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tation en faveur du principe de la légitimité ; on aurait pu savoir aussi

que,

dans des entrevues provoquées par le duc d'Orléans et madame Adélaïde, M. de Chateaubriand adulé, caressé, s'était vu offrir à son choix ou un portefeuille ou l'ambassade de Rome, s'il consentait à ne pas compliquer les événements, déjà si graves, par les orages de sa parole, toujours puissante sur l'opinion publique.

L'illustre écrivain n'avait consenti qu'à une chose : adoucir les termes de son discours dans l'intérêt du pays lui-même, à peine remis de la terrible secousse qu'il venait de ressentir. « Messieurs, dit-il après avoir éloquemment discuté les garanties de durée, de force et de repos qu'une république ou une monarchie pouvaient offrir à la France, Charles X et son fils sont déchus ou ont abdiqué, comme il vous plaira de l'entendre ; mais le trône n'est pas vacant : après eux venait un enfant; devait-on condamner son innocence ? Quel sang crie aujourd'hui contre lui? Oseriez-vous dire que c'est celui de son père ? Cet orphelin, élevé aux écoles de la patrie dans l'amour du gouvernement constitutionnel et dans les idées de son siècle, aurait pu devenir un roi en rapport avec les besoins de l'avenir. C'est au gardien de sa tutelle que l'on aurait fait jurer la déclaration sur laquelle vous allez voter; arrivé à sa majorité, le jeune monarque aurait renouvelé le serment. Le

roi présent, le roi actuel aurait été le duc d'Orléans, régent du royaume, prince qui a vécu près du peuple, et qui sait que la monarchie ne peut être aujourd'hui qu'une monarchie de consentement et de raison. Cette combinaison naturelle m'eût semblé un grand moyen de conciliation, et aurait peut-être sauvé à la France ces agitations qui sont la conséquence des violents changements d'un État... Loin de moi surtout la pensée de jeter des semences de division dans le pays, et c'est pourquoi j'ai refusé à mon discours l'accent des passions. Si j'avais la conviction intime qu'un enfant doit être laissé dans les rangs obscurs et heureux de la vie, pour assurer le repos de trentetrois millions d'hommes, j'aurais regardé comme un crime toute parole en contradiction avec le besoin des temps : je n'ai point cette conviction. Si j'avais le droit de disposer d'une couronne, je la mettrais volontiers aux pieds de M. le duc d'Orléans. Mais je ne vois qu’un tombeau à SaintDenis, et non un trône. »

Que pouvait ce noble langage contre la force matérielle d'un fait à moitié accompli? L'illustre orateur avait dit une grande vérité tout en remplissant un grand devoir; son éloquente voix derelatif à l'exclusion des pairs créés sous Charles X « s'en rapportant sur ce point à la haute prudence du lieutenant général du Royaume. » Quatorze pairs avaient déposé des billets blancs dans l'urne de ce solennel scrutin.

sans écho. Quatre-vingt-neuf suffrages contre dix adoptèrent les dispositions de la déclaration de la Chambre des députés, sauf l'article

meura

Et deux jours après, le lundi 9 août, le duc d'Orléans se rendait de nouveau à la Chambre des députés disposée cette fois pour une séance royale. Là, entouré de ses deux fils aînés, les ducs de Chartres 1 et de Nemours 2, en présence de sa sœur madame Adélaïde, attentive et fière; de la duchesse d'Orléans 3, triste et rêveuse; des trois princesses ses filles, rayonnantes de jeunesse et de beauté, en face des grands corps de l'État, il prêtait serment à la Charte nouvelle et se voyait proclamer roi des Français ; titre fatal à ceux qui le portent, mais que Louis XVI avait illustré par son martyre. Ce serment, il l'a tenu; cette couronne, elle est tombée de son front. Est-il rien de plus cruellement illogique? Et, chose triste à constater, si le duc d'Orléans a perdu sa couronne, ce n'est pas parce qu'elle était mal acquise, mais parce que, à l'instar du roi Charles X, il n'a pas su la défendre. Il semble hélas que, pour mieux humilier notre infirme nature, la morale dispa

1. Né le 3 septembre 1810; mort le 13 juillet 1842. 2. Né le 25 octobre 1814. 3. Née le 26 avril 1782.

raisse entièrement de l'histoire, et que la dernière raison du succès soit invariablement l'habileté et la force.

Le nouveau roi, salué des noms de Louis XIX et de Philippe VII, avait l'ambition de tous les fondateurs de dynastie ; il ne voulait succéder à personne et se fit appeler Louis-Philippe ler.

LIVRE DEUXIÈME

I. Constitution d'un ministère définitif. Sa composition. Question

extérieure. Attitude du gouvernement et du peuple anglais en présence de la révolution de Juillet. Lettre de Louis-Philippe à l'empereur Nicolas. La Prusse et l'Autriche. Envoyés extraordinaires. Reconnaissance du roi Louis-Philippe. II. Hommes nouveaux. Les départements de l'intérieur et de la guerre. Le comte Molé aux affaires étrangères. M. Dupont (de l’Eure ) et la magistrature. M. Odilon Barrot, préfet de la Seine. Les sociétés secrètes. Tentatives de Mina en Espagne. - III. Arrestation de quatre des ministres de Charles X. Mort du duc de Bourbon au château de Saint-Leu. – IV. Les légitimistes, les républicains, les bonapartistes. Louis-Philippe en face des partis. Ses habitudes privées. Le duc d'Orléans. Le duc de Nemours. Nuances diverses dans le ministère.

I

Le nouveau roi était un politique trop expérimenté pour ne pas se préoccuper tout d'abord de l'effet produit par la révolution de Juillet sur les puissances étrangères, et de la reconnaissance par les rois de l'Europe de sa dynastie entachée à leurs yeux d'un vice originel. C'était, dans cet ordre d'idées, vers les deux principales cours européennes, la Grande-Bretagne et la Russie, que son attention devait immédiatement se diriger.

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