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long-tems sur la scène des sauts bizarres , des attitudes forcées , des mouvemens vagues et indéterminés ; et per-: sonne ne soupçonnait alors que l'art pût former une action intéressante, et noblement imitée par la danse. Il était décidé qu'un ballet ne serait qu'un cercle de danseurs, perpetuellement agités sans cause , et dont les pas ne signifierajent rien. On était loin d'apercevoir , même en spéculation , que la danse pouvait former une peinture mobile , gracieuse , animée; qu'elle pourrait créer des tableaux, les varier à son gré, et s'élever jusqu'à rendre les passions humaines. Elles sont néanmoins d'autant plus expressives , que leur langage est plus contraint et plus resserré. Le silence de la pantomime , loin de rien dérober à leur finesse et à leur énergie , semble y ajouter , par les gestes et les mouvemens ingénieux et prompts, qu'elle invente. Dans cette action muette, la gêne paraît stimuler l'éloquence ; chez l'homme , alors tout prend une langue énergique ; le pied parle comma l'æil ; le sentiment se peint dans les moindres nuances ; l'âme s'échappe par toute l'habitude du corps; tout est réfléchi, décisif, pittoresque ; tout saisit l'image et la caractérise ; elle n'est, ni fausse , ni équivoque; et quel plaisir de voir tel mouvement , rapide et fugitif comme l'éclair , qui rend avec netteté un sentiment délicat et fin. L'amour, la crainte , le désespoir changent de physionomies, et disent tout ce qu'ils veulent dire, sans qu'on soit trompé par' le mensonge ; il semble ne plus exister, dès que la bouche de l'homme est fermée.

Les anciens avaient porté cet art à un degré de perfecsection , qui nous est inconnu. Noverre , parmi nous, est le premier qui ait raisonné la danse. Il essuya les contradictions, que le bon sens éprouvera toujours de la part

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du préjugé. Il sut le braver , et recula les limites de son art.

avec un

BALLET DES AGES ( le ), en trois entrées prologue , par Fuzelier et Campra , 1718.

L'auteur a voulu prouver, que le génie comique n'est pas incompatible avec les beautés de l'harmonie. Le prologue représente le jardin d'Hébé, où l'on invite la jeụnesse à profiter des douceurs d'un asile si agréable. Le Tems, Vénus et Bacchus sont, avec Hébé, les interlocuteurs de ce prologue. Les trois entrées du ballet sont autant de petites comédies ; la première est la Jeunesse , ou l'Amour Ingénieux ; la seconde , l' Age Viril, ou l'Amour Coquet; la troisième, la Vieillesse, ou l'Amour Joué; la dernière scène est le Triomphe de la Folie sur tous les Ages.

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BALLET DES DINDONNEAUX.

On a donné, à l'une de nos foires, ce singulier ballet, sur lequel on a fait les vers suivans :

Un savant machiniste, 'un grand (physicien,

Opticien,

- Méchanicien,
Très-consommé dans l'art pyrique,
Fossédant à fond l'hydraulique,
Était cité, dans plus d'un entretien,

Comme l'honneur de la Gent Italique.
Rome était son pays, et son nom, Dominique.
Sa réputation ne resta pas toujours

Dans les murs romains enfermée;
La vigilante Renommée
La semna dans toutes les cours.

Toute l'Europe en fut vîte informée :
On l'admirait partout, et non pas sans raison;

Car son talent valait bien sou renom.

Mais da sort telle est l'injustice , Qu'un grand homme vit pauvre au pays des Césars. Le talent, pour y naitre, y trouve un ciel propice,

Non la fortune: en un mot des beaux arts Rome est souvent la mère, et jamais la nourrice.

On lui persuade à la fin, Qa'en France', lieu chêri des Filles de Mémoire, Il pourra recueillir ensemble, à pleines mains ,

Et les richesses et la gloire.

L'espérance d'un double prix Le détermine; il part; il arrive à Paris.

A ses frais, le grand Dominique
Dresse un, vaste théâtre, où les arts, à sa voix,

Soumettant leur pouvoir magique,
Doivent charmer tous les sens à la fois.

Sa renommée, en arrivant en France,
Avait apprivoisé le dieu de la finance.

