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de foi, et en particulier sur la foi de la Trinité, on n'avance rien par l'Ecriture; et c'est pourquoi l'auteur ajoute (1): Mais après tout, bien que la plupart des raisons d'Athanase prises de l'Ecriture fussent pressantes , Arius n'en demeure point convaincu : ce qui n'a d'autre but que de faire voir, que l'effet des preuves de l'Ecriture est après tout , de laisser chacun dans son opinion , sans qu'il y ait dans ces preuves de quoi convaincre un arien.

CHAPITRE II.

Qu'en affoiblissant les preuves de l'Ecriture sur la Tri

nité, M. Simon affoiblit également celles de la tradition.

Que M. Simon ne dise pas, qu'en ôtant aux catholiques les preuves de l'Ecriture, il leur laisse celles de la tradition; car s'il les vouloit conserver, il faudroit rendre raison pourquoi l'orthodoxe ne les emploie pas. Pourquoi s'arrête-t-il à l'Ecriture, et en fait-il dépendre absolument, aussi bien

que l'arien, la décision de la cause, puisqu'il succombe manifestement de ce côté-là ? Que ne se sert-il de ses véritables armes, c'est-à-dire, de la tradition, qui l'auroient rendu invincible ? C'est faire

que

le catholique ne connoisse pas l'avantage de sa cause; et tout cela pour conclure que si l'on néglige la tradition de part et d'autre, et que d'ailleurs on n'avance rien par l'Ecriture, à qui seule on s'en rapporte, il n'y a ni Ecriture ni tradition qui puisse

(1) P. 98.

BOSSUET. V.

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fournir de bons argumens à la doctrine de l'Eglise. Voilà donc le résultat de cette dispute, à laquelle M. Simon nous renvoie (1), pour connoître la thode des catholiques et des anciens ariens, dans l'interprétation qu'ils ont donnée aux endroits du nouveau Testament qui regardent leur doctrine. Sa çritique tend visiblement à rendre les ariens invinçibles. C'est pourquoi il conclut (2), que comme Arius est persuadé que sa oroyance est fondée sur I Ecriture (à laquelle les deux partis se rapportoient), il prétend n'être point dans l'erreur; et M. Simon appuie sa pensée, puisque les deux partis étant convenus de décider la question par les preuves de l'Ecriture, dès qu'on avoueroit avec lui qu'elles ne sont pas concluantes, on obligeroit le catholique à quitter la partie, et à laisser son adversaire dans une juste possession de sa croyance.

CHAPITRE III.

Şoin extreme de l'auteur, pour montrer que les catholiques

ne peuvent convaincre les ariens par l'Ecriture. .

Et afin qu'on ne doute pas que la chose ne soit ainsi, M. Simon affecte de louer beaucoup celui qui défend l'Eglise, à qui il donne ces trois éloges (3) : l'un qu'il n'a point le défaut de la plupart des Pères grecs, qui sont ordinairement féconds en paroles et en digressions. C'étoit donc déjà un homme excellent, qui n'avoit point les défauts communs de sa

(1) P.92.) P.99.-3) Ibid.

nation. Le second éloge de ce défenseur de l'Eglise, c'est qu'il va presque toujours à son but, sans prendre aucun détour; de sorte que s'il ne prouve rien, ce sera visiblement la faute, non point de l'homme, mais de la cause. C'est pourquoi M. Simon ajoute encore (1), que comme les ariens , outre leur application à l'étude de l'Ecriture, étoient fort exercés dans l'art de la dialectique , celui-ci ne leur cède en rien dans l'art de raisonner. Il resteroit encore à soupçonner que cet homme qui ne conclut rien, étant d'ailleurs si habile dans l'art du raisonnement, seroit peut-être demeuré court, pour ne pas assez savoir le fond des choses; mais M. Simon le met à couvert de ce reproche, en disant à son occasion, et pour achever son éloge (2): Il faut avouer qu'il y avoit alors de grands hommes dans l'Eglise orientale , qui lisoient avec beaucoup de soin les livres sacrés pour y apprendre la religion. Qu'y a-t-il donc à répliquer ? Rien ne manquoit à cet homme pour pousser à bout un arien : il étoit très-bien instruit de la matière ; il ne cédoit rien à son adversaire dans l'art de la dispute, et aucun des Grecs n'alloit plus directement au but. Si donc il n'avance rien, c'est le défaut de la cause : c'est que l'arien est invincible, et c'est ainsi que M. Simon nous le représente.

