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évêques tiennent le même langage jusqu'à ce qu'ils le soient, » (1) écrit Bussy Rabutin. Mais, précisément, Fromentières parlait ainsi quelques jours après sa nomination épiscopale. (2) Dès ce moment, il songea à remplir ses devoirs d'évêque comme il avait déjà rempli ceux de prédicateur. Il n'avait pas attendu jusqu'à cette heure pour acquérir les qualités d'esprit et de cœur qui ennoblissent l'homme et distinguent l'évêque. Sa prédication, puisée aux sources les plus savoureuses, témoignait de ses longues études et de la culture de son esprit. Docteur de Sorbonne, il pouvait s'en tenir à ce titre, qui attestait suffisamment sa science théologique et répondait à toutes les exigences canoniques. Pris d'un scrupule d'ailleurs très louable, il voulut encore ajouter de nouveaux titres à ceux qu'il possédait déjà. A cet effet, il adressa, le 16 février 1673, une supplique au recteur de la Faculté de droit pour subir les examens du baccalauréat. Quinze jours plus tard, même supplique pour être admis aux examens de licence. Enfin, le jeudi 9 mars de la même année, il demandait à présenter sa thèse, en vue d'obtenir le titre de docteur en droit canonique. (3)

Nous aurons l'occasion de dire un peu plus tard quelles vertus Fromentières apportait avec lui dans l'épiscopat. Tout ce qu'il convient de faire remarquer en ce moment, c'est qu'afin de mieux se pénétrer des hautes fonctions qu'il aurait désormais à remplir, il fit une retraite chez les Pères de la Doctrine chrétienne, héritiers de l'esprit et des vertus de St Charles Borromée, en qui il se plaisait à voir le modèle des évêques. Il fut préconisé dans le consistoire du 11 mars 1673, et le 1er octobre de la même année, dans cette chapelle du Val de Grâce, qui avait entendu si souvent sa prédication, il reçut la consécration

(1) Lettre à l'abbé de Thésut. 8 déc. 1689. (2) Richard dit que ce panégyrique précéda sa nomination épiscopale. Mais cette nomination est du 13 janvier. La fête de saint Sulpice est le 19 : comment ne pas admettre qu'en cette circonstance Richard a interverti deux dates ?

(3) Archives de la Faculté de droit de Paris. Vol. 47. fol. 10 et 11.

épiscopale des mains de François de Harlay, archevêque de Paris, assisté de Ligny, évêque de Meaux, et de Guy de Rochechouart, évêque d'Arras. Il prêta serment de fidélité au roi le 21 du même mois. (1)

Il mit du temps pour se rendre au siège de son évêché. La Gasette signale sa présence à Versailles le 31 octobre, où il officie aux vêpres chantées en musique dans la chapelle du château. Le 4 février 1674. il est prélat assistant au sacre de l'évêque de Lavaur, dans la chapelle des grandes Carmélites. Le 2 juin, il prêche la prise d'habit de Louise de la Vallière, dans la même chapelle des Carmélites. Enfin, au mois d'octobre, nous avons rappelé sa visite au château des Etangs qu'il ne reverra plus. Une année s'est écoulée depuis qu'il a reçu la consécration épiscopale, et il n'a pas encore vu son diocèse. Ne soyons pas sévère à son égard, mais songeons que le jour où il y sera arrivé, ce sera pour n'en presque plus sortir.

II

Aire-sur-l'Adour, « fort ancienne et cy-devant beaucoup meilleure qu'elle n'est aujourd'hui, » (2) eut peut-être quelque célébrité jadis, quand Alaric II en faisait sa résidence et y promulguait le code Wisigoth ; au XVII° siècle « c'est plutôt un village qu'une ville, » (3) « assis sur le bord de l'Adour, aux pieds de quelques coteaux qui le défendent des mauvais vents.»(4) Le diocèse comprenait à cette époque 218 paroisses, et donnait à l'évêque un revenu annuel de 22000 livres, qui doublait les

(1) Gasette de France. Octobre 1673. (2) P. Duval. Description de l'Evêché d'Ayre en Gascogne. Paris 1651. Chap. II.

(3) Biblioth. Mazarine Mémoire manuscrit de la généralité de Bordeaux, dressé par de Besons, intendant, 1678.

(4) Duval. Loc. cit.

annnées bissextiles. (1) Dès que Mgr de Fromentières y fut arrivé, il se donna tout entier à son œuvre et se consacra à son troupeau. « L'administration diocésaine n'était pas le principal « souci des évêques, dit M. Hauréau ; ils abandonnaient « volontiers à des clercs inférieurs la gestion de leurs intérêts

épiscopaux, pour exercer eux-mêmes le ministère de la parole. « C'est un usage auquel Fromentières ne manqua pas de se a conformer. » (2) L'appréciation manque de justesse, quand elle est appliquée à Mgr d'Aire. Tandis que de 1662 à 1673 le théologal du Mans ne fait défaut qu'en 1666 sur la Liste véritable des Prédicateurs, il n'y paraît jamais plus de 1674 à 1684, qui sont les années de son épiscopat. Sans doute il prêcha beaucoup, mais dans son diocèse. Il savait que le devoir des évêques est d'enseigner et d'instruire. Il avait rappelé, au sacre de Bossuet, que les premiers évêques, qui furent les apôtres, « aimèrent mieux « se décharger sur autrui du soin des aumônes, que d'interrompre « ce travail (de la prédication).... C'est le ministère propre de « l'évêque que la prédication.... Pendant combien de temps « l'honneur d'annoncer l'Evangile a-t-il été réservé aux évêques ? » Au XVIIe siècle, où les diocèses sont d'une étendue assez restreinte, les plus grands parmi les évêques, les Bossuet et les Fénelon, ne cessaient de prêcher dans leur cathédrale, ou dans les diverses églises de leur diocèse. Ainsi faisait Fromentières. « Quel beau et édifiant spectacle de le voir, lorsqu'il officiait, « interrompre souvent le sacrifice des autels, pour se tourner « vers son peuple, et, de son fauteuil, lui expliquer l'Evangile, « la mitre en tête, après l'offertoire. » (3)