Chez bien des gens, l'espoir flatteur
De voir merveilles sur merveilles,
Avait ouvert.,

en sa faveur,
Et les bourses et les oreilles.
11 débuta; grands applaudissemens;
Les connaisseurs prononcent la sentence;

On trouva les détails charmans;
On loua le dessin, le choix et l'ordonnance.

Essai nouveau, nouveau succès.
Mais, las! malgré le charme et la magnificence.
D'un spectacle amusant, et neuf pour

les Français On vit de jour en jour décroître l'affluence,

Si bien qu'ayant long-tems souffert
Dans la recette an vide immense ,

Il vit, coạire son espérance,
Son talent très-vanté, son théâtre ert:
Pour fruit de ce talent, que le goût idolâtre,
Le malheureux n'eut

que

de vains lauriers, Et de très-rudes créanciers, Tant, qu'il fut obligé de fermer son théâurg.

Après ce coap, Dominique, dit-on,

Tout étourdi de son naufrage,

Faillit en perdre la raison,
Mais il rappelle enfin ses sens et son courage.
De ses débris, qu'il rassembla soudain,

Il bacit , en un tour de main,
Une salle sans frais; il affiche, et s'en presse

D'annoncer des acteurs nouveaux,
Et des plaisirs d'une nouvelle espèce :
Le grand ballet des Dindonneaut.
Ce n'était pas une fausse promesse ;

Dominique a pris en deux mots,
Pour offrir au public une nouvelle danse ,

Un régiment de ces oiseaux,
Qui doivent danser en cadence.
Quoi! danser ? Danser, oui, vraiment;
Et je vais vous dire comment :
Au lieu de planches, Dominique

Avait arrangé de ses mains
Des tôles , qu'embrasaient des poêles souterrains.
Quand tout fut enflammé, sitôt que la musique

Se fit entendre, en un moment
On lâche la gent dindonnique,

Qui marche d'abord gravement;
Pais, la chaleur l'éveille, elle s'agite,

Puis d’aller, de venir plus vite; Et puis de s'élevor, et par bonds et par sants, Quand chaque patte eut senti la brûlure ,

Il fallait voir à l'aventure Trotter, courir ces pauyres dindonneaux; Chacun , vers la coulisse, allait en diligence; Mais, le fouet à la main, des maîtres de ballets

Étaient-là postés tout exprès,

Et les faisaient rentrer en danse. Oh! comme nos danseur se démenaient grain train! A peine retombés, ils s'élançaient soudain. La mesure en souffrait, s'il faut être sincère;

Mais je gage que l'Opéra

N'a jamais eu, jamais n'aura
Ballet plus chaud, ni dapse plus légère.

De ce nouveau spectacle on parut enchanté;

Et les bravos , de tout côté,
Volaient, et remplissaient la scène,
On y revint avec avidité;

Chaque jour la salle fut pleine.
Bref, Dominique , heureux, et riche immensément,

Revint au sein de sa patrie;
Et la bêtisc , ainsi , regagpa promptement

Ce qu'avait perdu le génie.

BALLET DES SENS (le), en cinq entrées, avec un prologue , par Roy, musique de Mouret , 1732.

Le sujet de la première entrée est Leucothoé, changée. par le Soleil , son amant , en l'arbre qui produit l'encens, ce qui caractérise l'Odorat; le Toucher, seconde entrée, est caractérisé par la tendresse de Léodamię, pour Protésilas , roi de Mégare, tué au siège de Troie , tendresse qui l'engage à ne point quitter sa' statue ; et à l'embrasser continuellement; ce qui toucha si fort les Dieux, que Proserpine ramena des Enfers un époux si regrette. La fable de la troisième entrée, ou de la Vue, est Iris, qui caractérise łes couleurs ; et l'Amour, qui , dépouillé de son bandeau lui donne ses premiers regards. L’Ouie est peinte par les Syrènes , qui attirent Ulysse et Orphée. La cinquième entrée, enfin, est remplie par Bacchus qui prend la formé. d'une grappe de raisin, pour posséder Erigone ; ce qui caractérise le Goût.

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BALLET DES VINGT-QUATRE HEURES (le), ambigu-comique de Le Grand, en trois actes, en proses

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