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m'adresser la réponse, je serai plus fidèle à la rendre en main propre.

Je n'ai fait que passer à Versailles, où j'ai trouvé le Roi prêt à partir pour Marly. On m'assure de tous côtés qu'il est tout-à-fait revenu pour la Trappe. Je ne manquerai pas l'occasion d'en être informé par moi-même. Il me paroît qu'il est nécessaire de redoubler les prières, à cause du mauvais état des affaires, et des autres fâcheuses conjonctures qui peuvent mettre la religion en un extrême péril, si Dieu n'y pourvoit par un coup de sa main.

On a très-bonne espérance de la conclusion des affaires de Rome. Je m'en vais dans quatre jours attendre dans mon diocèse l'effet de ces bonnes dispositions, pour en rendre grâces à Dieu. Je ne puis vous témoigner combien je ressens de joie de vous avoir vu , ni combien je suis touché de votre amitié.

A Paris, ce 29 août 1691.

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LETTRE CLXVII.

A M. NICOLE.

Il lui témoigne la joie qu'il ressent des marques de son amitié et

de son approbation; déplore les maux causés à la religion en France par les Protestans, lorsqu'elle étoit obligée de les porter dans son sein, et donne une juste idée de Richard Simon et de ses écrits.

J'ai toujours, Monsieur, beaucoup de joie, quand je reçois des marques de votre amitié et de votre approbation. L'une de ces choses me fait grand plaisir, et l'autre m’est fort utile, parce qu'elle me

fortifie, mais surtout à l'occasion du dernier ouvrage (1). J'ai été très-aise de vous voir appuyer particulièrement sur une chose que je n'ai voulu dire qu'en passant, pour les raisons que vous aurez aisément pénétrées, et que néanmoins je désirois fort qu'on remarquât. C'est, Monsieur, sur le triste état de la France, lorsqu'elle étoit obligée de nourrir et de tolérer, sous le nom de réforme, tant de Sociniens cachés, tant de gens sans religion, et qui ne songeoient, de l'aveu même d'un ministre, qu'à renverser le christianisme. Je ne veux point raisonner sur tout ce qui est passé en politique rafinée : j'adore avec vous les desseins de Dieu, qui a voulu révéler, par la dispersion de nos Protestans, ce mystère d'iniquité, et purger la France de ces monstres, Une dangereuse et libertine critique se fomentoit parmi nous : quelques auteurs catholiques s'en laissoient infecter; et celui qui veut s'imaginer qu'il est le premier critique de nos jours (2), travailloit sourdement à cet ouvrage. Il a été depuis peu repoussé comme il méritoit: mais je ne sais si on ouvrira les yeux

à ses artifices. Je sais en combien d'endroits et par quels moyens il trouve de la protection; et sans parler des autres raisons, il est vrai que bien des gens, qui ne voient pas les conséquences, avalent, sans y prendre garde, le poison qui est caché dans les principes. Pour moi, il ne m'a jamais trompé; et je n'ai jamais ouvert aucun de ses livres, où je n'aie bientôt ressenti un sourd dessein de saper

(1) Le sixième Avertissement aux Protestans, ou la Défense de l'Histoire des Variations , qui parurent cette année.

(2) Richard Simon.

les fondemens de la religion : je dis sourd, par rapport à ceux qui ne sont pas exercés en ces matières; mais néanmoins assez manifeste à ceux qui ont pris soin de les pénétrer.

Je finis en vous assurant de tout mon cour de mes très-humbles services, et en priant Dieu qu'il vous conserve pour soutenir la cause de son Eglise, dont vos ouvrages me paroissent un arsenal.

A Meaux, ce décembre 1691. .

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LETTRE CLXVIII.

AU MARÉCHAL DE BELLEFONDS.

II l'exhorte à souffrir avec une humble soumission la perte de son

fils, que Dieu lui avoit enlevé.

Je me suis tu, et je n'ai pas seulement ouvert la bouche; parce que c'est vous qui l'avez fait : c'est ce que

disoit David (1). Jésus-Christ, qui vous présente à boire son calice, vous apprend en même temps à dire : Votre volonté soit faite (2). Je n'ajoute rien à cela, Monsieur, si ce n'est que je m'en vais offrir à Dieu au saint autel vos regrets et vos soumissions, et celles de votre famille, et le prier du meilleur de mon cæur qu'il vous donne à tous les consolations que lui seul peut donner, et à l'ame que vous cherissiez sa grande miséricorde.

A Germigny, ce 10 août 1692.

(1) Ps. XXXVIII. 10. - - (3) Matl. XXVI. 42.

LETTRE CLXIX.

A M. LE CURÉ DE DOUÉ.

Si les ecclésiastiques doivent être nommés ayant les seigneurs, au

catalogue des morts.

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Il n'y a, Monsieur, aucune difficulté de nommer les ecclésiastiques avant le seigneur : c'est la coutume et la règle, quelque qualifié que soit un seigneur : et le Roi souffre bien qu'on nous nomme avant lui. Je suis à vous, Monsieur, de tout mon

caur.

A Germigny, ce 6 octobre 1692.

LETTRE CLX X.

A MADEMOISELLE DU PRÉ.

Sur la mort de M. Pelisson (1).

Je vous assure, Mademoiselle, que M. Pelisson est mort, comme il a vécu, en très-bon catholique. Loin d'avoir le moindre doute de la foi catholique, je l'ai toujours regardé, depuis le temps de sa conversion jusqu'à la fin de sa vie, comme un des meilleurs et des plus zélés défenseurs de notre religion. Il n'avoit l'esprit rempli d'autre chose ; et deux jours avant sa mort, nous parlions encore des ouvrages

(1) Cette lettre et la suivante furent imprimées dans le temps sur une feuille volante, et elles n'ont point été recueillies dans l'ancienne collection des OEuvres de Bossuet.

qu'il continuoit pour soutenir la transsubstantiation : de sorte qu'on peut dire sans hésiter qu'il est mort en travaillant ardemment et infatigablement pour l'Eglise. J'espère que ce travail ne se perdra pas, et qu'il s'en trouvera une partie considérable parmi ses papiers.

Au reste, il a voulu entendre la messe pendant tous les jours de sa maladie; et je n'ai jamais pu obtenir de lui qu'il s'en dispensât les jours de fête. Il me disoit en riant qu'il n'étoit pas naturel que ce fût moi qui l'empêchât d'entendre la messe. Il n'a jamais cru être assez malade pour s'aliter; et il s'est habillé tous les jours, jusqu'à la veille de sa mort; et il recevoit ses amis avec sa douceur et sa politesse ordinaire. Son courage lui tenoit lieu de forces; et jusqu'au dernier soupir, il vouloit se persuader que son mal n'avoit rien de dangereux. A la fin, étant averti par ses amis que ce mal pouvoit le tromper, il différa sa confession au lendemain pour s'y préparer davantage : et si la mort l'a surpris, il n'y a eu rien en cela de fort extraordinaire. C'étoit un vrai chrétien, qui fréquentoit lēs sacremens. Il les avoit reçus à Noël, et, à ce qu'on dit, encore depuis avec édification. Bien éloigné du sentiment de ceux qui croient avoir satisfait à tous leurs devoirs, pourvu qu'ils se confessent en mourant, sans rien mettre de chrétien dans tout le reste de leur vie, il pratiquoit solidement la piété; et la surprise qui lui est arrivée ne m'empêche pas d'espérer de le trouver dans la compagnie des justes. C'est, Mademoiselle, ce que j'avois dessein d'écrire à mademoiselle de Scudery, avant même de recevoir votre lettre : et

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