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Qu'il est hideux ! que fa rencontre

Me cause d'horreur & d'effroi !
N'approche pas, ô Mort! ô Mort , retire-toi !

Mécenas * fut un galanc homme :
Il a dit quelque part : Qu'on me rende iinpotenc,
Cul.de-jatre , goutteux, manchot, pourvû qu'en comme
Je vive , c'est assez ; je suis plus que content.
Ne viens jamais, ô Mort, on s'en die tout autant.

La Fontaine , Fable de la mort du malheureux.

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UN pauvre Bucheron tout couvert de ramée ;
Sous le faix du fagot aussi-bien que des ans.
Gémissant & courbé marchoic à pas péfans.
Et tâchoit de gagner fa chaumiére enfumée.
Enfin , n'en pouvant plus d'effort & de douleur,
Il mec bas con fagot ; il fonge à son malheur.
Quel plaisir a-t-il eu depuis qu'il est au monde ?
En est-il un plus pauvre en la machine ronde ?
Point de pain quelquefois & jamais de repos.
Sa femme, ses enfans , les foldacs , les impôts .

Le créancier & la corvée ,
Lui font d'un malheureux la peinture achevée.
Il appelle la Mort elle vient sans tarder :

Lui demande ce qu'il faut faire.

C'est , dit-il, afin de m'aider
A recharger ce bois , tu ne tarderas guére.

Le trépas vient tout guérir ,
Mais ne bougeons d'où nous sommes ;
Plucóc fouffrir que de mourir,

C'est la devise des hommes.
La Fontaine , Fable de la Mort Bon du Bucheron.

* Favori de l'Empereur Anguste.

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PLIST HEN E.

QU'Al-je fait, malheureux ! quelle imprudence extrême!
Je ne sais quel effroi s'empare de mon ceur :
Mais tout mon fang se glace & je frémis d'horreur.
Dieux ! que dans mes fermens, malgré moi , j'intéresle,
Perdez le souvenir d'une indignc * promeffe;
Ou recevez ici le ferment que je fais ,
En duflé-je périr de n'obéir jamais.
Mais pourquoi m'allarmer d'an ferment fi funeste ?
Que peut craindre un grand ceur quand fa vertu lui

reste?
Athenes me répond d'un trépas glorieux ; *
Et j'y cours m'affranchir d'un ferment odieux.
Survivre aux maux cruels dont le destin m'accable,
Ce feroit plus que lui 'en rendre un jour coupable:
Haï, persécuté , chargé d'un crime affreux,
Dévoré sans espoir d'un amour malheureux,
Malgré tant de mépris que je chéris encore,
La Mort est désormais le seul Dieu que j'implore.

Crébillon , Atrée , act. I. fc. iv.

La Mort ne surprend point le sage;
Il est toujours prêt à partir ,

s'étant sû lui même avercir
Du tems où l'on se doit résoudre à ce passage.

Ce cems , hélas ! embralle tous les tems:
Qu'on le partage en jours, en heures , en momens ,

Il n'en est point qu'il ne comprenne
Dans le fatal cribut : tous font de son domaine :
Et le premier instant où les enfans des Rois.

Ouvrent les yeux à la lumiére,
Eft celui qui vient quelquefois

Fermer pour toujours leur paupiére.
* Atrée l'avoit engagé par ferment à tuet Tbxefie.

Défendez-vous par la grandeur ,
Alléguez la beauté, la vertu , la jeunesse ,

La Mort ravit tout sans pudeur.
Un jour le monde entier accroîtra fa richesse.

Il n'est rien de moins ignoré;
Et puisqu'il faut que je le die ,

Rien où l'on soit moins préparé.
Un mourant , qui comptoit plus de cent ans de vie
Se plaignoit à la Mort , que précipitamment
Elle le contraignoit de partir tout-à-l'heure ,

Sans qu'il eût fait son testament,
Sans l'avertir au moins. Eft-il juste qu'on meure
Au pied levé ? dit-il : Attendez quelque peu.
Ma femme ne veut pas que je parte sans elle :
Il me reste à pourvoir un arriére neveu :
Souffrez qu'à inon logis j'ajoute encore une aile ;
Que vous êtes preflante , ô Déesle cruelle !
Vieillard , lui dit la Mort , je ne t'ai point surpris ;
Tu te plains sans raison de mon impacience.
Eh ! n'as-tu pas cent ans ? Trouve moi dans Paris
Deux mortels aussi vieux ? Trouve-m'en dix en France ?
Je devois , ce dis-tu , ce donner quelque avis ,

