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giné que tout ce que Gassendi a débité poor nous faire adopter les rêveries d'Epicure. Palie pour fa morale, mais le reste ne vaut pas la peine qu'on y faffe attention. N'est-il pas vrai, mon Père, ajouta Molière ? Le Religieux répondit, comme Monfieur Gobemouche , par un hom, hom, qui faisoit entendre aux Philosophes, qu'il étoit connoisseur en cerce matière; mais il eut la prudence de ne se point mêler dans une conversation si échauffée. Oh! parbleu , mon Père, dit Chapelle, qui se crue affoibli par l'apparente approbation du Minime, il faut que Molière convienne que Descartes n'a formé son système que comme un Méchanicien, qui imagine une belle machine, fans faire attention à l'exécution. Le systême de ce Philosophe est contraire à une infinité de phénomènes de la naturé, que le bon homme n'a point prévus. Le Minime sembla se ranger du côté de Chapelle, par un second hom , hom. Molière, outré de ce qu'il triomphoit, redouble ses efforts, & dérruit les opinions de Gassendi par de fi bonnes raisons, que le Religieux fut obligé de s'y rendre par un troisième hom, hom obligeant, qui sembloit décider la question en la faveur. Chapelle s'échauffe, & criant à pleine cêre pour convertir son Juge, il ébranla son équité par la force de ses poumons, Je conviens que c'est l'homme qui a le mieux rêvé, ajoute Chapelle; mais, morbleu , il a pillé ses rêveries par-tout, & cela n'est pas bien. N'estil pas vrai, mon Père, dit-il au Minime? Le Moine , qui convenoic de tout obligeamment, donna aussi.tôt un signe d'approbation, fans proférer une seule parole. Molière, sans songer s'il étoit au fait, failie avec chaleur le moment de réfurer l'argument de Chapelle. Ces deux Philosophes en étoient aux convulsions, & presque aux invectives d'une dispute philosophique, quand ils arrivèrent devant les Bons-hommes. Le Religieux demanda qu'on le mît à terre, & donna son applaudiffement au profond savoir des deux antaa

gonistes. Maisavant que de sortir du bateau, il alla prendre sous les pieds du batelier, sa besace qu'il y avoit mise en entrant. C'étoit un Frère Lai, Les deux Philosophes n'avoient point vu son enseigne; & honteux d'avoir perdu le fruit de leur dispute devant un homme qui n'y entendoit rien, ils se regardèrent l'un l'autre sans se rien dire. Molière, revenu de son abattement, dit à Baron, qui étoit de la compagnie, mais d'un age à négliger une pareille conversation: Voyez, petit garçon, ce que fait le filence quand il est observé avec conduite. Voilà comme vous faites toujours, Molière , dic Chapelle; vous me commettez sans cesse avec des ânes qui ne peuvent savoir si j'ai raison. Il y a une heure que j'ose mes poumons , & je n'en suis pas plus avancé. · Les jeunes gens qui parlent indifféremment sur ce qu'ils savent & ne savent pas, n'approuveront peut-être point la réponse de ce jeune homme insiruit , mais furt modeste, qui avoit gardé lesilence dans une compagnie de gens de lettres. Son père lui demandoit en particulier , pourquoi il ne s'étoit pas fait honneur de ce qu'il savoic ? Je craignois, lui répondit-il, qu'on ne vînt aussi à m'interroger sur ce que j'ignorois.

SINGULARITÉ.

Il y a une fingularité, que l'on peut regarder comme un vice de l'esprit, & qui consiste à fronder les modes & les usages de son siècle. C'est ce ridicule que Néricault Destouches a mis avec succès sur la scène , dans la pièce intitulée l'Homme singulier.

Le spectateur Anglais parle d'on gentilhomme habitué au nord de l'Angleterre , qui étoit un exemple bien remarquable de cette singolarité. Il s'étoit fait une maxime constante d'agir , dans les choses les plus indifférentes de la vie , suivant les idées les plus abstraites de la raison, & de n'avoir aucun égard ni à la coutume, ni aux usages des autres. Il se distingua d'abord par plusieurs petices bizarreries. Il n'avoit jamais une heure fixe pour dîner, louper ou dormir; parce que, disoit-il, nous devons être attentifs à la voix de la nature, & qu'il ne faut point régler notre appétit sur nos repas, mais prendre nos repas sur notre appétit. Dans sa conversation avec les gentilshommes de la campagne, il n'auroit pas voulu employer une phrase, à moins qu'elle ne fût exactement vraie. C'est pour cela même qu'il n'a jamais dit à aucun d'eux, qu'il étoit son très-humble serviteur, & qu'il se bornoit à leur souhaiter toute forte de bien. Il aimoit aussi mieux paffer pour mécontent, ou malintentionné, que de boire à la santé du Roi, s'il n'avoit pas foif. Tous les matins, à son lever, il mertoit la têre à la fenêtre, & , aprés y avoir bumé l'air une demi-heure , il récitoit, le plus haut qu'il lui étoit possible, une cinquantaine de vers pour l'exercice de ses poumons. Il les prenoit le plus souvent d'Homère, parce que le Grec, sur-tout dans ce Poëte, est plus sonore , plus ronflant & plus propre à faciliter l'expectoration, que toute aurre langue. Il avoit plusieurs autres maroites, pour lesquelles il donnoit plusieurs bonnes raisons physiques. Cetre humeur se fortifia chez lui au point qu'il en vint jusqu'à mettre un turban au lieu d'une perruque, parce que celle-ci est moins faine & moins propre que le turban. Ce n'est pas tout: il obferva fort judicieusement, qu'il y a trop de ligatures dans la manière dont on s'habille aujourd'hui , & qu'elles ne peuvent qu'empêcher la circularion du sang; de sorte qu'il fic faire des habits tout d'une pièce , à la manière des hussards. Et en un mot, pour s'attacher aux idées les plus exactes de la raison, il s'éloigna tellement des usages reçus de ses compatriotes, ou même de tout le monde, que ses proches l'auroient

