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prendre des mesures, qui pouvoient être 1306-7 d'une dangereuse conséquence pour la tranquillité du royaume et la sûreté du roi lui-même. La politique conseilloit de le surpendre, et elle fut écoutée. Le 13 octobre 1307, le grand - maître, Jean de Molay, fut arrêté à Paris avec soixante chevaliers. Le secret fut si bien gardé que tous furent saisis à la même heure par toute la France.

1307-8.

Ce qu'on répandit dans le publicpour justifier cette brusque expédition est une accusation plus que suspecte de crimes affreux, à peine croyables de quelques particuliers, à plus forte raison d'un corps religieux. Deux scélérats, près de subir le dernier supplice, l'un, apostat de l'ordre des Templiers, l'autre, bourgeois de Béziers, se confessent réciproquement dans la prison, faute de confesseurs, parce qu'on les refusoit alors aux criminels condamnés à mort. Le bourgeois, dépositaire des secrets de l'apostat, déclare qu'il a de grandes révélations à faire, et demande que ce soit au roi en personne. Ils sont transportés auprès du monarque, qui les écoute. On ne sait s'ils chargèrent l'ordre de tous les crimes qui ont ensuite motive sa destruction, ou s'ils se bornèrent aux plus graves; ceux-ci étoient plus que

suffisans, s'ils étoient vrais, pour attirer sur cette société les foudres du ciel, et les châtimens de la justice humaine.

La plume se refuse au détail de ces abominations. Abjuration de la foi, orgies libertines, cérémonies infâmes accompagnées d'infanticides; enfin, toutes les superstitions insensées et dégoûtantes, les rits bizarres, les excès de la débauche la plus effrénée reprochée aux anciens hérétiques, il n'y en a aucun dont on n'ait chargé les Templiers.

13078.

1308-11.

Les Templiers étant religieux, on Condamles fit d'abord comparoître devant les nation des tribunaux ecclésiastiques. Ils furent in- Templiers. terrogés sévèrement et confrontés. Les uns avouérent ou nièrent tout, les autres ne se recrièrent que contre une partie des imputations, persistèrent dans leurs aveux ou revinrent contre. Ces derniers se plaignirent que c'étoit par la force des tourmens, et en leur promettant leur grâce, qu'on avoit tiré d'eux des confessions flétrissantes. Un concile assemblé à Paris, examina solennellement la cause des prisonniers. L'arrêt en renvoya absous plusieurs qui ne furent trouvés coupables d'aucun crime, en relâcha quelques-uns qui s'étoient avoués coupables, mais qui témoignant du repentir, ne furent grevés que d'une Tom. III.

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1308-11.

Concile de

simple pénitence; quant à ceux qui se retractèrent après avoir confessé les crimes qu'on leur imputoit, par une jurisprudence bien extraordinaire ils furent jugés relaps, et cinquante - neuf condamnés comme tels à la peine du feu, subirent leur sentence dans un champ proche de l'Abbaye de St.-Antoine, malgré les protestations qu'ils firent de leur innocence. Un autre concile de Senlis en condamna neuf à la même peine, et aucun d'eux n'avoua les crimes dont on les accusoit. Dans le même temps un concile de Salamanque les déclaroit tous innocens. Le roi d'Angleterre recevoit ceux qui se réfugioient dans ses états, et plusieurs princes d'Allemagne, contens de s'emparer de leurs biens, laissoient sauver les accusés. De sorte que cette diversité d'opinion et de conduite à leur égard, laisse encore leur innocence ou leur crime sous le sceau de l'incertitude.

Ces terribles exécutions détruisirent Vienne. les membres; mais il falloit une senAbsolution tence solennelle pour abolir l'ordre. de Boniface. On doit se rappeler que Clément V V, pressé après son élection de condamner Boniface VIII, avoit adroitement répondu que, puisque le roi avoit consenti sur cet objet de s'en rapporter à

1311-12

un concile, il en convoqueroit un où
cette cause seroit portée. Clément l'in-
diqua à Vienne, et l'ouvrit lui-même
par un discours dans lequel il exposa
les motifs et le but de l'assemblée :
savoir, la réformation des mœurs, l'ex-
tirpation de quelques hérésies du temps,
le recouvrement de la Terre - Sainte
l'extinction de l'ordre des Templiers
et le jugement à porter sur Boniface
VIII. Comme si cette affaire ne pou-
voit, sans risque, souffrir le moindre
délai, dès la première séance, sans
discussion ni examen, sans attendre le
roi qui devoit y assister, Clément dé-
cide que Benoit Cajetan a été légi-
time pasteur de l'église, qu'il est mort
catholique, que jamais il n'a été hé-
rétique, et que les preuves alléguées
contre lui
le flétrir de cette impu-
pour
tation, ne sont pas suffisantes.

1311-12.

Philippe-le-Bel ne s'attendoit pas à ce résultat précipité. Il n'arriva que pour la seconde session, accompagné des princes et seigneurs de la Cour, et eut le chagrin de voir adopter unanimement par les pères assemblés, le décret de la première; de plus, trois docteurs célébres, le premier en théologie, le second en droit canon, le troisième en droit civil, prononcèrent

131112.

'de l'ordre des

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chacun une harangue approbative de
la déclaration. Enfin parurent dans la
salle deux chevaliers Catalans armés
de toutes pièces, pour soutenir la dé-
cision par le combat. Ils défièrent, en
présence du roi et de sa cour,
qui seroient assez hardis pour l'attaquer,
et jetèrent le gand ou gage de bataille;
personne ne le releva, et ce fut une af-
faire jugée.

ceux

Abolition Celle des Templiers n'eut pas l'aTempliers, Vantage de réunir une pareille généralité de suffrages. Quand le pape proposa d'abolir un ordre composé de la principale noblesse des Etats Chrétiens, qui avoit rendu de si grands services à l'église dans les guerres saintes, beaucoup d'évêques se déclarèrent contre ce projet. Ils dirent que l'affaire n'avoit pas été assez examinée, qu'il paroissoit qu'il y avoit eu de la passion dans plusieurs juges; que les preuves tirées de confessions arrachées

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et

par la torture n'étoient pas suffisantes qu'elles étoient plus que contrebalancées par les désaveux des malheureux, prononcés dans les supplices jusqu'à la mort. Les prélats opinoient donc à reprendre l'affaire dans son principe et à l'examiner de nouveau.

Cette disposition ne plaisoit ni au

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