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LIVRES NOUVEAUX.

FRANCE.

Cahiers de remarques sur l'orthographe française pour être examinez par chacun de Messieurs de l'Académie, avec des observations de Bossuet, Pellisson, etc. publiées avec une introduction, des notes et une table alphabétique, par Ch. Marty-Laveaux. Paris, imprimerie de Jouaust et fils, librairie de J. Gay, i863, i vol. in-3a de i62 pages. — Ces cahiers, rédigés, vers i673, par Mézeray, secrétaire perpétuel de l'Académie française, ont été, à plusieurs reprises, examinés et annotés par ses confrères; et c'est d'après le manuscrit original et les deux éditions qui ont servi à ce travail commun de la compagnie, qu'a été faite la réimpression. Le document est curieux et instructif; il fait connaître dans quel état de désordre les premiers rédacteurs du dictionnaire de l'Académie ont trouvé notre orthographe; avec quel esprit de sagesse ils ont procédé à son établissement, se gardant des systèmes absolus, tenant compte, dans une certaine mesure, de l'origine des mots, des exigences de la logique, des réclamations de l'habitude; ils témoignent aussi du zèle avec lequel les membres de l'Académie se sont acquittés d'une tâche qui peut sembler assez triste. Ce n'est pas sans un sentiment de respect que parmi les plus diligents on rencontre le grand Bossuet, portant dans ces menues questions d orthographe, qu'il ne dédaigne point, ce bon sens supérieur, un des éléments de son génie. On doit savoir gré à M. Marty-Laveaux de cette intéressante publication; par l'introduction, les notes, la table qui l'accompagnent, elle s'ajoute honorablement aux travaux déjà nombreux de l'auteur sur l'histoire de notre littérature et de notre langue; travaux en tête desquels on doit placer son lexique de la langue de Corneille, couronné par l'Académie française, son édition de Corneille, dans la collection des classiques français de M. Hachette, son édition de La Fontaine dans la bibliothèque elzévirienne.

Études littéraires et morales sur Homère, par Auguste Widal, professeur de littérature ancienne de la faculté de Douai, iTM partie, l'Iliade, deuxième édition, corrigée et augmentée. Paris, imprimerie de Ch. Lahure, librairie de L. Hachette, i863, i vol. in-i8 de 373 pages. — Le livre de M. Widal, dont cette seconde édition, qui n'est pas une simple réimpression, atteste et assure le succès, contient, avec une analyse continue de l'Iliade, de judicieuses observations sur ses beautés littéraires et morales; il se distingue surtout par l'abondance et l'intérêt des rapprochements. M. Widal avait déjà donné la mesure de son savoir et de son goût dans un ouvrage du même genre, ses Etudes sur trois tragédies de Sénèque, imitées d'Euripide (Paris, librairie de Durand, i854)-L'un et l'autre honorent l'enseignement de l'auteur, qui en a été la préparation.

Collection des inventaires sommaires des archives départementales antérieures à 1190, publiée par ordre de S. Exe. M. le comte de Persigny, ministre de l'intérieur. Première partie : Archives civiles. Paris, imprimerie de Paul Dupont, i863. Huit vol. in-4°, à deux colonnes, de chacun 60 feuilles.

Lorsque nous annoncions, l'année dernière (septembre i862, p. 58i), les premières livraisons de ce recueil si important pour les études historiques, cinquantequatre départements avaient commencé l'impression de leurs archives antérieures à i790. Aujourd'hui l'ensemble deces publications comprend quatre-vingt-quatre départements, dont plusieurs ont déjà fait paraître un volume complet, avec titre, notice et table, de telle sorte qu'on peut, dès à présent, apprécier l'activité avec laquelle se poursuit ce grand ouvrage, et les ressources qu'il offrira aux érudits. Parmi les volumes terminés, nous citerons les suivants:

Département de la Côte-d'Or. Tome I". Chambre des comptes des duct de Bourgogne (série B, n" i à 3g3a). —Ce volume est précédé d'une notice de M. Rossignol, ancien archiviste, sur la chambre des comptes de Bourgogne et sur les documents qui en proviennent. Les registres et pièces analysés se rapportent à l'institution de cette cour souveraine, aux provisions d'offices, débats intérieurs, gages des officiers, conflits de juridiction, instructions pour la garde des chartes. Les affaires soumises à cette cour concernaient : les priviléges de la Bourgogne, les traités conclus par ses ducs avec les divers États de l'Europe, les contestations relatives aux limites territoriales, les attributions du clergé. La chambre des comptes réglait et vérifiait les dépenses de la sainte-chapelle ducale, des travaux exécutés à Dijon et dans toute l'étendue de la province, les dépenses relatives aux ponts et chaussées et à la navigation des rivières. Une série importante de registres renferme tous les arrêts de cette chambre, qui enregistrait les testaments des princes et des grands dignitaires, les lettres de légitimation, de naturalité, d'anoblissement, les décisions contre les usurpateurs de noblesse. Les documents relatifs aux dons et traitements sont curieux; on y remarquera ceux qui concernent les peintres, graveurs et architectes des ducs, les verriers, etc. A côté des chanceliers, chambellans, chevaliers, argentiers, orfèvres, figurent les marchands, les barbiers et étuvistes, les armuriers, les vignerons chargés du soin des grands crus, les physiciens, les astrologues: chaque dépense est indiquée avec détail et précision. Le prix des journées de travail y est aussi relaté. Une série de comptes de dépense par ville et bourg mérite une attention spéciale. C'est la statistique la plus vraie qu'on puisse trouver sur le moyen âge.

