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Claude Mo- L'avocat Claude Mochet' d'Azu ?, qui les avait voulu chet, avocat, aieul ma-' suivre, devait rivaliser avec eux de zèle, de dévoue

ternel de Bossuet. ment, de courage. Père de Marguerite Mochet, celle Ce qne Chara lice bile tuli

. pieuse mère de Bossuet; personnage éminent à lous

égards, nous pourrait-il être ici permis de nous en taire après l'éclatant témoignage qu'un juge très-compétent, son contemporain, Charles Fevret, rempli pour lui d'admiration, de respect, lui a rendu dans son curieux Dialogue des illustres du barreau de Dijon ? Claude Mochet nous est représenté dans cet ouvrage comme l'un de ces hommes dont le nom loujours devra demeurer en grand honneur, tant pour sa capacité hors ligne, ses talents supérieurs, son immense savoir, sa rare éloquence que pour d'éminentes yertus, d'exquises qualités, qui lui méritèrent à Paris, non moins que dans sa province, l'estime, l'attachement, l’admiration de tous '.

· Mochet. Dans la plupart des anciens titres, ou lit : Mouchet, de Mouchet, du Mouchet. ( Noblesse de Bourgogne, ms en 3 vol. in-fol. , bibliothèque de Troyes, no 324, t. I, 317 et suiv.) On lit Mochet sur les Róles des tailles de la paroisse Saint-Michel de Dijon, où demeurait le beau-père de Bénigne Bossuet. Claude Mochet appartenait à la famille Perrenot de Granville et de Chantonas. (Vie de Bossuet, en tête du t. I. des OEuvres de Bossuet ; édit. de Nimes, in-8°, 1784. Essais historiques et biographiques sur Dijon, par Claude Xavier Girault, jurisconsulte ; Dijon, 1814, in-12, p. 543.)

· Azu, fief dépendant de Saint-Romain-sous-Gordon, dans le Charolais,

ayant appartenu jadis aux Bossuet, par suite du mariage d'une Mochet [ Marguerite ) avec le père du grand Bossuet, » (Description du duché de Bourgogne, par Beguillet et Courrépée, t. IV, 143.) Ce fief, après la mort du conseiller Bénigne Bossuet, appartint à Antoine Bossuet ( frère de Jacques-Bénigne), intendant de Soissons, et après la mort d'Antoine, à Louis, l'un de ses fils. J'ai vu des lettres de J.-B. Bossuet, où Antoine , son frère, est qualifié sieur d'Azu. Voir aussi la biographie du parlement de Metz, par E. Michel, 1853, in-8", article Bossuet.

3 De claris fori Burgundici oratoribus, dialogus, auctore Carolo Fiweto, jurisconsulto; Divione, 1651, in-8", P: 71 et 92.

Services ren

dus par Claude Mo

cause royale.

Profond légiste, avocat désintéressé non moins que docte el disert, sans nul désir d'être promu aux grands emplois du palais, son zèle ardent pour la royauté, son dévouement sans réserve au pays (deux sentiments qu'on n'a-. vait point encore appris à séparer alors) lui devaient faire quilter, cinq ou six années durant, pour les périls, pour les dures fatigues d'une guerre sans trêve, ses paisibles études, qui toujours lui avaient été si chères.

Aussitôt qu'eurent commencé les troubles, les membres fidèles du parlement de Bourgogne, la noblesse, les chet à la états de la province, dont l'estime, dont la confiance en Claude Mochet d'Azu étaient sans bornes, l'avaient envoyé avec de pleins pouvoirs négocier en Suisse, en Allemagne, dans l'intérêt de la cause royale, un emprunt considérable, que le zélé député sut conclure avec succès, et d'où devaient résulter, pour le bon droit, d'inespérées ressources. De retour en France, bientôt, avec quarante mille écus, cinq cents reîtres, deux cents lansquenets, des munitions, et plus ardemment résolu que jamais de se vouer tout au service de son roi', Claude Mochet, sur l'heure, ceignit l'épée; et, à la tête d'une compagnie de piquiers armes de cuirasses, on l'allait voir combattre en tous lieux comme si de sa vie il n'eût fait autre chose, se signaler à la journée d'Arques, prodiguer sans relâche son temps, son avoir, sa santé, commander pour le roi à Saint-Jean de Losne, ville grâce à lui demeurée fidèle ?, tenir en respect au loin

Ms. Discours historique ms, sur la vie du président Frémyot, déjà cité.

2 Extraits manuscrits des mémoires de P. Palliot, sur la noblesse de Bourgogne, un vol. in-fol., bibliothèque de Troyes , fonds Bouhier n°337. On y lit Mouchet, au lieu de Mochet, et dans beancoup d'autres ens. que j'ai vus, le nom est écrit ainsi. Mais toujours s'y agit-il du

les ligueurs; il fut, en un mot, pour les hommes de bon vouloir, un auxiliaire prêt toujours à tout, un ferme et

insurmontable rempart. Après les

roubles, Le bon droit à la fin avait prévalu ; la paix fut conClaude Mohet reprend clue, et le parlement réintégré à Dijon, dans l'antique an barreau palais de ses séances. Claude Mochet alors, se bâtant de Dijon.

d'échanger la pique et le corselet contre sa robe d'avocat, contre son chaperon, portés par lui autrefois avec tant d'honneur, retrouvés aujourd'hui avec tant de joie, était revenu, oublieux des hasards passés, reprendre sa place au barreau, debout toujours au pied de ces bancs fleurdelisés où siégeaient ses parents, ses amis, où il n'eût tenu qu'à lui de s'asseoir au milieu d'eux. Les états de Bourgogne, alors, l'ayant tout d'une voix nommé leur Conseil', pour son humble caur c'en était assez; encore le verrons-nous se substituer plus tard, dans cette mission de confiance et d'honneur, Bénigne Bossuet, devenu en 1618 l'époux de sa

fille. 11 est député,

Député en 1614 par le tiers état du bailliage de Dipar le tiers Etat duers jon aux étals généraux du royaume, Claude Mochet,

