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avez fait. Croyez-moi, celui-ci sera de même, et vous le jouerez mieux que vous ne pensez.

MADEMOISELLE DU PARC. Comment cela se pourroit-il faire? car il n'y a point de personne au monde qui soit moins faconniere que moi.

MOLIERE.

Cela est vrai; et c'est en quoi vous faites mieux. voir que vous êtes une excellente comédienne, de bien représenter un personnage qui est si contraire à votre humeur. Tâchez donc de bien prendre tous le caractere de vos rôles, et de vous figurer que vous êtes ce que vous représentez.

(à du Croisy:) Vous faites le poëte , vous ; et vous devez vous remplir de ce personnage, marquer cet air pédant qui se conserve parmi le commerce du beau monde, ce ton de voix sentencieux, et cette exactitude de prononciation qui appuie sur toutes les syllabes et ne laisse échapper aucune lettre de la plus sévere orthographe.

(à Brécourt.) Pour vons, vous faites un honnête homme de cour, comme vous avez déja fait dans la Critique de l'Ecole des Femmes ; c'est-à-dire que vous devez prendre un air posé, un ton de voix naturel, et gesticuler le moins qu'il vous sera possible.

(à la Grange.) Pour vous, je n'ai rien à vous dire.

(à mademoiselle Béjart.) Vous, vous représentez une de ces femmes qui, pourvu qu'elles ne fassent point l'amour, croient que tout le reste leur est permis ; de ces femmes qui se retranchent toujours fièrement sur leur pruderie, regardent un chacun de haut en bas, et veulent que toutes les plus belles qualités quc posscdent les autres

ne soient rien en comparaison d'un miserable honneur dont personne ne se soucie. Ayez toujours ce caractere devant les yeux pour en bien faire les gri

maces.

(à mademoiselle de Brie.) Pour vous, vous faites une de ces femmes qui pensent être les plus vertueuses personnes du monde, pourvu qu'elles sauvent les apparences ; de ces femmes qui croient que le péché n'est que dans le scandale, qui veulent conduire doucement les affaires qu'elles ont sur le pied d'attachement honnête, et appellent amis ce que les autres nomment galants. Entrez bien dans ce caractere.

(à mademoiselle Moliere.) Vous, vous faites le même personnage que dans la Critique, et je n'ai rien à vous dire, non plus qu'à mademoiselle du Parc.

(à'mademoiselle du Croisy.) Pour vous, vous représentez une de ces personnes qui prêtent doucement des charités à tout le monde, de ces femmes qui donnent toujours le petit coup de langue en passant, et seroient bien fâchées d'avoir souffert qu'on eût dit du bien du prochain. Je crois que vous ne vous acquitterez pas mal de ce rôle.

(à mademoiselle Hervé.) Et pour vous, vous êtes la soubrette de la précieuse, qui se mêle de temps en temps dans la conversation, et attrape, comme elle peut, tous les termes de sa maitresse. Je vous dis tous vos caracteres , afin que vous vous les imprimiez fortement dans l'esprit. Com-mençons maintenant à répéter, et voyons comme cela ira. Ah! voici jusiement un fâcheux ! Il ne nous salloit plus que cela.

L'IN-PROMPTU DE VERSAILLES.

69

LA THORILLIERE, MOLIERE, BRÉCOURT, LA GRANGF, DU CROISY; MESDEMOISELLES DU PARC, BÉJART, DE BRIE, MOLIERE, DU CROISY,

HERVÉ.

LA THORILLIERE.

Bonjour, monsieur Moliere.

MOLIERE.

Monsieur, votre serviteur. (à part.) La peste soit de l'homme!

LA THORILLIERE. Comment vous en va ?

MOLIERE. Fort bien pour vous servir. (aux actrices.) Mes demoiselles , ne...

LA THORILLIERE.

Je viens d'un lieu où j'ai bien dit du bien de

vous...

MOLIERE.

Je vous suis obligé. ( à part.) Que le diable t'emporte! (aux acteurs.) Ayez un peu soin...

LA THORILLIERE.
Vous jouez une piece nouvelle aujourd'hui?

MOLIERE..
Oui, monsieur. ( aux actrices.) N'oubliez pas...

LA THORILLIERE. C'est le roi qui vous l'a fait faire ?

MOLIERE. Oui, monsieur. (aux acteurs.) De grace, songez...

LA THORILLIERE. Comment l'appelez-vous ?

MOLIERE. Oui, monsieur.

F

LA THORILLIERE.
Je vous demande comment vous la nommez.-

MOLIERE.
Ah! ma foi, je ne sais. ( aux actrices.) Il faut,
s'il vous plaît, que vous...

LA THORILLIERE. Comment serez-vous habillés ?

MOLIERE. Comme vous voyez. ( aux acteurs.) Je vous prie...

LA THORILLIL RE. Quand commencerez-vous ?

MOLIERE. Quand le roi sera venu. (à part.) Au diantre le questionneur!

LA THORILLIERE.
Quand croyez-vous qu'il vienne ?

MOLIERE.
La peste m'étouffe, monsieur, si je le sais !

VATHORILLIERE,
Savez-vous point...?

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MOLIERE.

Tenez, monsieur, je suis le plus ignorant homme du monde. Je ne sais rien de tout ce que vous pourrez me demander, je vous jure. (à part.) J'enrage! Ce bourreau vient avec un air tranquille vous faire des questions, et ne se söùcie pas qu'on ait en tête d'autres affaires.

LA THORILLIERE.
Mesdemoiselles, votre serviteur.

MOLIERE.
Ah! bon ! le voilà d'un autre côté.
LA THORILIIERE, à mademoiselle du Croisy.

Vous voilà belle comme un petit ange. Jouez-vous toutes deux aujourd'hui ? (en regardant made. moiselle Hervé.)

MADEMOISELLE DU CROISY. Oui, monsieur.

LA THORILLIER E. Sans vous la comédie ne vaudroit pas grand'chose.

MOLIER E, bas, aux actrices. Vous ne voulez pas faire en aller cet homme-là ? MADEMOISELLE DE BRIE, à la Thorilliere.

Monsieur, nous avons ici quelque chose à répéter ensemble.

LA THORILLIERF. Ah! parblen ! je ne veux pas vous empêcker; votis n'avez qu'à poursuivre.

MADEMOISELLE TE BRIE. Mais...

LA THORILLIERE. Non, non; je serois fâché d'incommoder personne. Faites librement ce que vous avez à faire.

MADEMOISELLE DE BRIE. Oui ; mais...

LA THORILLIERE. Je suis homme sans cérémonie , vous dis-je ; et vous pouvez répéter ce qu'il vons plaira.

MOLIERE. Monsieur, ces demoiselles ont peine à vous dire qu'elles souhaiteroient fort que personne ne fût ici pendant cette répétition.

LA THORILLIERE.
Pourquoi ? il n'y a point de danger pour moi.

MOLIERE. Monsieur, c'est une coutune qu'elles observent, et vous aurez plus de plaisir quand les choses vous surprendront.

LA THORILLIERE.
Je m'en vais donc dire que vous êtes prêts.

MOLIERE.
Point du tout, monsieur; ne vous lzâ tez pas, de grace.

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