Département de Seine-et-Marne. Tome I", par M. Lemaire, archiviste. — Le volume s'ouvre par une notice de M. Lemaire sur les archives civiles de ce département, séries A à E, leur origine, leur classement et leur état actuel. L'inventaire de la série A ( actes du pouvoir souverain et domaine royal) comprend les terriers et toutes les transactions qui concernent les domaines de Crécy, de Melun, de Moret, de Provins, le duché de Nemours et les fiefs relevant de ces seigneuries. La série B (cours et juridictions) contient l'analyse des papiers des justices seigneuriales, des bailliages, prévôtés, chàtellenies et grueries. Mais les documents les plus intéressants sont certainement ceux qui se rapportent aux états généraux de i6i4 et de i789; assemblées préparatoires, instructions royales, assignations données aux nobles possédant fiefs, délibérations et déclarations des trois ordres locaux réunis, question du serment, réclamations adressées au roi et, pour les états de i789, au minisire Necker. Les réunions préparatoires de cette dernière époque sont présidées et les délibérations signées par les Crillon, les Montmorency - Luxembourg, les d'Haussonville, etc. Les cahiers des doléances sont des plus curieux à étudier. La série C (administration provinciale) contient les papiers des intendants et ceux du cadastre. Dans les documents relatifs à l'impôt et à sa répartition, on retrouve les noms des privilégiés et de ceux qui obtenaient des remises d'impôt, soit parce qu'ils étaient pères de douze enfants vivants, soit parce qu'ils avaient été frappés par quelque désastre, comme grêle, incendie, inondation, etc. Pour chaque terre, on désigne la nature des cultures, le nombre d'hommes et de femmes attachés à l'exploitalion et dépendant du chef de famille. La série D (instruction publique) renferme des documents sur les colléges du cardinal Lemoine, deBeauvais, de Louisle-Grand, de Montaigu, de Navarre, de Juilly et des Oratoriens de Provins, de Clermont et de Corbeil. Dans la série E, indépendamment des titres féodaux concernant les terres seigneuriales de la contrée, on trouve une suite de dossiers de familles parmi lesquelles nous signalons celles de Béthizy, Beuvron, BourbonPenthièvre, Luynes, Allonville, Samuel Bernard, La Châtre, Chavigny, Choiseul, Clermont, Clairon d'Haussonville, d'Uzès, de la Ferronnays, Fréteau de Pény, Maupeou. Ces deux sections sont suivies d'une collection de minutes de notaires remontant au xv* siècle. Le volume a été complété par l'inventaire des documents antérieurs à i790 conservés dans toutes les petites communes rurales, inventaires qui ne pouvaient pas faire l'objet d'une publication spéciale, à cause de leur peu d'étendue. Les anciens registres de l'état civil y ont été l'objet d'un examen attentif et d'extraits nombreux en ce qui concerne les artistes et les hommes célèbres du département de Seine-et-Marne.

Département du Nord, tome l", par M. Leglay, archiviste. — Les archives du Nord offrent le complément des documents provenant des ducs de Bourgogne en ce qui concerne la Flandre, le Brabant et les autres provinces des anciens Pays-Bas. La chambre des comptes de Litle recevait plus spécialement les documents diplomatiques, les traités de paix, les priviléges des communes. L'acte le plus ancien de ces archives remonte à l'année 706. Les fondations religieuses y sont en grand nombre. Le xiu' siècle surtout abonde en documents intéressants : testaments, donations, bulles des papes, contrats de mariage, hommages, reconnaissances de fiefs. On sait que les ducs de Bourgogne traitaient avec les rois de France et les principales puissances de l'Europe , et qu'ils avaient leurs ambassadeurs dans toutes les capitales. Les secrets de leur politique sont en grande partie dévoilés par les documents conservés à Lille et à Dijon. L'inventaire des archives du Nord, commencé parle savant M. Leglay, de regrettable mémoire, s'arrête, dans ce tomel", n l'année i3g4. La suite de l'ouvrage formera, pour ce seul département, un grand nombre de volumes.

Les autres départements qui ont aussi publié le tome I" de l'inventaire de leurs archives sont ceux d'Eure-et-Loir, des Basses-Pyrénées, du Haut-Rhin et du BasRhin. Ces inventaires n'ont pas moins d'intérêt que les précédents, et nous regrettons que le défaut d'espace ne nous permette pas d'en parler aujourd'hui avec quelque détail. Pour le département de Seine-et-Oise, une première partie (série A, actes du pouvoir souverain et domaine royal) a seule paru jusqu'ici. Elle est d'une importance particulière, parce qu'elle renferme l'analyse des documents provenant de la maison du roi et de celle des princes. Nous avons remarqué le soin apporté à ce travail par M. Mévil, archiviste.

