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Il est trop vrai : déjà cette horrible nouvelle
Consterne vos amis, et glace tout leur zèle.

Mér. Mon fils est mort !
Ism.

Ô dieux !
Eur.

D'indignes assassins
Des piéges de la mort ont semé les chemins.
Le crime est consommé.
Mér.

Quoi ! ce jour, que j'abhorre,
Ce soleil luit pour moi! Mérope vit encore !
Il n'est plus ! Quelles mains ont déchiré son flanc ?
Quel monstre a répandu les restes de mon sang ?

Eur. Hélas ! cet étranger, ce séducteur impie,
Dont vous-même admiriez la vertu poursuivie,
Pour qui tant de pitié naissait dans votre sein,
Lui que vous protégiez !
Mér.

Ce monstre est l'assa ?
Eur. Oui, madame : on en a des preuves trop certaines;
On vient de découvrir, de mettre dans les chaînes
Deux de ses compagnons, qui, cachés parmi nous,
Cherchaient encor Narbas échappé de leurs coups.
Celui qui sur Égisthe a mis ses mains hardies
A pris de votre fils les dépouilles chéries,
L'armure que Narbas emporta de ces lieux :

(on apporte cette armure dans le fond du théâtre.)
Le traitre avait jeté ces gages précieux,
Pour n'être point connu par ces marques sanglantes.
Mér. Ah! que me dites-vous ? Mes mains, ces mains

tremblantes
En armèrent Cresphonte, alors que de mes bras
Pour la première fois il courut aux combats.
Ô dépouille trop chère, en quelles mains livrée !
Quoi! ce monstre avait pris cette armure sacrée ?

Eur. Celle qu'Egisthe même apportait en ces lieux.

Mér. Et teinte de son sang on la montre à mes yeux !
Ce vieillard qu'on a vu dans le temple d’Alcide...

Eur. C'était Narbas; c'était son déplorable guide ;
Polyphonte l'avoue.
Mér.

Affreuse vérité !
Hélas ! de l'assassin le bras ensanglanté,
Pour dérober aux yeux son crime et son parjure,
Donne à mon fils sanglant les flots pour sépulture !
Je vois tout. Ô mon fils, quel horrible destin !
Eur. Voulez-vous tout savoir de ce lâche assassin ?

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SCÈNE VI. Mérope, Euryclès, Isménie, Erox, gardes de Polyphonte.

Erox. Madame, par ma voix permettez que mon maître,
Trop dédaigné de vous, trop méconnu peut-être,
Dans ces cruels moments vous offre son secours.
Il a su que d’Égisthe on a tranché les jours ;
Et cette part qu'il prend aux malheurs de la reine...

Mér. Îl y prend part, Érox, et je le crois sans peine ;
Il en jouit du moins, et les destins l'ont mis
Au trône de Cresphonte, au trône de mon fils.

Erox. Il vous offre ce trône; agréez qu'il partage
De ce fils, qui n'est plus, le sanglant héritage,
Et

que, dans vos malheurs, il mette à vos genoux
Un front que la couronne a fait digne de vous.
Mais il faut dans mes mains remettre le coupable:
Le droit de le punir est un droit respectable;
C'est le devoir des rois : le glaive de Thémis,
Çe grand soutien du trône, à lui seul est commis:

vous, comme à son peuple, il veut rendre justice.
Le sang des assassins est le vrai sacrifice
Qui doit de votre hymen ensanglanter l'autel.

Mér. Non; je veux que ma main porte le coup mortel. Si Polyphonte est roi, je veux que sa puissance Laisse à mon désespoir le soin de ma vengeance. Qu'il règne, qu'il possède et mes biens et mon rang; Tout l'honneur que je veux, c'est de venger mon sang. Ma main est à ce prix; allez, qu'il s'y prépare: Je la retirerai du sein de ce barbare, Pour la porter fumante aux autels de nos dieux.

Erox. Le roi, n'en doutez point, va remplir tous vos væux. Croyez qu'à vos regrets son cœur sera sensible.

SCÈNE VII.

Mérope, Euryclès, Isménie.
Mér. Non, ne m'en croyez point; non, cet hymen horrible,
Cet hymen que je crains, ne s'accomplira pas.
Au sein du meurtrier j'enfoncerai mon bras;
Mais ce bras à l'instant m'arrachera la vie.

Eur. Madame, au nom des dieux...
Mér.

Ils m'ont trop poursuivie. Irai-je à leurs autels, objet de leur courroux,

Quand ils m'ôtent un fils, demander un époux,
Joindre un sceptre étranger au sceptre de mes pères,
Et les flambeaux d'hymen aux flambeaux funéraires ?
Moi, vivre ! moi, lever mes regards éperdus
Vers le ciel outragé que mon fils ne voit plus !
Sous un maître odieux dévorant ma tristesse,
Attendre dans les pleurs une affreuse vieillesse !
Quand on a tout perdu, quand on n'a plus d'espoir,
La vie est un opprobre, et la mort un devoir.

ACTE TROISIÈME.

SCÈNE PREMIÈRE.

