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chement qu'elles avoient pour elle, se rendirent à ses raisons qui étoient toutes de religion. Car l'esprit de Dieu paroissoit fi visiblement dans tout ce qu'elle faisoit & ce qu'elle disoit, que ses filles demeuroient toujours persuadées , 8c acquiefçoient à tout ce qu'elle vouloit , quelque répugnance qu'elles ressentissent. :.

La Sæur Anne de Jesus fut bien étonnée lorsqu'elle vit entrer la Mere Geneviéve ; elle l'écri. vit sur le champ à Madame la Duchesse de Longueville , & à M. de Langres , qui furent aussi extrêmement surpris. Mais revenus du premier étonnement, ils n'en furent point fâchés ; pensant qu'ils viendroient mieux à bout de la Mere Genevieve, que de la Mere Angélique , & qu'elle entreroit plus dans leur esprit. Ils accoururent donc , firent de grandes amitiés à la nouvelle Mere , & la félicitérent sur ce que l'accomplissement de cette grande cuvre lui étoit rélervé. Comme cette Mere étoit fort vertueuse, & qu'elle avoic sur-tout beaucoup de simplicité & de droiture, elle rendoit compte de tout à la Mere Angélique par lettres. Celleci insistoit toujours fortement sur le renvoi de la Sæur Anne de Jesus ; pendant que d'autre part, l'Evêque de Langres la préconisoit auprès de la Mere , & follicitoit vivement sa réception. La Mere Supérieure pensa être surprise: cette fille faisoit auprès d'elle tant de souplesses , & l'Evêque la lui recommandoit avec tant d'adresse & un si grand dehors de dévotion , qu'elle fut route prête à la recevoir. Elle écrivit à la Mere Angélique , qu'il lui paroissoit un notable changeinent en mieux dans la Sæur. La Mere Angélique ne lui répondit autre cho. se', linon qu'elle prit huit jours pour y penser. Pendant ces hụit jours, la Mere Genevieve ou

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vrir les yeux, & prit sa résolution fixe de renvoyer la Sæur. Elle déclara donc les intentions à la fille , laquelle ayant naturellement le cæur haut, accepta le congé sur le champ , & écrivit à M. de Langres , & à la Duchesse. Celle-ci vint promptement au Monastére., & emmena la fille. La fæur Converse de Dijon, la voyant partir, demanda aussi à se retirer ; ce qui lui fut accordé : enforte que la maison se trouva dans une union parfaite & une pleine paix , fous l'autorité de M. l'Archevêque , qui en fut. reconnu feul Supérieur ; & depuis ce tems-là, M. de Langres n'y mit plus les pieds. si

Il s'agissoit de consommer l'établissement , en donnant l'habit aux Poftulantes. C'est à quoi on pensa. Car la Mere Angélique n'avoit donné. l'habit à aucune, parce que l'affaire étoit toujours en suspens , & que l'Archevêque ne vouloit point terminer pour les raisons qui ont été rapportées plus haut. C'est une chole digne de remarque, que ces bonnes filles Postulantes qui ne voyoient point de fin, n'en avoient cependant aucune inquiérude. La Mere leur avoit fi bien appris à attendre en paix les momens du Seigneur, & à remettre tous leurs soins sur la Providence, qu'elles ne pensoient qu'à s'avancer dans la voie de Dieu , & à croître dans son amour, indépendamment de tous les événemens. - La jeune fille congédiée se vangea par des XVI. discours très-désavantageux, qu'elle tenoit au- Persécution près des personnes de condition contre la mai-co

son du Saint Ton, & sur-tout contre M. de saint Ciran. Las Prieure des Carmélites de saint Denis , qui étoit à Paris, cante de Mademoiselle de Ligny qui étoit pensionnaire au faint Sacrement, se laissa prévenir, en parla à M. fon frere le Chancelier Seguier , & à son autre frere l'Evêque d'Auz

contre la mai.

Sacrement.

xerre. Ces Meslieurs firent prier M. de faint CL ran de s'abstenir de voir leur niéce ; & le Chaq. celier déclara qu'il la retireroit , fi cet Abbé continuoit de fréquenter la maison. M. de fainz Ciran dont la inaxime étoit de suivre toujours Dieu, c'est-à-dire, de se conformer aux ordres de la Providence, à mesure qu'ils se manifestoient, crut qu'elle lui ouvroit une porte pour faire ce qu'il avoit déja projetté, qui étoit de se retirer, sans cependant se rendre coupable d'avoir manqué à ce qu'il devoit à des ames que Dieu avoit mises entre les mains. Il prit donc le parti de la retraite, mais il donna aux Sæurs un lubstitut d'un rare, mérite. Ce fut M. Singlin donc il sera beaucoup parlé dans la suite , & qui confessoit déja depuis quelque tems dans la mai. son de P. R.

