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446 Ressemb£Ànce.

lèmbloient pas moins dans leur manière de sentir & de concevoir, que dans les traits du corps qui fbriroient leur ressemblance extérieure.

L'histoire des Seigneurs de Scissonne, rapportée par Pasquier, peut servir er.core à nous prouver que la nature prend quelquefois plaisir à se copier. «,Nicolas & Claude de Roussi, frères jumeaux, » l'un Seigneur de Scissonne, & l'autre d'Origny, » naquirent le 7 Avril 1548 , avec une telle ressemblance, que leurs nourrices surent contrain» tes de leur bailler des bracelets de diverses cou» leurs pour reconnoître leurs nourriçonsr conforji mité qu'ils apportoiem du ventre de leur mère, >, non-feulement en ce qui étoit de la taille & des j, tftits du visage, mais aussi de leurs mœurs, gestes, s, ports, volontés & inclinations ;ce qui sut cause » à leur père & mèrede les faire habiller demêmes » parures, & eux-mêmes étoient fort empêchés » de les distinguer. Notre Roi Charles neuvième » prenoit souvent plaisir , au milieu de cinq-cents ?, gentilshommes, de les mettre tous deux en91 semble, & les considérer longuement, pour y ï, trouver après , quelques marques de différence, s, Mais après les avoir fait pisser & repasser dans 9, la foule , & se représenter à lui, il ne les put ja» mais, ni aucun de la troupe, discerner au vrai: 9, leSeigneur de Scissonne étoit grand ami des Sei9, neurs de Fervaques. Les femmes de ces deux 9, Seigneurs abusées, prirent le Seigneur d'Origny 9, pour son frère aîné , &c. Je veux remarquer en 9, eux,des choses de très-grande admiration; l'une, 9, qu'ayant été, comme gentilshommes, duits dès í) leur jeunesse en toutes fortes d'exercices hon», nêtes, entr'aotres , du jeu de paume, auquel iTs 9, s'étoient rendu grands maîtres, leSeigneur d'Ost rigny se trouva surpasser son frère, qui faiscit, »de fois à autre, des parties mal-à-propos; à 3, quoi, pour remédier, il sortoit du jeu, feignant 9, d'aller à quelque nécessité de nature , & peu » après, faisait entrer son frère en sa place, qui Ressemblance.

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» étoit des regardants; lequel relevoit & gagnoit, » la partie, fans que nul, ni des joueurs, ni de ceux » qui résidoientà la gallerie, y connussent rien du J, changement : l'autre, que s'étant, le sieur d'O»rigny,vouéà la recherche de la Vicomtesse d'Es«clavole, belle, riche & vertueuse Dame, pour » l'épouser, cette même dévotion entra aussi-tôt » en l'aroede Scissonne, qui ne savoit que son frère » s'y fût engagé; mais en ayant eu avis, changea » de propos au profit & avantage de d'Origny , » qui l'épousa, Aussi les mêmes accidents qui arri. « vèrent à l'un pendant le cours de fa vie, arrivè» rent à l'autre; mêmes maladies , mêmes blef» furesà même instant, en mêmes endroits de leurs » corps ;& lorsque Scissonne tomba malade de la » maladie dont il mourut, au trentième an de son » âge, le Seigneur d'Origny se trouve au même» temps atteint de même maladie; vrai est qu'il J, en réchappa,par l'industrie de son Médecin. L'au»tre, mal traité parle sien, étant allé de vie à » trépas, & le Seigneur d'Origny en ayant eu la » nouvelle ,tomba en telle syncope, qu'on estiJ, moiï qu'il fût mort. Toutefois, il en réchappa. » Un bon Peintre les représenta tous deux dans un » tableau,tels qu'ils étoient, c'est-à-dire, très-sem» blables de corpulence & de visage. »

Descourtisansdel'Empereur Auguste lui présentèrent un jeune Grec qui lui reffembloit trait pour trait. On rapporte ,àce sujet,quel'Empereur,après l'avoirlongteropsexaminé.lui demanda en plaisantant, fi samèreétoitvenueà Romel Non, Seigneur% Jui répondit le jeune Grec, qui sentit où tendoic la question, mais mon pire y eji venu plujìeurs fois.

KJ N Financier avoit amassé de très-grands biens aux dépens de l'Etat,& ildisoit à un Sage: II faut,

RICHESSES.

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je crois, bien de la force d'esprit pour mépriser íes richesses? Vous vous trompez, lui répondit le Sage, il suffit de regarder entre les mains de qui elles passent.

Un Médecin très-habile, mais fort avide d'argent, étoit allé visiter un Philosophe convalescent; ii le trouva qui mangeoit un ragoût. Que faites-vous ? lui dit-il : de semblables mets font un poison, même pour les personnes qui jouissent de la meilleure santé. Je conviens, lui répond le Philosophe , de ce que vous dites; j'ai eu tort; je me corrigerai. Que vous faut-il maintenant pour les peines que vous vous êtes données pendant ma maladie? Le Médecin exigeoit une somme considérable. LePhilosophe lui dit, en le payant: Vous tirez de trop fortes rétributions de ceux qûî ont recours à vous : prenez garde à votre m^fedie; elle est aussi sérieuse que la mienne :les richesses font pour l'ame, ce que les ragoûts sont pour le corps : Apologue Oriental.