Narbas. O douleur ! ô regrets! ô vieillesse pesante ! Je n'ai pu retenir cette fougue imprudente, Cette ardeur d'un héros, ce courage emporté, S'indignant dans mes bras de son obscurité. Je l'ai perdu ! la mort me l'a ravi peut-être. De quel front aborder la mère de mon maître ? Quels maux sont en ces lieux accumulés sur moi ! Je reviens sans Égisthe ; et Polyphonte est roi ! Cet heureux artisan de fraudes et de crimes, Cet assassin farouche entouré de victimes, Qui, nous persécutant de climats en climats, Sema partout la mort, attachée à nos pas : Il règne; il affermit le trône qu'il profane; Il y jouit en paix du ciel qui le condamne! Dieux ! cachez mon retour à ses yeux pénétrants ; Dieux ! dérobez Égisthe au fer de ses tyrans : Guidez-moi vers sa mère, et qu'à ses pieds je meure. Je vois, je reconnais cette triste demeure Où le meilleur des rois a reçu le trépas, Où son fils tout sanglant fut sauvé dans mes bras. Hélas ! après quinze ans d'exil et de misère, Je viens coûter encor des larmes à sa mère. À qui me déclarer ? Je cherche dans ces lieux Quelque ami, dont la main me conduise à ses yeux ; Aucun ne se présente à ma débile vue. Je vois près d'une tombe une foule éperdue;

J'entends des cris plaintifs. Hélas ! dans ce palais
Un dieu persécuteur habite pour jamais.

SCÈNE II.
Narbas, Isménie, dans le fond du théâtre, l'on découvre

le tombeau de Cresphonte.
Ism. Quel est cet inconnu dont la yue indiscrète
Ose troubler la reine, et percer sa retraite ?
Est-ce de nos tyrans quelque ministre affreux,
Dont l’æil vient épier les pleurs des malheureux ?

Nar. Oh! qui que vous soyez, excusez mon audace:
C'est un infortuné qui demande une grâce.
Il peut servir Mérope ; il voudrait lui parler.

Ism. Ah! quel temps prenez-vous pour oser la troubler ?
Respectez la douleur d'une mère éperdue ;
Malheureux étranger, n'offensez point sa vue ;
Éloignez-vous.

Nar. Hélas ! au nom des dieux vengeurs,
Accordez cette grâce à mon âge, à mes pleurs.
Je ne suis point, madame, étranger dans Messène.
Croyez, si vous servez, si vous aimez la reine,
Que mon cœur, à son sort attaché comme vous,
De sa longue infortune a senti tous les coups.
Quelle est donc cette tombe en ces lieux élevée
Que j'ai vu de vos pleurs en ce moment lavée ?

Ism. C'est la tombe d’un roi, des dieux abandonné,
D'un héros, d'un époux, d'un père infortuné,
De Cresphonte.
Nar., (allant vers le tombeau.)

Ô mon maître ! ô cendres que j'adore !
Ism. L'épouse de Cresphonte est plus à plaindre encore.
Nar. Quels coups auraient comblé ses malheurs inouïs ?
Ism. Le coup le plus terrible; on a tué son fils.
Nar. Son fils Égisthe, ô dieux ! le malheureux Égisthe !
Ism. Nul mortel en ces lieux n'ignore un sort și triste.
Nar. Son fils ne serait plus ?
Ism.

Un barbare assassin
Aux portes de Messène a déchiré son sein.

Nar. Ô désespoir ! ô mort, que ma crainte a prédite !
Il est assassiné ? Mérope en est instruite ?
Ne me trompez-vous pas ?
Ism.

Des signes trop certains,
Ont éclairé nos yeux sur ses affreux destins;

C'est vous en dire assez; sa perte est assurée.

Nar. Quel fruit de tant de soins !
Ism.

Au désespoir livrée
Mérope va mourir; son courage est vaincu:
Pour son fils seulement Mérope avait vécu :
Des neuds qui l'arrêtaient sa vie est dégagée ;
Mais avant de mourir elle sera vengée ;
Le

sang de l'assassin par sa main doit couler;
Au tombeau de Cresphonte elle va l'immoler.
Le roi, qui l'a permis, cherche à flatter sa peine;
Un des siens en ces lieux doit aux pieds de la reine
Amener à l'instant ce lâche meurtrier,
Qu'au sang d'un fils si cher on va sacrifier.
Mérope cependant, dans sa douleur profonde,
Veut de ce lieu funeste écarter tout le monde.

Nar., (s'en allant.)
Hélas ! s'il est ainsi, pourquoi me découvrir ?
Au pied de ce tombeau je n'ai plus qu'à mourir.

SCÈNE III.

Isménie.
Ce vieillard est, sans doute, un citoyen fidèle;
Il pleure, il ne craint point de marquer un vrai zèle:
Il pleure; et tout le reste, esclave des tyrans,
Détourne loin de nous des yeux indifférents.
Quel si grand intérêt prend-il à nos alarmes ?
La tranquille pitié fait verser moins de larmes.
Il montrait pour Égisthe un cæur trop paternel !
Hélas ! courons à lui... Mais quel objet cruel !

SCÈNE IV.

Mérope, Isménie, Euryclès, Egisthe, enchaîné, gardes, sacrifi

cateurs. Mér. Qu'on amène à mes yeux cette horrible victime. Inventons des tourments qui soient égaux au crime; Ils ne pourront jamais égaler ma douleur,

Egis. On m'a vendu bien cher un instant de faveur. Secourez-moi, grands dieux, à l'innocent propices !

Eur. Avant que d'expirer, qu'il nomme ses complices.

Mér., (avançant.)
Qui: sans doute, il le faut. Monstre! qui t'a porté
À ce comble du crime, à tant de cruauté!

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