de fuite: si ce n'est du coté de la Sœur MarieClaire Arnaud , qui pana quelques années depuis son retour ouvertement déclarée contre la Mere Angélique sa Sœur. IX. Pendant toutes ces révolutions de l'Abbaye

Nouvel Insti- de Tard & de la maison de P. R. l'afFaire de

Sacrement""1 * In^tut ^u Sa'nt Sacrement occupoit l'esprit de l'Evêque de Langres. II changea plusieurs fois le dessein de son Institut. 11 vouloit dans un tems cn faire un Ordre de Religieux plus retirés , & encore plus austères que les Chartreux : puis il jugea plus à propos d'établir un Ordre de filles. Tantot il vouloit que l'habitde ces filles eût quelque chose d'auguste & de magnifique , pour attirer, difoit-il, la vénération du peuple. Tantôt il prétendoit qu'elles fuflent extrêmement pauvres , & que pour mieux honorer le profond abaissement de Jésus-Christ dans l'Eucharistie , elles portassent fur leur habit toutes les marques d'une parfaite pauvreté. Les Réglemens qu'il avoit destinés pour ce nouvel Ordre , varièrent auflì beaucoup. La Mer» Angélique voyant ces incertitudes , eut un pressentiment que cet Ordre ne seroit pas de longue durée : cependant elle laìssoit faire. Six ans se passèrent depuis que le projet de cette œuvre fut conçu, jusqu'à son exécution ; car on commença à en parler en 1617. & rétablissement ne se nt qu'en 163}. Dans Tannée 1 £; o. les Lettres Pat'.ntts pour l'ércction furent obtenues. On avoit l'agrément du Saint Siège dès 1*17. la même Bulle qui autorisent les Religieuses de P. R. à passer fous la Jurisdiciion.de l'Ordituiie, permettant auífi rétablissement de TOcdre du Saint Sacrement. Louis XIII. étant tombé malade à Lion , & étant désespéré des Médecins , demanda le Saint Viatique. II reçut aussitôt après avoir été administre , un soulagement si considérable, qu'il fut regardé comme miraculeux. Ensuite il fit vœu par esprit de reconnoissance de se rendre fondateur du Monastère du Saint Sacrement, dont l'Evêquc de Langres poursuivoit alors rétablissement. II ordonna a M. de Mariilac, Garde des Sceaux, d'en expédier les Lettres Patentes: ce qu'il fit, en articulant dans les Lettres & la guérison miraculeuse du Roi, & le vœu qu'il avoir fait. Voilà comment on avoir obtenu la permission de la Cour. Mais l'Arcbevêque de Paris, JeanFrançois de Gondy , arrêtoit l'affaire depuis trois ans , & continua encore trois ans de refuser son consentement pour deux raisons : la première , parce qu'il vouloir que la Mere Angélique fût Supérieure du nouvel Institut , & que M. de Langres en vouloit une antre : la seconde étoit un article des Bulles de Rome qui Jui déplaisoit sort, savoir, que 1"Archevêque de Paris n'étoit pas nommé sèul Supérieur du nouvel Ordre , & qu'on lui associoit l'Archevêque de Sens & l'Evêque de Langtes. II se rendit enfin , à condition que dans le cours de Tannée on íeroit réformer la Bulle , pour y Insérer qu'il seroit le principal Supérieur de cette maison ; que l'examen & la prosession des Religieuses dépendroit de lui, & qu'il jouiroit même de quelques prérogatives au-dessus des deux autres Supérieurs.

Ainsi le 8. Mai iá; J. La Mere Angélique , qui étoit nommée Supérieure par la Bulle, entra dans la nouvelle maison avec quelques autres Religieuses de P. R. tomrue il étoit ordonné par la même Bulle. Son goût l'en éloignoît, siií tout depuis qu'elle avoit renoncé aux charges , & fait démission de son Abbaye : d'ailleurs elltì savoit bien que l'Evêque de Langres avoit fait tout ce qu'il avoit pu pour donner à son nouvel Ordre une autre Supérieure qu'elle ; mais elle se rendit par obéissance. Elle amena avec elle trois Professes de P. R. quatre Postulantes auíïî de P. R. & une Religieuse Converse de Tard. Ce fut la Duchesse de Longueville qui les conduisit dans ses carosses. Les trois Professes étoient la Sœur Marguerite de la Trinité Mauroi , la Sœur Agnès de la Mere de Dieu de Chouï , & la Sœur Anne de Saint Paul Arnaud. Les quatre Postulantes étoient Cathetine de Sainte Agnès Atnaud, Anne de la Nativité Hallé - Magna td j Madelaine de Sainte Agnès de Ligny , Anne de Jésus de Foissy de Chamcsson. La maison étoit dans la rue Coquillére , paroisse Saint Eustache. C'étoit une maison bourgeoise assez commode cour loger des particuliers , mais fort peu propre a loger une Communauté. On avoit pratiqué le Dortoir dans le grenier , dont le platfond étoit tout proche des tuiles , ensorte qu'il y faifoit très-froid en hy ver, & très-chaud en été. Pendant les six années qu'a subsisté le nouvel Institut, la maison est demeurée en cet état, le Roi qui s'étoit déclaré fondateur , & la Duchesse de Longueville la fondatrice,n'ayant donné ni l'un ni l'autre aucun fonds. La maison même avoit été achetée des deniers d'une pieuse veuve , nommée Madame Bardeau , qui avoit légué une somme de 30000. liv. par son Testament à la maison de P. R. en faveur de ce nouvel Institut. La maison fut bénie par M. le Blanc Official & Grand-Vicaire de M. de Paris, & 1e lendemain l'Archevêque lui-même

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