Il adjuge encore la victoire aux ennemis de la Trinité par une autre voie , lorsqu'après avoir rapporté les preuves du faux Athanase pour la divinité du Saint-Esprit, il donne ce qui suit pour toute preuve que cette dispute n'est point du vrai Athanase (3). Il paroit par ce qu'on vient de rapporter de

(1) P. 99. — (2) Ibid. (3) Ibid.

la divinité du Saint-Esprit, que l'auteur qui parle dans cette dispute n'est point véritablement Athanase : ce qui laisse à croire au lecteur que saint Athanase n'admettoit pas la divinité du Saint-Es-. prit, ou du moins qu'il n'en parloit pas fort clairement, puisqu'on prouve qu'il n'est pas l'auteur d'un discours, à cause qu'elle y est soutenue.

CHAPITRE IV.

Que les moyens de M. Simon contre l'Ecriture portent

également contre la tradition, et qu'il détruit l'autorité des Pères par les contradictions qu'il leur attribue. Passage de saint Athanase.

C'est encore dans le même endroit une autre remarque fort essentielle à notre sujet, que par

le même moyen par lequel l'auteur affoiblit les preuves de l'Ecriture, il détruit également celles qu'on tire de la tradition. Voici ce qu'il dit sur l'Ecriture (1). Cela ( la dispute qu'on vient de voir sous le nom de saint Athanase et d'Arius ) nous apprend qu'il ne faut pas toujours réfuter les novateurs par l'Ecriture ; autrement il n'y auroit jamais de fin aux disputes, chacun prenant la liberté d'y trouver de nouveaux sens. Mais il sait qu'il en est de même des Pères , et que chacun prend la liberté de leur donner de nouveaux sens , à l'Ecriture. Il choisit donc un moyen contre les preuves de l'Ecriture , par lequel, en sa conscience, il sait bien que la tradition tombe en même temps, et il n'y a qu'à suivre cet aveugle pour tomber inévitablement avec lui dans le précipice.

commc

(1) P. 100.

Il ne faut pas dissimuler qu'il remarque dans ce même lieu (1), qu'encore que saint. Athanase n'oppose presque aux ariens que l'Ecriture sainte, il n'a pas négligé les preuves qu’on tire de la tradition, et même que finalement il nous renvoie à l'Eglise et au concile de Nicée. Mais pour ce qui est de l'Eglise et de ce concile, l'auteur ne tardera pas à nous ôter ce refuge, qu'il semble nous donner icí; et pour la tradition, on peut voir d'abord avec quelle froideur il en parle, puisqu'il se contente de dire que saint Athanase ne la néglige pas. Il nous prépare par ce petit mot à ce qu'il en dira ailleurs plus ouvertement, et par avance nous venons de voir le principe qu'il a posé pour la renverser.

J'observe enfin, dans le même lieu, ce qu'il dit de saint Athanase (2) : Qu'il nous découvre lui-même à la fin de son Traité de l'incarnation du Verbe, d'où il tiroit les principes de la théologie. Car, parlant en ce lieu à celui à qui il adresse son ouvrage, il lui dit: Si après avoir lu ce que je viens de vous écrire , vous vous appliquez sérieusement à la lecture des livres sacrés, vous y apprendrez bien mieux et bien plus clairement la vérité de tout ce que j'ai avancé. Un moment auparavant, il ne travailloit qu'à nous faire sentir qu'il n'y avoit rien de convaincant dans les preuves de l'Ecriture : il fait dire ici à saint Athanase, qu'il n'y a rien de plus clair : à quoi aboutit cet embarras,

(1) P. 99. — (2) Ibid.

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