Cependant Messieurs Séguier ne perdoient pas la pensée de retirer leur niéce de la maison. Ils trouvérenr en elle plus de résolution qu'ils ne comptoient. Elle leur déclara qu'elle ne se feroit jamais Religieuse qu'au saint Sacrement, ou à P. R. & cela précisément à cause de la bonne conduite , & de la pureté des sentimnens qu'y avoit établis M. l'Abbé de S. Ciran. Ce fut une occasion, à l'Evêque d'Auxerre d'entrer en matiére avec sa niece. Il lui dit que M. de faint Ciran étoit devenu fort suspect sur la doctrine & fur sa conduite , sur-toirt au sujet de la Communion. La niéce rendit compte, à fon oncle de ce qui en étoit. Elle lui exposa les avis quc M. de saint Ciran leur donnoit pour les disposer à la fréquente Communion ; les cas où il conseilloit

de s'en abstenir quelquefois: elle lui déclara que .: l'ufage de la maison étoit de communier les Dj- manches & les Fêtes, tous les Jeudis, & quel quefois les Samcdis, L'ancle pleinemear facis.

fait , laissa la niéce dans la maison , & l'exhorca à bien faire.

La persécution qui s'étoit allumée contre M. de saint Ciran pour les raisons que nous avons vues & plusieurs autres que nous verrons, retomboit par contre-coup sur la maison du saint Sacrement. M. de Paris voyant le bruit qu'on en faisoit, & les mauvais rapports qui avoient passé jusqu'aux oreilles du Nonce, voulut éclaircir les choses. Il envoya au saint Sacrement M. de Comtes Chancelier de Notre-Dame , & Supérieur de la maison, pour faire les informations requises. Cet Ecclésiastique pria d'abord Ta Mere Supérieure de lui donner par écrir fes; sentimens sur la Confession & la Communion. Il n'y trouva rien que de très-orthodoxe. Ensuite il interrogea toutes les Sæurs, fut trèscontent de leurs réponses , fur-tout de l'assurance qu'elles lui donnérent que c'étoit par Finspiration de M. de Càine Ciran, qu'elles s'êtoient mises dans l'entiére dépendance de M. l'Archevêque comme de leur unique & vrai Supérieur. M. de Comtes rendit compte au Préjat , & revint une seconde fois, ou il réglá qu'au lieu du scapulaire d'écarlatce que M. de Langres avoit voulu leur faire porter , & qui avoit quelque chose de trop, brillant, elles prendroient un scapulaire blanc avec une croix rouge. M. FArchevêque vint ensuite lui-même, interrogea toutes les Seurs , les loua beaucoup de leur conduite, & fit, de grands cloges de la chere fille la Mere Angélique , aulli-bien que de M. de saint Ciran, dont la justification s'énsuivoit tout naturelleinenr des sentimens chrétiens & Catholiques ou fe trouvoient des filles formées par ce Directeur. Il prit jour le 18. Se ptembre pour donner l'habit à Gx Poftulantes,

trois de Cheur, & trois Converses. Lorsqu'il fit la cérémonie , la Mere Supérieure & les anciennes Professes reçurent de la main le scapulaire blanc avec la croix rouge. Ce fut en cette occasion que les filles de P. R. commencérent à faire prendre l'habit aux Poftulantes sans aucun ornement, ni aucune parure, avec un habit très-fimple, & une coëffe sur la tête : & ainsi fut supprimé dans ce Couvent l'abus très-commun alors , &encore aujourd'hui, de faire paroître la Postulante revêtue de toutes les pompes du siécle & de la vanité du vieil homme, dans le moment qu'elle va se consacrer à Jesus-Christ, & fe revêtir de lui & de fon humilité.

On disposa ces filles pour la Profession durant le cours de l'année. Mais lorsque tout étoit prêt , par une retraite de fix semaines entiéres que les Novices , & toute la maison avec elles avoient faite, on fut arrêté par l'incommodité de la maison qu'on occupoit, ou il y avoit trop peu d'air : à quoi on attribuoit les maladies fréquentes de la plâpart des Religieuses. On crut qu'avant toute chose il falloit changer de maifon. C'est pourquoi M. l'Archevêque envoya un ami du Monastére proposer aux Religieufes le choix entre l'un de ces deux partis , ou d'acheter promptement une maison plus commode, ou de s'en retourner à P. R. en attendant qu'on l'eut trouvée. On fit beaucoup de priéres pour consulter le Seigneur, & ne rien faire que par fon esprit ; & on choisit le second parti proposé , de retourner à P. R. d'aurant plus que la plậpart des filles de P. R. avoient toujours souhaité que le nouvel Institut s'y établit; & que d'ailleurs celles du faint Sacrement y gagnoient ce qu'elles avoient de plus cher au

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