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Un Paysan, qui passoit à Paris sur le Pont-auChange, n’apperçoit point de marchandises dans plusieurs boutiques. La curiosité le prend , il s'approche d'un bureau de change: Monsieur, demanda-t-il, d'un air niais, dites-moi ce que vous vendez ? Le changeur crut qu'il pouvoir se divertir du personnage : Je vends, lui répondit-il, des têtes d'ânes: - Ma foi , lui répliqua le Paysan, vous en faites un grand débit, car il n'en reste plus qu'une dans votre boutique.

Un autre Paysan, nouvellement débarqué à Paris, demandoit à un Procureur, en regardant le Palais, ce que c'étoit que ce grand édifice. C'est un moulin, lui répondit le Procureur : Je m'en doufois, dit le Paysan, en voyant tous ces ânes à la porte qui portent des sacs.

Quelqu'un , pour se moquer d'un Provincial, cherchoit à lui faire des questions singulières. Il lui demanda un jour en compagnie: Qu'est-ce qu'une obole , une faribole, une parabole ? Le Provincial, sans se déconcerter, lui répondit: « Une parabole » est ce que vous n'entendez pas, une faribole est ce » que vous dites,& une obole est ce que vous valez, »n

Un Seigneur de village, voyane passer un Médecin, lui dit par manière de gaufserie: Où allezvous, Monsieur le Maréchal? - Monsieur, riposta aussi-côt le Médecin, je vais traiter votre seigneurie.

Des écoliers rencontrèrent une bonne femme qui conduisoit des ânes : Bon jour , la mère aux anes, dit l'un d'eux. -- Bon jour , mes enfants, répondit la femme.

Dans le temps des vacations, trois Procureurs qui s'en retournoient chez eux à la campagne, ata teignirent un charrerier , & comme ils étoient en humeur de rire, ils lui demandèrent , en le railJant, pourquoi son premier cheval étoit ligras, &c ceux qui le suivoient si maigre?-C'est , répondit le charretier qui les connoissoit , que mon premier cheval est Procureur , & que les autres sont ses clients. Tome II.

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Un jeune homme rencontrant chez fa maitresse, son rival, qui étoit un homme âgé, crut le railler bien agréablement, en lui demandant quel âge il avoit ? - Je ne vous le dirai pas précisément, reprit celui-ci; mais soyez assuré qu'un âne eft plus âgé à vingt ans , qu'un homme ne l'est à soixante. · Une jeune personne se querelloit avec une vieille; celle-ci l'appella Calin ; la jeune lui riposta, en l'appellant vieille sorcière. — Tu trouves donc, reprit la vieille, que j'ai deviné.

Une Ducheffe demandoit, par manière de gausserie, à une bourgeoise, quel oiseau étoit le plus sujer à être cocu? Madame, lui répondit celle bourgeoise , c'est un Duc. : .

La Reine Christine de Suède avoit un Aumônier dont le ventre étoit si gros, qu'à peine pouvoit-il voir ses pieds. Monsieur l'Aumônier, lui demanda-t-elle un jour,en présence de beaucoup de monde , quand accoucherez-vous ? Madame , lui dit-il, quand vous aurez trouvé une sage-femme: Lettres de Boursault.

Un grand d'Espagne, entrant dans une Eglise à Madrid, donna de l'eau bénite à une Dame qui lui fit voir une main fort maigre & fort laide, avec un beau diamant au doigt; il dit assez haut pour être entendu de la Dame: J'aimerois mieux la bague que la main. - Et moi, dit la Dame, en regardant le collier de l'Ordre qu'il portoit, j'aimerois mieux le licou que la bête.

Un fanfaron , qui n'étoit rien moins que brave, evt des coups de bâton , & les souffrir pariemment, pour ne pas s'attirer un plus grand malheur. A quelques jours delà , il rencontra un Poëte qui lui avoit lancé quelques épigrammes, & dit qu'il lui donneroit cent coups de bâton : « Parbleu» lui repartit le Poëte « il vous eft bien facile de les » donner, car vous les avez reçus depuis quatre » jours. »

Un Grec & un Vénitien exaltcient beaucoup

chacun la gloire de leur nation. Le Grec, pour prouver que la sienne surpasfoit toutes les autres, disoit que c'étoit de la Grèce que les Sages & les Philosophes écoient sortis. Il est vrai , répondit le Vénitien , car on n'y en trouve plus.

Un Vénitien demandoit à un Français, où la nation Française avoit trouvé cette loi falique, dont elle se faisoit tant d'honneur ? C'est , lui répondie froidement le Français , au revers de l'acte qui donne aux Vénitiens l’Empire de la mec Adriatique.

