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royaume de Juda ; et la loi de Moïse s'y maintient dans toutes ses observances. Malgré les idolâtries et la corruption effroyable des dix tribus séparées, Dieu se souvient de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob. Sa loi ne s'éteint pas parmi ces rebelles : il ne cesse de les rappeler à la pénitence par des miracles innombrables, et par les continuels avertissemens qu'il leur envoie par ses prophètes. Endurcis dans leur crime, il ne les peut plus supporter, et les chasse de la Terre-promise, sans espérance d'y être jamais rétablis (1).

L'histoire de Tobie arrivée en ce même temps, et durant les commencemens de la captivité des Israélites (2), nous fait voir la conduite des élus de Dieu qui restèrent dans les tribus séparées. Ce saint homme , en demeurant parmi eux avant la captivité, sut non-seulement se conserver pur des idolâtries de ses frères, mais encore pratiquer la loi, et adorer Dieu publiquement dans le temple de Jérusalem , sans que les mauvais exemples ni la crainte l'en empêchassent. Captif et persécuté à Ninive, il persista dans la piété avec sa famille (3); et la manière admirable dont lui et son fils sont récompensés de leur foi, même sur la terre, montre que, malgré la captivité et la persécution , Dieu, avoit des moyens secrets de faire sentir à ses serviteurs les bénédictions de la loi , en les élevant toutefois, par les maux qu'ils avoient à souffrir, à de plus hautes pensées. Par les exemples de Tobie et par ses saints avertissemens, ceux d'Israël étoient

(1) IV. Reg. xvn. 6, 7. et seq. . (2) Tob. 1. 5, 6, 7. — (3) Ibid.

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Il. 12, 21, 22.

excités à reconnoître du moins sous la verge la main de Dieu qui les châtioit; mais presque tous demeuroient dans l'obstination : ceux de Juda, loin de profiter des châtimens d'Israël, en imitent les mauvais exemples. Dieu ne cesse de les avertir par ses prophètes, qu'il leur envoie coup sur coup, s’éveillant la nuit, et se levant dès le matin, comme il dit lui-même (1), pour marquer ses soins paternels. Rebuté de leur ingratitude , il s'émeut contre eux, et les menace de les traiter comme leurs frères rebelles.

CHAPITRE V.

La vie et le ministère prophétique : les jugemens de Dieu

déclarés par les prophéties.

:

Il n'y a rien de plus remarquable, dans l'histoire du peuple de Dieu, que ce ministère des prophètes. On voit des hommes séparés du reste du peuple par une vie retirée, et par un habit particulier (2): ils ont des demeures, où on les voit vivre dans une espèce de communauté, sous un supérieur que Dieu leur donnoit (3). Leur vie pauvre et pénitente étoit la figure de la mortification, qui devoit être annoncée sous l'Evangile. Dieu se communiquoit à eux d'une façon particulière, et faisoit éclater aux yeux du peuple cette merveilleuse communication : mais jamais elle n'éclatoit avec tant de force que. durant les temps de désordre où il sembloit

que

l'ido

(.) IV. Reg. XVII. 19. XXIII. 26, 27. 11. Par. XXXVI. 15. Jer. XXIX. 19. - (2) 1. Reg. xxvIII. 14. III. Reg. xix. 19. IV. Reg. 1. 8. Is. xx. 2. Zach. x111. 4.- (3) 1. Reg. x. 10. XIX. 19, 20. III. Reg. xvii. IV. Reg. 11. 3, 15, 18, 19, 25. iv. 10, 38. vi. 1, 2.

lâtrie

lâtrie alloit abolir la loi de Dieu. Durant ces temps malheureux les prophètes faisoient retentir de tous côtés, et de vive voix, et par écrit, les menaces de Dieu, et le témoignage qu'ils rendoient à sa vérité. Les écrits qu'ils faisoient étoient entre les mains de tout le peuple, et soigneusement conservés en mémoire perpétuelle aux siècles futurs (1). Ceux du peuple qui demeuroient fidèles à Dieu s'unissoient à eux; et nous voyons même qu'en Israël, où régnoit l'idolâtrie, ce qu'il y avoit de fidèles célébroit avec les prophètes le sabbat et les fêtes établies par la loi de Moïse (2). C'étoit eux qui encourageoient les gens de bien à demeurer fermes dans l'alliance. Plusieurs d'eux ont souffert la mort; et on a vu à leur exemple, dans les temps les plus mauvais, c'est-à-dire dans le règne même de Manassès (3), une infinité de fidèles répandre leur sang pour la vérité, en sorte qu'elle n'a pas été un seul moment sans témoignage.