II n'est que trop ordinaire d'estimçr les gens i proportion des richesses, ou , comme dit le Poète satyrique, des vertus qu'ils ont dans leurs coffres. Quand Louis XIV fit son entrée à Strasbourg, les Suisses lui envoyèrent des députés. Un Archevêque, qui étoit auprès du Rci, ayant vu parmi ces députés, l'Evêque de Bafle, dit à son voisin:C'est quelque misérable, apparemment que cet Evêque? Comment! lui répondit-il a centmille livres de rente. Oh! okl dit l'Archevêque, c'est donc un honnête homme. Et il lui fit mille caresses.

J. Aupes pour nos propres défauts, lynx pour ceux des autres, a dit le Poëte, nous n'apperee

, porté à ce sujet, un fait assez plaisant. Un Prince

RIDICULE.

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Ridicule. 249 donnoit un grand repas à toute fa Cour, on avoirservi le souper dans un vestibule , & ce vestibule donnoit sur un parterre. Au milieu du souper, une femme croit voir une araignée : la peur la saisit; elle pousse un cri,quitte la table,suit dans le jardin , & tombe sur le gazon. Au moment de û chiite, elle entend rouler quelqu'un à ses côtés , c'étoit le premier Ministre du Prince. Ah ! Monsieur, lui dit-elle, que vous me rassurez, & que j'ai de graces à vous rendre ! je craignois d'avoir fait une impertinence. Eh ! Madame, qui pourroit y tenir? répond le Ministre; mais, dites-moi, étoit-elle bien grosse ? — Ah ! Monsieur, elle étoit affreuse. — Voloit-elle, ajouta-t-il., près de moi? — Que voulez-vous dire? une araignée voler! — Eh ! quoi, reprit-il, c'est pour une araignée que vous,nu'tesce train-là? Allez, Madame, vous êtes une folle; je croyois que c'étoit une chauve-souris.

II y a toujours du ridicule à- s'acquitter de mauvaise grace, d'une chose que l'on peut se dispenser de faire. Un Seigneur étranger, dansoitdans un bal de la Cour de France; mais il s'en acquittoit si mal, qu'il faisoit rire tous les -spectateurs. Un des amis de l'étranger crut bien l'excuser, en disant, que s'il dansoit mal, il se battoit bien. A la bonneheure, répondit un des rieurs, qu'il se batte donc & ne dan'é point.

La Comédie nous représente les caractères ridicules , afin que le spectateur s'y corrige de ses défauts , comme on ôte devant un miroir les taches de son visage. II y a bien des originaux que la Comédie n'a point encore exposés à la risée du public. Nous en citerons ici quelques-uns qui retiennent leur place; c'est l'Histoire & les Mémoires du temps qui nous les fourniront.

Le Chevalier Folard avoit été, en 1706, envoyé à Modène, pour aider de ses conseils , en cas de siége , le Gouverneur de cette place, de la capacité duquel on doutoit. Je- me rends chez lui, dit cet Auteur, dans ses Commentaires sur Polybe-, Ï 50 R I D I C U X É.

mais je choisis ma! mon temps. J'avois déjà appris d'un Officier du Vexin , qu'une infinité de maîtres s'étoient chargés de son éducation. Je le trouvai avec un Rabbin célèbre, nommé Babaà-chai. Dès qu'il me vit, il me dit fort poliment qu'il savoit le sujet de ma venue, & qu'il étoit sort ravi de m'avoir pour collègue. Je Jus répondis qu'on ne m'envoyoit pas sur ce pied-là, mais pour lui obéir dans l'exécution de ses ordres, & pour le soulager lorsqu'il m'encíoiroitcapable./'appre^í/t l'Hébreu, comme vous V6ye{,me dit-il, un peu tard, à la vérité, mais j'espère en voir le bout, & de bien d'autres connaissances. Je lui répondis que je Je louois d'employer si bien son temps. I) renvoya le Rabbin ; mais à peine étoit-il dehors, que voilà un maître à danser qui entre. Vous me pardonnerei, dit-il, je mets la matinée à profit: l'aprèsdínéesera toute pour vous. Je lui répondis que, s'il le permettoit, je le verrois en mouvement avec plaisir. Je le vis donc danser & bondir avec une légèreté surprenante pour un homme de soixantehuit ans. Je crus en être quitte pour cette folie; niais je me trompois. Le maître à danser étoit à peine sorti, qu'un maître de musique se présenta. Je tombai de ma hauteur en voyant tout cela. Voilà mon homme qui se met à chanter , ou pour mieux dire, à croasser : j'en sus étourdi. Cela finit ensuite par un Poe'te qui venoit aussi régulièrement que les autres, lui expliquer les plus beaux endroits du Tasse. Mais il s'en falloit de beaucoup que je susse au fait de ce caractère : il étoit amoureux & dévot. On peut bien juger qu'il n'avoit aucun temps à perdre. Je fus obligé de le laisser là, & d'avoir recours au Commissaire ordonnateur, sur qui te bon-homme s'étoit déchargé de toutes les fonctions de Gouverneur, tant ses occupations étoient grandes.

L'Abbé Arnaud, accompagnant son oncle f'Ev?que d'Angers, dans un voyage de Rome, passi par Florence, où il alla rendre visite au grand Duc

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