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quelque teros par des prodiges de valeur» est amené vaincu & désarmé devant ce jeune Héros. 11 ne lui parle que d'un toa fier & menaçant. Alexandre en est étorvné, & lui dit:

Votre fierté, Porus , ne se peut abaisser; Jusqu'au dernier soupir vous m'osez. menacer: En effet, ma victoire en doit être alarmée \ Votre nom peut encor plus que toute une armée t Je m'en dois garantir. Parlez donc; dites-mok: Comment prétendez-vous que je vous traite ì PORUS.

En Roi.

Voici une fiere & courte réponse de Brutus à César.

CES A R.
Ah ! c'est ce qtfìlfalloit reprocher à Pompée;,
Par sa feinte vertu la tienne fut trompée.
Ce Citoyen superbe , à Rome plus fatal»
N'a pas même voulu César pour son égal.
CrQis-tu^ilm'eûtvaincu.quecetteame hautaine;

Eùt laisse respirer la liberté Romaine ì
Ah! fous un joug de fer îlfauroit accablé.

Qu'eût fait Brutus alors?

BRUTUS.

Brutus l'eût immolé;

La-précision des réponses deThyest&i son barbare srere dont il craint d'être reconnu , a je ne sais quoi de fier, de noble & de grand.

A T R É E. Etranger malheureux, que le fort en courroux » Lassé de te poursuivre, a jetté parmi nous! Quel est ton rang, ton nom ? Quels humains t'ont vu naître?

T H Y E S T B.

Les Thraceï.

A T R É E.

Et ton nom?
T H Y E S T E.

Pouf riez-vous le connoître ì

Philocléte,

A T R Ê E.

Ton rang?
T H Y E S T E.

Noble, sàns dignités Et toujours le jouet du destin irrité.

A T R É E.
Où s'adressoient tes pas? Et de quelle contrée
Revenoit ce vaisseau brisé près de l'CEubée l

T H Y E S T E.
De Sestos; & j'allois à Delphes, &c.

On fait assez combien il est difficile ^d'être court, La précision demande du travail dont tout le monde n'est pas capable. Le Cardinal du Perron, parlant d'une réponse de Coëffetau, dit fort bien: II íauroit faite plus courte s'il avoit eu plus detems. Un des plus profonds & des plus vastes génies que la France ait produits, dit aussi à la rìn d'une de ses Lettres : jt n? ai fait celle-ci plus longue , que parce que je ri ai pas eu le loisir de lafaire plus courte. Un des plus illustres Auteurs du dernier íìecle, qui joignoit à la plus profonde érudition un esprit juste & un goût exquis ( choses très-rares parmi les Savans ) , fait cette réflexion sensée.

» C'est peut-être le plus mal-aisé de » tous les ouvrages, que celui de bien » abréger; il faut un discernement peu 93 commun , pour juger quelles font les » circonstances dont la luppression obf5» curcit ou n'obscurcit pas un ouvrage.

II seroit difficile de déterminer l'usage de ce style. On ne trouve pas toujours l'occafion d'exprimer tant de choses en fi peu de mots. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'en général il doit régner dans tous les discours un certain Laconisme qui consiste à retrancher toutes fuperfluités, & à se servir de termes expressifs*

ferns, des foi

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lication & un

On dit toujours mal en beaucoup de

mots, ce qu'on peut dire fort bien en peu.

Mais, d'un autre côté, il nefaut point perdre de vue la maxime qui vient d'être citée ; & pour s'y conformer, il faut employer tout son discernement & toute sa pénétration à examiner quelles sont les circonstances essentielles dont l'omiísia» répandroit de la foiblesse ou del'obfcaiitésur le discours; l'EIoquence marche entre deux écueils; on veut être court , on devient obscur; on veuc être abondant , on est diffus. 11 ne faudroit pas toujours condamner, comme des redondances vicieuses , certaines répétitions variées& harmonieusesdelamême idée, qui servent à la développer & à flatter l'oreille , quoiqu'elles ne soient pas absolument exigées par le sens , dont elles ne font qu'un complément assez surabondant. Ce seroit peut-être un défaut dans Ja Prose, mais on en trouve de trop beaux exemples dans les vers, pour pouvoir décider que ce soit un défaut : quel-: ques uns de ces exem plesvont faire sentit ce que je veux dire.

Quelques crimes toujours précédent les grands crime.

Voilà un vers qui suffit pour l'idie qu/ij iexpvime ; voyez cependant en combien de manieras la même idée va encore étr© retournée.

r.

Quiconque a pu francliir les bornes légitimes J
Peut violer enfin les droits les plus sacrés.
I I

Ainsi que la vertu le crime a ses degrés.
I I I.

Et jamais on n'a Tu la timide innocence
PaíTer subitement à l'extrême licence.
I V.

Un jour íèul ne fait point d'un mortel vertueux *
Un perfide assassin , un lâche incestueux.

Si cette répétition variée de !a même idée, est un défaut, pourquoi tout le monde les sait-il par cœur? Pourquoi n'y a-t'il peut-être rien de plus beau dani Corneille que cette réponse de Pompée à Sertorius, que nous avons déja rapportée ailleurs, & où l'on trouve le même de'saut, si c'en est un.

I.

Et votre Empire en est d'autant plus dangereux ,
Qu'il fend.de vos vertus les peuples amoureux j
I I

Qu'en assujettissant vous avez l'art de plaire i

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