Un Baron Allemand, qui se moquoit de la qualité de Marquis, disoit, en présence d'un Marquis Français, que ce titre éroic fort commun en Frane ce; & il ajoutoit, en plaisantant, qu'il avoit un Marquis dans la cuisine. Er moi, repartit aussi-tôt celui qui se trouvoit insulté, j'ai dans mon écurie un Baron Allemand. Ce titre, comme l'on fait, n'est pas moins usurpé par les Allemands; & il y a chez l'étranger, peut-être encore plus de palefre. niers Allemands, que de cuiGniers Français.

Un Officier Espagnol qui vouloit mortifier un autre Officier de la même compagnie , lui reprochoit, dans une dispute, de ce qu'il n'alloit point aux coups avec ardeur. Il est honteux, lui disoice il, de témoigner de la peur dans les occasions , comme tu fais. Eh ! morbleu, je n'aurois pas de peur , si l'on m'envoyoit contre des gens qui ne fussent pas plus braves que toi.

M. Danez, envoyé par la Cour de France au Concile de Trente,y fit une forte harangue contre la Cour de Rome, & pour la réformation de l'Eglise. Après qu'il eut achevé, un Prélar Italien dit avec mépris : Gallus cantat. M. Danez reprit sur-le-champ: Utinam ad Galli cantum Petrus respiceret!

La forte vaniré des gens du monde les porte volonciers à croire qu'un Auteur, un Savant, est un imbécille hors de la sphère. Un illuitre membre de l'Académie des Sciences (M. de Mairan) se

trouvoit un jour dans une compagnie où étoit un homme de robe, & ils étoient d'avis différents liir quelque chose qui n'avoit pas plus de rapport à la Jurisprudence qu'à la Géométrie. Monsieur, die le Magiftrat, avec un sourire presque moqueur, il ne s'agit ici ni d'Euclide, ni d'Archimède. Ni de Cujas, & de Barthole non plus, reprit vivement l'Académicien : El. de Littérature.

RESPECT.

Una distingué depuis long-temps deux fortes de respects; celui qui est dû au mérite , & celui qu'on accorde aux places & à la naissance. Cette dernière espèce de respect n'est qu'une formule de gestes ou de paroles, dont on ne cherche à s'affranchir que par sorrise ou par un orgueil puérile. Lorsque Laurent Celli fut élu Doge de Venise, en 1361, son père, qui vivoit encore, monira dans cette occasion une singulière foiblesse d'esprit. Ce vieillard se croyant trop supérieur à son fils pour se découvrir en la présence, & ne pouvant éviter de le faire sans manquer à ce qu'il devoït au chef de l'Etat, prit le parti d'aller toujours tête nue. Ce travers de la part d'un homme, d'ailleurs respectable, ne fit aucune impression sur l'esprit des nobles, qui se contentèrent d'en plaisanter. Mais le Doge, touché de voir son père se donner en spectacle par cette ridicule imagination, s'avisa de faire mettre une croix sur le devant de sa corne ducale. Alors le bon vieillard ne fit plus de diffi. culté de reprendre le chaperon; & quand il voyoit fon fils, il se découvroit , en disant : « C'est la » croix que je salue, & non mon fils; car lui ayant » donné la vie , il doit être au-dessous de moi»; Histoire de Venise, liv. XIII.

Fabius-Maximus, qui avoit été Dictateur chez · les Romains, pensoit bien différemment. Ce grand homme alloit à cheval au-devant de Quintus-Fabius. Maximus, son fils, qui venoit d'être créé Consul. Ce jeune homme voyant son père venir à lui fans descendre de cheval, lui envoya commander de mettre pied à terre. Fabius descendie aussi-tôt, & embrassà son fils : Je me réjouis , lui dit-il, de -ce que tu te conduis en Consul. Ce fier Romain se trouvoit plus honoré d'avoir un fils qui pût foutenir la dignité, que de se voir respecté par le premier Magistrat de la République.

RESSE M B LANCE.

Il n'y a peut-être jamais eu de ressemblance parfaite. Les Mémoires du temps néanmoins font mention de différents jumeaux qui avoient un teint , une taille, des traits, & même des inclinations si ressemblantes, que les personnes les plus accoutumées à les voir , Te trompoient souvent sur leur compte. Ces méprises suffisent pour justifier la Fable de la Comédie des Ménechmes, que Regnard, imitateur de Plaute, a fait paroître avec iant de succès sur le théatre Français.

Virgile a fait l'éloge de deux frères qui étoient l'admiration de leur temps par la ressemblance de visage, & la conformité de leur humeur.

Il y a quelques années que l'on vit à Londres deux jumeaux d'environ douze ans, dont la taille, le teint, les traits , & toute la figure paroissoient exarement les mêmes. On prenoit plaisir à leur faire porter des habits de la même forme & de la même couleur, ce qui donnoit souvent lieu à des aventures singulières & divertissantes. Ils avoient reçu la même éducation ; & plusieurs personnes, qui les ont observés, témoignent qu'ils faisoient à-peu-près les mêmes réponses aux mêmes queltions : d'où l'on concluoit que leur façon d'envisager les objets écoit la même, & qu'ils ne se ref

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