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et si bienfaisant envers ses enfans, renfermera-t-il son amour et ses libéralités dans ce peu d'années qui composent notre vie? Ne donnera-t-il à ceux qu'il aime, qu’une ombre de félicité, et qu'une terre fertile en grains et en huile ? N'y aura-t-il point un pays où il répande avec abondance les biens véritables ?

Il y en aura un sans doute, et Jésus-Christ nous le vient montrer. Car enfin le Tout-puissant n'auroit fait que des ouvrages peu dignes de lui, si toute sa magnificence ne se terminoit qu'à des grandeurs exposées à nos sens infirmes. Tout ce qui n'est pas éternel ne répond ni à la majesté d'un Dieu éternel, ni aux espérances de l'homme à qui il a fait connoître son éternité; et cette immuable fidélité qu'il garde à ses serviteurs, n'aura jamais un objet qui lui soit proportionné, jusqu'à ce qu'elle s'étende à quelque chose d'immortel et de permanent.

Il falloit donc qu'à la fin Jésus-Christ nous ouvrît les cieux, pour y découvrir à notre foi cette cité permanente où nous devons être recueillis après cette vie (1). Il nous fait voir que si Dieu prend pour son titre éternel, le nom de Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, c'est à cause que ces saints hommes sont toujours vivans devant lui. Dieu n'est pas le Dieu des morts (2) : il n'est pas digne de lui de ne faire, comme les hommes, qu'accompagner ses amis jusqu'au tombeau, sans leur laisser au-delà aucune espérance; et ce lui seroit une honte de se dire avec tant de force le Dieu d’Abraham , s'il

(1) Hebr. xi. 8, 9, 10, 13, 14, 15, 16. (2) Matt. xxn. 32. Luca

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XX. 38.

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n'avoit fondé dans le ciel une cité éternelle où Abraham et ses enfans pussent vivre heureux.

C'est ainsi que les vérités de la vie future nous sont développées par Jésus-Christ. Il nous les montre, même dans la loi. La vraie terre promise, c'est le royaume céleste. C'est après cette bienheureuse patrie que soupiroient Abraham, Isaac et Jacob (1): la Palestine ne méritoit pas de terminer tous leurs veux, ni d'être le seul objet d'une si longue'attente de nos pères.

L'Egypte d'où il faut sortir, le désert où il faut passer, la Babylone dont il faut rompre les prisons pour entrer ou pour retourner à notre patrie, c'est le monde avec ses plaisirs et ses vanités : c'est là que nous sommes vraiment captifs et errans, séduits par le péché et ses convoitises; il nous faut secouer ce joug, pour trouver dans Jérusalem et dans la cité de notre Dieu la liberté véritable, et un sanctuaire non fait de main d'homme (3), où la gloire du Dieu d'Israël nous apparoisse.

Par cette doctrine de Jésus-Christ, le secret de Dicu nous est découvert; la loi est toute spirituelle, ses promesses nous introduisent à celles de l'Evangile, et y servent de fondement. Une même lumière nous paroît partout: elle se lève sous les patriarches : sous Moïse et sous les prophètes elle s'accroît : Jésus-Christ, plus grand que

les patriarches, plus autorisé que Moïse, plus éclairé que tous les prophètes, nous la montre dans sa plénitude,

A ce Christ, à cet homme-Dieu, à cet homme qui tient sur la terre, comme parle saint Augustin,

(1) Hebr. XI. 14, 15, 16. - () II. Cor. v. 1.

la place de la vérité, et la fait voir personnellement résidente au milieu de nous; à lui, dis-je , étoit réservé de nous montrer toute vérité, c'est-à-dire celle des mystères, celle des vertus, et celle des récompenses que Dieu a destinées à ceux qu'il aime.

C'étoit de telles grandeurs que les Juifs devoient chercher en leur Messie. Il n'y a rien de si grand que de porter en soi-même, et de découvrir aux hommes, la vérité toute entière, qui les nourrit, qui les dirige, et qui épure leurs yeux jusqu'à les rendre capables de voir Dieu.