Qu'on ne croie pas cependant, que le ministère de la prédication aît suffi à l'ardeur de son zèle. Il n'est pas une cuvre, ayant rapport aux intérêts spirituels ou temporels de son diocèse, qui aît échappé à son activité. Sa vie fut toute à l'action, et son action toute au dehors. La tâche d'ailleurs était immense. Partout des ruines matérielles et morales à relever. La Gascogne souffrait toujours des ravages causés par les guerres religieuses du XVI° siècle, et les temples y brûlaient encore des feux de l'incendie que les protestants avaient partout allumé. Fromentières en avait sous les yeux un lamentable témoignage. Sa cathédrale avait eu cruellement à souffrir du passage des huguenots dans les années 1569-1570. En partie détruite et ruinée, elle ne se releva qu'avec peine, car les temps qui suivirent furent durs pour les provinces, et, durant la période séculaire qui va s'écouler jusqu'à l'arrivée de Fromentières, c'est à peine si le pays respirera quinze années en paix, sous un règne trop tôt fini. Elle avait été mise en état décent. Mgr de Fromentières entreprit de l'orner, fit revêtir le choeur d'une riche boiserie, sépara la nef du sanctuaire par une balustrade en marbre, et changea la disposition intérieure des autels. Il entreprenait aussi cette sacristie voûtée qui reste, encore aujourd'hui, la partie la plus remarquable de ce vieux monument. (1) Il aurait remis à leur place les orgues, « que les calvinistes avaient détruits cy-devant, » si la mort ne l'avait arraché à son cuvre. Et dans ce temple, ainsi restauré et embelli par ses soins, il veillait à ce que les cérémonies se fissent avec éclat et avec solennité. Aux grands jours de fêtes, et quand le prélat officiait, il voulait que les cérémonies se fissent à l'imitation de celles qui « se pratiquaient à Versailles, dans la « chapelle du roi. » (2)

(1) Ibidem (2) Hauréau. Histoire littéraire de Maine : 2me édition. Tom. V. art. Fromentières.

(3) Richard. Préface des Sermons.

7

En même temps, son action s'étendait à tous les sanctuaires qui relevaient de son administration. C'est en 1677 qu'il fit pour la première fois la visite de son diocèse, tantôt jetant l'interdit sur une église en ruines, (3) tantôt imposant d'office le relèvement

(1) Archives de l'Evêché d'Aire. Livre rouge : Article Fromentières. (2) Richard. Préface des sermons.

(3) Interdiction de la chapelle de Ste-Anne, paroisse de La Bastide d'Armagnac. Pièce communiquée par M. Came de St-Agne.

d'une autre. Il nous est resté de ce dernier cas un témoignage trop instructif pour que nous résistions au plaisir de le citer, au moins en partie. Mauco est une petite bourgade située à la lisière des Landes et de la Chalosse. Fromentières constate que ses habitants, obligés d'aller faire leurs dévotions à la paroisse voisine de Benquet, ont trop de chemin à parcourir. Comme il y a une église en ruines dans la bourgade de Mauco, il en ordonne le relèvement: « les murs de l'église seront haussés de la hauteur « d'une canne, de chaque côté, sauf couverture, et les pignons à

proportion : au lieu d'un trou et ouverture, qui est à la muraille « méridionale et qui donne jour sur l'autel, il sera fait une « fenêtre et trois autres sur la nef, à hauteur et largeur convenables

pour l'esclairer, lesquelles seront vitrées, ou du moins y sera « mis du chassis de toile blanche, bien gommée et entretenue « pour empescher le vent; le dessous du toit sera lambrissé de « plancher de bois de sapin ;... il sera fait un tableau du crucifix « avec l'image de St-Médard – patron du lieu – pour mettre « au dessus de l'autel ;... la nef sera pavée; il sera fait un « marchepié de bois devant l'autel, un chassis pour y attacher «- les parements et un balustre pour séparer le sanctuaire. » (1) Viennent ensuite d'autres instructions aussi détaillées sur l'entretien du cimetière, les devoirs du curé qui desservira la paroisse, et le « bassin qu'il doit faire courir pour recueillir les « aumônes et charités des assistants. » N'est-ce pas instructif ? Et se fait-on aujourd'hui une assez juste idée de ces évêques, recherchés à la ville et applaudis à la Cour, oubliant l'une et

(1) Archives du Grand Séminaire d'Aire. Verbal de la visite de l'Eglise de Mauco. Cette tournée pastorale de 1677 dut marquer, dans l'administration de Fromentières, par le nombre des églises qu'il fit restaurer, et aussi, par le ton impératif avec lequel il procédait à ces restaurations : « avons ordonné que dans six mois aux dépens des habitants, il sera acheté un calice d'argent, que le ciboire où l'on garde les Saintes Réserves et la boiste du Saint Viatique seront dorés en dedans : : que le tibernacle sera doublé avec sa porte de quelque étoffe de soie blanche ou rouge, proprement appliquée avec de la colle, etc...» Verbal de la visite de l'Èglise de Cazères. Archiv. dép. des Landes. H. 194.

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