fais fait condamner aux petites maisons , & fe feroient emparés de son bien, a le Juge, averti qu'il ne troubloic point l'ordre de la société, ne se fût borné à le déclarer lunarique, & à nommer des curateurs pour veiller à ses affairess.

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SOLDAT.

L E fimple Soldat, confondu dans la foule , voic rarement ses belles actions éclairées par la gloire & c'eft une raison de plus pour les admirer lorfqu'elles viennent à notre connoissance. Voyez Courage, Bravoure , Valeur, Honneur , Militaire, · Français. · Le Prince de Bade défit les Turcs à Salankemen le 19 Août 1691. Après cetre sanglance bataille, un Janissaire, empreffe de ravoir son turban qu'il avoit laissé tomber, n'osoic cependant le demander; mais l'Allemand qui l'avoit ramassé, le lui remic généreusement, & ajouta ces mots en langue • Turque : Mon cher, voild votre turban. Vous êtes Soldat, je le suis aussi ; nous devons nous traiter en frères. Le Janissaire plein de joie , & ne voulanc pas céder en générosité, reprend son turban, d'une main. & de l'autre fait présent de son mousquer à l'Allemand, & lui dit : Si nous sommes frères , je n'en ai plus besoin : Cancimir , Histoire de l'Empire Otroman.

Le grand Condé, parlant de l'intrépidité de quelques Soldats, disoit, qu'étant devant une place où il y avoit une palissade à brûler , il fit promettre cinquante louis à qui seroit assez brave pour faire réushir ce coup de main. Le péril étoit fi apparent, que la récompense ne tentoit point. Monseigneur lui die un Soldat plus courageux que les autres, je vous tiens quitte des cinquante louis que vous me cpromet cez, si votre Altesse me veut faire Sergent de ma compagnie. Le Prince, qui trouva de la généTome II,

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i osité dans ce foldat, de préférer l'honneur à l'ara gent, lui promir l'un & l'autre, Animé par le prix qui l'attendoit à son retour, il-réfolut d'affronter une mort li glorieuse; il prend des flambeaux, defcend dans le foffe ; va à la palissade , & la brûle, malgré une grêle de mousqueterie, dont il ne fur que légèrement bleffé. Toute l'armée , témoin de cette action, le voyant revenir, crioit virat, & le combloit de louanges , quand il s'apperçur qu'ii lui manquoit un de ses Pistolets, On lui promii de tu en donner d'autres. Non, dit-il, il ne me sera poin, reproché que ces marauts-là profitent de mon pil! tolet. Il retourne sur ses pas, essuie encore cen, coups de mousquet , prend son pistolet, & le rap? porte: Lettres de Boursault,

Une des plus belles actions de soldat dont l'his. toire fasse mencion , est celle qui est rapportée dans l'histoire du Maréchal de Luxembourg. Çe Maréchal n'étant encore que Comte de Boutteville , servoit dans l'armée de Flandres eo 1675. Il apperçut, dans une marche, quelques soldats qui s'étoient écartés du gros de l'armée : il envoya un de ses aides-de-camp pour les ramener au drapeau, Tous obéirent, excepré un seul qui continua son chemin Le Comte , vivement offensé d'une telle désobéissance, court à luila canne à la main, & menace de l'en frapper. Celui-ci répond avec sang-froid, que s'il exécutoic sa menace, il fauroit bien l'en faire repengir. Outré de la réponse, Boutteville lui déchargea quelques coups, & le força de rejoindre son corps. Quinze jours après, l'armée assiégea Fur. nes; Boutteville chargea le Colonel de tranchée, de lui trouver dans son Régiment, un homme ferme & intrépide , pour un coup de main dont il avoit besoin, avec cent pistoles de récompense. Le foldat en question, qui passoit pour le plus brave du Régiment, le présenta ; & ayant mené avec lui trente de ses camarades, dont on lui avoit laiflé le choix, il s'acquitra de la commission qui étoit des

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