Dans le temps que la vérité devoit être montrée aux hommes avec cette plénitude, il étoit aussi ordonné qu'elle seroit annoncée par toute la terre, et dans tous les temps. Dieu n'a donné à Moïse qu'un seul peuple, et un temps déterminé : tous les siècles, et tous les peuples du monde sont donnés à Jésus-Christ : il a ses élus partout, et son Eglise répandue dans tout l'univers ne cessera jamais ue les enfanter. « Allez, dit-il (1), enseignez toutes » les nations, les baptisant au nom du Père, et du » Fils, et du Saint-Esprit, et leur apprenant à » garder tout ce que je vous ai commandé : et voilà » je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des w siècles ».

CHAPITRE XX. La descente du Saint-Esprit : l'établissement de l'Eglise :

les jugemens de Dieu sur les Juifs et sur les Gentils.

Pour répandre dans tous les lieux et dans tous les siècles de si hautes vérités, et pour y mettre en vi

(1) Matt. XXVIII, 19, 20.

gueur, au milieu de la corruption, des pratiques si épurées, il falloit une vertu plus qu'humaine. C'est pourquoi Jésus-Christ promet d'envoyer le SaintEsprit pour fortifier ses apôtres, et animer éternellement le corps de l'Eglise.

Cette force du Saint-Esprit, pour se déclarer davantage , devoit paroître dans l'infirmité. Je vous enverrai , dit Jésus-Christ à ses apôtres (1), ce que mon Père a promis, c'est-à-dire le Saint-Esprit : en attendant, tenez-vous en repos dans Jérusalem; n'entreprenez rien jusqu'à ce que vous soyez revétus de la force d'en haut.

Pour se conformer à cet ordre ils demeurent enfermés quarante jours : le Saint-Esprit descend au temps arrêté ; les langues de feu tombées sur les disciples de Jésus-Christ marquent l'efficace de leur parole; la prédication commence; les apôtres rendent témoignage à Jésus-Christ; ils sont prêts à tout souffrir pour soutenir qu'ils l'ont vu ressuscité. Les miracles suivent leurs paroles; en deux prédications de saint Pierre huit mille Juifs se convertissent, et pleurant leur erreur ils sont lavés dans le sang qu'ils avoient versé.

Ainsi l'Eglise est fondée dans Jérusalem, et parmi les Juifs, malgré l'incrédulité du gros de la nation. Les disciples de Jésus-Christ font voir au monde une charité, une force, et une douceur qu'aucune société n'avoit jamais eue. La persécution s'élève; la foi s'augmente; les enfans de Dieu apprennent de plus en plus à ne désirer que le ciel; les Juifs, par leur malice obstinée, attirent la vengeance de Dieu,

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et avancent les maux extrêmes dont ils étoient me-
nacés ; leur état et leurs affaires empirent. Pendant
que Dieu continue à en séparer un grand nombre
qu'il range parmi ses élus, saint Pierre est envoyé
pour baptiser Corneille, centurion romain. Il ap-
prend premièrement par une céleste vision, et après
par expérience, que les Gentils sont appelés à la
connoissance de Dieu. Jésus-Christ, qui les vouloit
convertir, parle d'en haut à saint Paul, qui en de-
voit être le docteur; et, par un miracle inoui jus-
qu'alors, en un instant, de persécuteur il le fait non-
seulement défenseur, mais encore zélé prédicateur
de la foi : il lui découvre le secret profond de la
vocation des Gentils par la réprobation des Juifs
ingrats, qui se rendent de plus en plus indignes de
l'Evangile. Saint Paul tend les mains aux Gentils :
il traite avec une force merveilleuse ces importantes
questions (1), « Si le Christ devoit souffrir, et s'il
» étoit le premier qui devoit annoncer la vérité au
» Peuple et aux Gentils, après être ressuscité des
» morts » : il prouve l'affirmative par Moïse et par
les prophètes, et appelle les idolâtres à la connois-
sance de Dieu, au nom de Jésus-Christ ressuscité.
Ils se convertissent en foule : saint Paul fait voir que
leur vocation est un effet de la grâce, qui ne distingue
plus ni Juifs ni Gentils. "La fureur et la jalousie
transporte les Juifs; ils font des complots terribles
contre saint Paul, outrés principalement de ce qu'il
prêche les Gentils, et les amène au vrai Dieu : ils
le livrent enfin aux Romains, comme ils leur avoient

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(1) Act. xxvi. 23.

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