Dijon, parmi tant d'hommes éminents l'élite de la France, se anx états gé.

devait signaler par sa fermeté, par ses lumières, par son esprit résolu, mais conciliant tout ensemble. Plu

en 1614,

bailliage de

néraux de France.

beau-père de Bénigne Bossuet ; et la qualification de seigneur d'Azu , sans parler de plusieurs autres particularités , le fait toujours aisément reconnaitre. (Journal ms. du conseiller Brenot. Bibliothèque de Dijon.)

· On appelait Conseils des états de Bourgogne des avocats attachés au corps des états (représenté par les élus), pour y donner leurs avis et pour y porter leurs remarques. Ils étaient au nombre de trois, et une somme de 200 liv. était allouée annuellement à chacun d'eux. (Une province sous Louis XIV, situation politique et administrative de la Bourgogne, de 1661 à 1715, par Alexandre Thomas ; Paris, 1894, in-8", p. 17, note, et 201.)

Dijon, après les troubles.

sieurs fois, et avec distinction toujours, il avait présidé la Chambre du tiers état'. Ses compatriotes le voyant revenir parmi eux avec des marques d'honneur, dont le garde des sceaux Brûlart de Sillery, à qui il avait naguère sauvé la vie, sollicita spontanément pour lui et oblint le brevet, la province tout entière devait applaudir avec transport à des témoignages d'estime si bien mérités

Conduite des En 1595 seulement, Dijon, aveugle, rebelle si long- magistrats temps, ayant pu enfin se reconnaître, et les membres du Parlement de parlement royaliste rentrant dans cette ville après un si long exil, de si héroïques efforts, de si généreux sacrifices, quel accueil fit Henri IV à des sujets si éprouvés et si fidèles ! Tout le parlement, naguère désuni et fractionné, allant au complet reprendre ses séances et rendre la justice au nom du roi, le monarque déclara vouloir que ceux de cette cour qui, pour leurs souverains, pour le devoir, avaient tant fait, tant sacrifié, tant souffert rentrassent les premiers dans le palais, et tinssent, eux seuls, une solennelle audience d'ouverture, où ne pourraient siéger ceux qui naguère, déloyaux, égarés ou faibles, avaient été en Bourgogne les fauteurs, les auxiliaires, les instruments de la révolte. Et comme ces derniers, pleins de confusion, demandaient avec instance qu'on leur épargnât une humiliation si flétrissante : « Non (leur avait ré

· Ordre observé en la convocation et assemblée des estats généraux de France tenuz en la ville de Paris, en l'année 1614, etc., par Henri Greslin; Paris, chez Abr. Saugrain, in-8° de 56 pages. Recueil très-exact de tout ce qui s'est fait et passé de singulier et mémorable en l'assemblée gé. nérale des états tenue à Paris en l'année 1614, par Florimont Rapine, seigneur de Foucherainne ; Paris, 1651, in-4°, p. 194, 201, 212.

• De claris fori Burgundici oratoribus, dialogus, authore Carolo Fcrreto, j.-C. (déjà cité).

pondu le monarque, indigné d'avoir été méconnu par eux si longtemps), non, je veux que ceux de Semur rentrent devant' vous, en signe de leurs services; je le veux; ils ont suivy ma fortune, ils se feussent perdus avec moy, et vous m'eussiez aydé à ruyner ; je le veux ?. »

Mais les Frémyot, les Bretagne, les Bossuet, non moins généreux aujourd'hui que naguère ils avaient été fidèles, ouvrant leurs bras à leurs confrères humiliés, Henri IV, attendri, les devait voir ce jour même se présenter tous ensemble à son audience, confondus, unis, en bon accord, comme s'ils ne se fussent séparés jamais, prêts tous à servir à l'envi le pays et un roi que nul n'avait pu connaitre sans se vouer à lui sans réserve 3.

Claude Bretagne, premier du nom (bisaïeul de Jacques-Bénigne Bossuet), Jacques Bossuet, son aïeul, Antoine Bretagne, son grand-oncle, les conseillers Fyot, Ocquidem, Robelin, Baillet de Vaugrenant ( sans parler

des autres), pleins de ces généreux sentiments, avaient Claude Bre- su les inspirer à tous. Claude Bretagne devait mourir beau-père de en 1604, dans sa quatre-vingt-deuxième année, honoré

Bossuet is des regrets de toute la province *. Le commissaire aux are Santis requêtes, Antoine, son fils, devenu, en mars 1597, con

seiller en titre au parlement de Dijon, y devait siéger

· Devant, pour avant.

a Journal ms. de ce qui s'est passé au parlement [ ligueur ] de Bourgogne, pendant la ligue , par le conseiller Brenot. (Bibliothèque de Dijon, p. 128-129.)

3 La ligue en Bourgogne, ms, de la bibliothèque de Dijon, in-fol., n° 444.

* Claude Bretagne, zer du nom, né le 27 nov. 1525, reçu conseiller le 19 juin 1555, mourut le 16 août 1604. ( Le Parlement de Bourgongne, par P. Palliot; Dijon, 1649, in-fol., p. 212-213.) Dans son épitaphe, on remarquait ces paroles : In ea scilicet tempora natus , ut Respublica hoc sospite adversus perduelles sospes fuerit. » Ibid.

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