Ainsi la société du peuple de Dieu subsistoit toujours : les prophètes y demeuroient unis : un grand nombre de fidèles persistoit hautement dans la loi de Dieu avec eux, et avec les pieux sacrificateurs, qui persistoient dans les observances que leurs prédécesseurs, à remonter jusqu'à Aaron, leur avoient laissées. Dans les règnes les plus impies, tels que furent ceux d'Achaz et de Manassès, Isaïe et les autres prophètes ne se plaignoient pas qu'on eût interrompu

l'usage

de la circoncision, qui étoit le (1) Exod. xvii. 14. Is. xxx. 8. xxxiv. 16. Jer. XX1. 30. XXVI. 2, 11. Xxxvi. II. Par. XXXVI. 22. I. Esd. 1. I. Dan. IX. 2.

(2) IV. Reg. iv. 23. — (3) Ibid. xxi. 16. BOSSUET. XXXV.

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sceau de l'alliance, et dans laquelle étoit renfermée, selon la doctrine de saint Paul, toute l'observance de la loi. On ne yoit

pas non plus

que

les sabbats et les autres fêtes fussent abolis : et si Achaz ferma durant quelque temps la porte du temple (1), et qu'il y ait eu quelque interruption dans les sacrifices , c'étoit une violence qui ne fermoit pas pour cela la bouche de ceux qui louoient et confessoient publiquement le nom de Dieu ; car Dieu n'a jamais permis que cette voix fût éteinte parmi son peuple : et quand Aman entreprit de détruire l'héritage du Seigneur, changer ses promesses et faire cesser ses louanges (2), on sait ce que Dieu fit pour l'empêcher. Sa puissance ne parut pas moins lorsqu'Antiochus voulut abolir la religion. Que ne dirent point les prophètes à Achaz et à Manassès, pour soutenir la vérité de la religion et la pureté du culte ? Les paroles des Voyans qui leur parloient au nom du Dieu d'Israël étoient écrites, comme remarque

le texte sacré, dans l'histoire de ces rois (3). Si Manassès en fut touché, s'il fit pénitence, on ne peut douter que leur doctrine ne tînt un grand nombre de fidèles dans l'obéissance de la loi; et le bon parti étoit si fort, que dans le jugement qu'on portoit des rois après leur mort, on déclaroit ces rois impies indignes du sépulcre de David et de leurs pieux prédécesseurs. Car encore qu'il soit écrit qu'Achaz fut enterré dans la cité de David, l'Ecriture marque expressément qu'on ne le reçut pas dans le sépulcre des rois d'Israël (4). On n'excepta

(1) II. Paral. xxvui. 24. - (2) Esth. xiv.9. — (3) 11. Paral. xxxill.. 18. - (4) Ibid. xxviii. 27.

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pas Manasses de la rigueur de ce jugement, encore qu'il eût fait pénitence ; pour laisser un monument éternel de l'horreur qu'on avoit eue de sa conduite. Et afin qu'on ne pense pas que la multitude de ceux qui adhéroient publiquement au culte de Dieu avec les prophètes fût destituée de la succession légitime de ses pasteurs ordinaires, Ezéchiel marque expressément, en deux endroits (1), les sacrificateurs et les lévites enfans de Sadoc, qui, dans les temps d'égarement, avoient persisté dans l'observance des cérémonies du sanctuaire.

Cependant, malgré les prophètes, malgré les prêtres fidèles, et le peuple uni avec eux dans la pratique de la loi, l'idolâtrie qui avoit ruiné Israël entraînoit souvent, dans Juda même, et les princes et le gros du peuple. Quoique les rois oubliassent le Dieu de leurs pères, il supporta long-temps leurs iniquités, à cause de David son serviteur. David est toujours présent à ses yeux. Quand les rois enfans de David suivent les bons exemples de leur père, Dieu fait des miracles surprenans en leur faveur : mais ils sentent, quand ils dégénèrent, la force invincible de sa main, qui s'appesantit sur eux. Les rois d'Egypte, les rois de Syrie, et surtout les rois d'Assyrie et de Babylone servent d’instrument à sa vengeance. L'impiété s'augmente, et Dieu, suscite en Orient un roi plus superbe et plus redoutable que tous ceux qui avoient paru jusqu'alors : c'est Nabuchodonosor roi de Babylone, le plus terrible des conquérans. Il le montre de loin aux peuples et aux rois comme le vengeur destiné à les

(1) Ezech. xliv. 15. XLVIII. II.

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