. Qui te disposât à la chose :

J'aurois trouvé con testament tout fait, Ton petit-fils pourvû , ton bâtiment parfait. Ne te donna-t-on pas des avis quand la cause

Du marcher & du mouvement ,

Quand les esprits, le sentiment , Quand tout faillie en toiplus de goût, plus d'ouie Toute chose pour toi semble être évanouie : Pour toi l'astre du jour prend des soins superflus : Tu regrettes des biens qui ne te couchent plus.

Je t'ai fait voir tes camarades ,

Ou morts , ou mourans , ou malades,
Qu'est-ce que tout cela , qu’un avertissement ?

Allons , vieillard, & sans replique ;
Il n'importe à la République ;
Que tu falles top testament,

La Mort avoit raison : je voudrois qu'à cet âge
On sortit de la vie ainsi que d'un banquet,
Remerciant son hôte; & qu'on fît son paquet :
Car de combien peut-on retarder le voyage ?
Tu murmures , vieillard : vois ces jeunes mourir ;

Vois les marcher , vois les courir
A des morts, il est vrai, glorieuses & belles,
Mais sûres cependant, & quelquefois cruelles.
J'ai beau te le crier , mon zélé est indiscret :
Le plus semblable aux morts, meurt le plus à regreti

La Fontaine , Fable de la Mort du mouranta

L'HOMME en sa propre force a mis sa confianced
Ivre de ses grandeurs & de son opulence,
L'éclat de la fortune enfle sa vanité.
Mais, ô moment terrible ! Ô jour épouvantable,
Où la Mort saisira ce fortuné coupable ,
Tout chargé des liens de son iniquite !

Que deviendront alors, répondez gens du monde a
Que deviendront ces biens où votre espoir se fonde
Et dont vous étalez l'orgueilleuse moisson?
Sujets, amis, parens , tout deviendra stérile ;
Et dans ce jour fatal l'homme à l'homme inutile :
Ne paira point à Dieu le prix de sa rançon.

Vous avez vû tomber les plus illustres têtes,
Et vous pourriez encore , insensés que vous êtes ;
Ignorer le tribut que l'on doit à la mort ?
Non, non , tout doit franchir ce terrible passager
Le riche & l'indigent, l'imprudent & le sage , .
Sujets à même loi subiffent mêmę fort,

D'avides étrangers transportés d'ailégresse ,
Engloutissent déja toute cette richeffe ,
Ces terres , ce palais de vos noms ennoblis.
Et que vous reste-t-il en ces momens suprêmes ?
Un sépulchre funébre, où vos noms , où vous-mêmes ;
Dans l'éternelle nuit serez ensevelis.

Les hommes éblouis de leurs honneurs frivoles,
Et de leurs vains flatteurs écoutant les paroles ;
Ont de ces vérités perdu le souvenir.
Pareils aux animaux farouches & stupides ,
Les loix de leur instinê sont leurs uniques guides ;
Et pour eux le présent paroît sans avenir.

Un précipice affreux devant eux se présente ,
Mais toujours leur raifon soumise & complaisante,
Au devant de leurs yeux met un voile imposteur,
Sous leurs pas cependant s'ouvrent les noirs abîmes,
Où la cruclle More les prenant pour vi&times ,
Frappe ces vils Troupeaux donc elle est le Pasteur,

Là s'anéantiront ces titres magnifiques,
Ce pouvoir usurpé , ces reffores politiques ,
Dont le juste autrefois sentit le poids fatal.
Ce qui fic leur bonheur deviendra leur torture ,
Ec Dieu de la justice appaisant le murmure,
Livrera ces méchans au pouvoir infernal.

Justes , ne craignez point le vain pouvoir des hommes, Quelque élevés qu'ils soient ils font ce que nous P

fommes, Si vous êtes morrels ils le font comme vous. Nous avons beau vanter nos grandeurs passagéres , Il fauc mêler fa cendre aux cendres de les peres , Et c'est le même Dieu qui nous jugera tous.

Rousseau , Odes sacr.

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