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été tenus et réputés pour bourgeois et avaient le même privilége ; sur quoi, messieurs les jurats, ayant délibéré qu'il serait permis aux dits sieurs chanoines et à leurs fermiers de vendre en détail le vin recueilli dans leur temporel, en rapportant un certificat du crû où le vin aurait été recueilli , et à la charge que les dits fermiers seraient tenus au paiement du droit des eschats et de la marque, deux des dits sieurs jurats furent députés pour aller porter la dite délibération au dit chapitre, qui les en remercia. » (1) Les nobles eux-mêmes habitant le pays Bordelais ne pouvaient jouir de ce privilége, pour la vente des vins de leurs terres, qu'en se déclarant bourgeois et en consentant à en remplir les obligations; ainsi la Chronique rapporte encore qu'un sieur de Jon' quières, agissant tant pour lui que pour les autres gentilshommes du Bordelais, réclama auprès de messieurs les jurats pour l'obtention du privilége, et qu'il fut délibéré « que les gentilshommes d'extraction habitant le Bordelais avec leur famille, jouiraient du privilége des bourgeois de la dite ville, en faisant apparoir de leurs lettres de bourgeoisie qu'ils sont issus de personnes qualifiées de maire et jurats d'icelle ville, à la charge par eux gentilshommes de contribuer aux charges ordinaires et extraordinaires de la dite ville, ainsi que font les autres bourgeois; et leur seront à l'avenir les permissions à vendre leurs vins expédiées, en se purgeant, par serment, le

(1) Tillet, Chron. bordelaise, p. 14.

vin être de leur crû et recueilli dans le Bordelais. (1) »

Quant à la vente des vins en dehors de la consommation locale, il existait des règles rigoureuses qui assuraient également de grands avantages aux produits des crûs bordelais et rendaient la concurrence difficile. Il est indispensable de placer ici le texte de ces anciens statuts.

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» Des vins prohibés et défendus entrer en la ville et cité de Bordeaux, et qui ne peuvent être vendus en détail, en taverne, et de la marque des dits vins.

» De tout temps et ancienneté, les vins qui sont portés et conduits en la ville de Bordeaux, de Castillon-lez-Périgord, de Lamothe-Montravel, SaintAntoine, Sainte-Foy, Saint-Pey-de-Castets, SainteRadegonde, Duras, Gensac, Rauzan, Pujols, Cyvrac, Blaignac, jusqu'au milieu de Lengrane ; ensemble, les · vins qui sont du crû pays, terres et seigneureries de Blaye, depuis l'estey de Boglon d'une part, et l'estey de Fruscau d'autre part, pour connaître la différence des vins, seront marqués de la demi-marque de la dite ville par tous les deux bouts de chacune barri· que.

» Tout le contenu en ce chapitre a été, par tant que besoin serait, confirmé par lettres-patentes du roi Charles IX et autorisé par plusieurs arrêts de la cour (2).

(1) Tillet, Chron. bordelaise, p. 19.
(2) Ces notes sont de Delurbe et Clairac.

76 HISTOIRE DU COMMERCE

» Les dits vins ne peuvent être menés et descendus au devant la ville de Bordeaux qu'après la saint Martin, tant suivant la commune observance que transaction sur ce intervenue le dernier avril 1502 avec les députés du pays. -

» Et les dits vins après avoir été marqués peuvent être mis et retirés ès faubourgs seulement de la dite ville et non au dedans d'icelle, ains et autres lieux, hors l'enclos et circuit d'icelle ville en portant certification suffisante et authentique , signée des juges des lieux ou leurs lieutenants, et en se purgeant que les dits vins sont des terres et seigneureries susdites.

» Et payeront pour le droit de la dite demi-marque à la dite ville, pour chacun tonneau des dits vins, 2 sols 6 deniers bourdelois, sans comprendre ni les 2 deniers et maille ou obolle pour livre, qui sont dus à la dite ville pour le droit de la coutume d'icelle, pour la vente des dits vins au prix qu'ils se vendront par ceux qui ne seront bourgeois; lesquels bourgeois payeront pour le droit de la marque 6 liards.

» Et tels vins des lieux, terres et seigneureries dessus déclarées, ne pourront être vendus par ceux auxquels appartiennent ni par autres directement ou indirectement en taverne ni en détail ès fauxbourgs de ladite ville, esquels seulement peuvent être retirés, comme dit est, à peine d'amende arbitraire et contre les bourgeois d'être privés de leur bourgeoisie.

» Et pour éviter toutes fraudes qui peuvent être faites au préjudice du vin bourgeois ou non prohibé, être vendu en taverne ni en détail, est statué que certains chais, maisons ou lieux seront achetés esquels les vins des lieux dessus déclarés seront mis et reçus.

» Et tous autres vins qui seront descendus en cette dite ville, de plus haut que la seigneurerie de Gensac, comme étant des vins prohibés entrer en la dite ville, payeront pour le droit de marque de ladité ville 5 sols bourdelois par tonneau, sans en ce comprendre le droit de la coutume.

» Et est défendu aux bourgeois de ladite ville, à peine d'être privés de bourgeoisie comme dessus, et aux autres à peine d'amende arbitraire de faire entrer tels vins, par fraude ni autrement, en la dite ville de Bordeaux.

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» Des vins qui doivent être marqués de double marque de la dite ville, autres que du haut pays, et en quels lieux doivent être retirés.

» Les vins du crû de Saint-Seurin , de Montagne , Tallemont, Royan, Berne, Moncuq, Billot et autres lieux au-dessus de la ville de Sainte-Foy-la-Grande, qui seront menés et conduits en la dite ville de Bordeaux, descendus aux Chartreux et auparavant que pouvoir être enchayés, seront marqués sur chaque bout de barrique de la double marque de la dite ville et ne pourront être mis ni retirés en autre lieu qu'aux Chartreux, à peine de perdition des dits vins.

78 IIISTOIRE DU COMMERCE

» Et auparavant d'être enchayés payeront à la dite ville, pour le droit de la dite double marque, 5 sols bourdelois pour chaque tonneau.

» Et en outre sera payé de chaque tonneau des dits vins qui se vendront aux Chartreux , 14 deniers et maille pour livre à la dite ville , savoir est : 12 deniers pour la grande coutume et 2 deniers et maille pour livre pour la petite coutume. Et si les dits vins sont chargés aux périls et fortune de ceux auxquels ils appartiennent, sans par eux être vendus ni emparollés à personne, ne payeront, sinon les dits 2 deniers et maille pour livre au prix qu'ils pourront ou qu'ils seront estimés.

» III.

» Des vins du haut pays prohibés entrer dans la ville de Bordeaux, de la marque d'iceux , et en quels lieux doivent être retirés.

» Toute manière de vin de haut pays du crû de la Chalosse, Armaignac, Tursan, Gavardan et d'ailleurs, crûs par-dessus Sainte-Croix-du-Mont, de Saint-Macaire, menés et conduits en la dite ville de tout temps et d'ancienneté, sont vins prohibés entrer en icelle ville ; ains doivent être descendus, mis et retirés aux Chartreux et non ailleurs, à peine de perdition des dits vins , le vaisseau être défoncé et brûlé, et le vin · donné aux pauvres de l'hôpital.

» Cet article, en ce qui concerne l'exécution des vins du haut pays entrés en la dite ville, est confirmé par plusieurs jugements de la Cour. (Note de Delurbe.)

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