Les archives communales ont aussi leur part dans l'immense publication entreprise par le ministère de l'intérieur. Tandis que de grandes villes comme Lyon , Avignon, Boulogne-sur-Mer, Cambrai, impriment leur inventaire, une petite ville, Sainl-Maixent, et une simple commune, Ouveilhan (Aude), ont terminé le leur, formant chacun un cahier in-.V,

Goethe, ses mémoires et sa vie, par flenri Richelot, quatre forts volumes in-8°. Paris, Hetzel, i863. — M. Henri Richelot rient de terminer son ouvrage sur la vie de Goethe. C'est à la fois une traduction et une biographie. Goethe avait beaucoup
écrit sur lui-même, et il tenait trop à la gloire pour négliger ce soin prudent. M. H.
Richeiot a reproduit ces matériaux précieux, et il y a joint tous les documents que
l'Allemagne n'a cessé de publier sur un des personnages littéraires qui lui font le
plus d'honneur. Déjà, en i844, l'auteur avait donné un premier travail sur le même
sujet; mais celui-ci est beaucoup plus complet, et il sera désormais indispensable à
tous ceux qui voudront connaître Goethe dans sa vie la plus intime, et dans toute
sa vérité. M. H. Richeiot l'admire beaucoup, mais il l'estime au moins autant qu'il
l'admire; et la curieuse étude qu'il vient d'en faire donne un grand poids à son opi-
nion. Quoi qu'il en puisse être, le public français est mis à même de juger désor-
mais en pleine connaissance de cause, et M. H. Richeiot nous aura rendu ce service,
dont on doit le remercier.

Le Maha-Bharata, traduit complètement pour la première fois du sanscrit en
français,par Hippolyte Fauche. Premier volume; Paris, Durand et Benjamin Duprat,
grand in-8°, xvi-6oo pages. — M. H. Fauche, à qui nous devons la traduction com-
plète du Râmâyana, tient la promesse qu'il avait faite au public, et il vient de donner
le premier volume de sa traduction générale du Mahâbhûruta. C'est une immense
entreprise, puisqu'elle ne doit pas former moins de seize volumes aussi considé-
rables que celui que nous avons sous les yeux. Tous les amis des lettres sanscrites
doivent faire des vœux pour que l'auteur puisse accomplir la tâche qu'il s'est im-
posée; et, quelque confus que soit le grand poème indien, il n'est pas de monu-
ment après les Védas qui ait plus d'importance. Ce premier volume comprend la
moitié et plus du premier chant l'Adi-parva (i634 clokas sur 8476). Le second est
déjà sous presse, et il comprendra la lin de l'Adi-parva et le Sabha-parva tout en-
tier. On ne saurait trop louer M. H. Fauche de tant d'application et de courage.

TABLE.

Saint-Martin, le Philosophe inconnu, etc. par M. Matter. — La correspondance
inédite de L. C. de Saint-Martin, etc. par MM. L. Schauer et Alpb. Chu-
quet. (2' article de M. Franck.) ................. . ................... 677

Histoire et glossaire du normand, de l'anglais et de la langue française, etc. par

Edouard Le Héricher. (2* et dernier article de M. £. Littré.) .............. 688

De l'origine des espèces, ou des lois du progrès chez les êtres organisés, par Ch.

Darwin. (2' article de M. Flourens.) ................ 697

Tragicorum iatinorum rcliquix. (3* article de M. Patin.) ................... 704

Historia diplomatica Friderici secundi, etc. — Collegit, ad fidem chartarum, etc.

J. L. A. Huillard-Bréholles. (2§ article de M. Avenet.) ................... 715

Nouvelles littéraires. — Livres nouveaux ................ 736

FIN DE LA TABLE.

DES SAVANTS

DECEMBRE 1863.

Histoire Naturelle générale des règnes organiques, principalement étudiée chez l'homme et les animaux, par Isidore Geoffroy SaintHilaire. Paris, librairie de Victor Masson, place de TEcole-deMédecine, n° 17, i854

DEUXIÈME ABTICLE2.

S I.
De la classification des sciences.

Avant de passer à l'examen des séries paralléliques de M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, nous ne pouvons nous dispenser de faire connaître sa manière d'envisager les sciences et d'exprimer notre étonnement sur l'ordre de généralités qu'il a exposées et sur l'accumulation des citations faites à leur appui; car, faute d'application immédiate, pour savoir si la pensée de l'auteur a été bien saisie, le lecteur aperçoit difficilement la liaison de ces généralités avec l'histoire des règnes organiques et la classification des espèces des corps vivants. Voyons, par exemple, le chapitre intitulé, De l'unité des connaissances humaines, et de leur diversité, qui ouvre le livre premier.

1 Voir, pour le premier article, le cahier d'octobre, p. 609.

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