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Je tâche d'étoufr ces flammes crimineleş ,
Qui m'ont fi in"prites votre julie courroux.
Je declare la guerre ? mes tens intideles ,
Ir veux les einer aux chofes eterneles :
Mais je ne puis, mon Dieu, les doar pter que par vous.

II. Stances de Sept V'ers. Les stances de sept Vers commencent par un quatrain à la fin duquel on observe ordinairement que le sens foii fini, comme dans la suivante:

L'hypocrite en fraudes ferii'e,
De Tentance eit pairri de fard :
Il fair clorer avec art
le tel que fa bouche diflile :
Ei la morsure du ferpent

Eft moins a gue & moins subtile
Quc le venin cache que la langue repand.

III. Stances de neuf V'ers.

La premiere partie de ces Nances est un quatrain terminé par un repos; & la seconde partie est une fiance de cinq Vers, comme dans celle-ci:

Homere adoucit mes meurs
Par ses riantes images.
Seneque aigrie mes humeurs
Par les procop'es fauvages.
En vain d'un ton de Rheieur,
E piciere à fon lecteur,
Preche le bonheur fupreme:
J'y trouve un confoiateur
Plus afiligé que moi-meme.

De quelques Ouvrages composés de Stances. Les principaux de ces ouvrages après l'Ode , sont le Sonet & le Rondeau, dont il est à propos de parler ici , parce que ce sont de petites pieces de Poche qui font encore aflez en uiage, & qui ont des regles particulieres.

Du Soner. Nous n'avons rien de plus beau dans notre Poésie que le Sonet, quand il est bien exécure. Les persees doivent y étre nobles & relevées, les expreilions vives & harmonieuses ; & on n'y soufre rien qui n'ait un raport effentiel à ce qui en fait le sujet. Mais il est assujéti à des regles fi genantes, qu'il est très-difficile d'y réuffir , & que nous en avons fort peu de bons.

Il est composé de quatorze Vers toujours de la même longueur, &

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pour l'ordinaire de douze fyllabes, quoiqu'on en laile quelquefois de dix, & même de huit & de sept. Mais ils ont moins de beauté & d'harmonie.

Ces quatorze Vers font partagés en deux quatrains & un fixain.

Les deux quatrains doivent avoir les rimes masculines & feminines fenablables, que l'on entremêle dans l'un de la même maniere que daus l'autre.

Le fixain commence par deux rimes semblables, & il a , après le troifieme Vers, un repos qui le coupe en deux parties que l'on appele Tercers, c'est-à-dire , 'fances de trois Vers.

Il faut éviter , autant qu'il est possible, que le mélange des rimes dans les qualre derniers Vers du fixain, soit le même que dans les quatrains.

On observe encore de n'y pas répéter deux fois le même mot.
M. Despréaux, pour exprimer les regles du fonet, feint qu'Apollon,

Voulant poufler à bour tous les Rimeurs François
In enia du foner les rigoureufes loix,
Voului qu'en deux quarrains de mesure pareille,
1.a rime avec deux sons frapà huit fois l'oreille,
Et qu’ensuite fix Vers ariittement rangés
Furlent en deux tercers par le sens partagés.
Sur-tour de ce poème il banit la licence :
Lui-même en mesura le nombre & la cadence,
Défendit qu'un Vers foible y pût jamais entrer,
Ni qu'un mor déia mis osâr s'y remontrer.
Du reite il l'enrichir d'une beauté fupreme.

Un fonet fans defaurs vaui leui un long poème.
Voici pour premier exemple un fonet qui exprime la nature du
fonet méme.

Doris qui fait qu'aux Vers quelquefois je me plais,
Me demande un foner , & je m'en desespere.
Quatorze Vers, grand Dieu ! le moyen de les faire?
En voila cependant dejà quatre de faits.
Je ne pouvojs d'abord trouver de rime; mais
En faisant on apprend à se rirer d'afaire.
Poursuivons , les quatrains ne m'étoneront guere,
Si du premier tercer je puis faire les frais.
Je commence au hazard, & fi je ne m'abuse,
Je n'ai pas commence sans l'aveu de la muse,
Puisqu'en si peu de temps je m'envire li net.
J'entame le second, & ma joie eft extrême,
Car ces Vers commandés s'acheve le treizieme.

Compiez s'ils sont quatorze ; & voila le loner.
Quoique le fameux fonet de Desbarreaux soit dleja assez connu, on
ne fera peut-être pas fåché de le trouver encore ici. Il est fi beau pour
l'expreffion & les sentimens, qu'on ne peut trop le répéter.

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Grand Dieu, tes jugemens sont remplis d'équité.
Toujours cu prends plaisir à nous étre propice :
Mais j'aitani faire de mal, que jamais ta bonté
Ne me pardonnera, qu'en bletiant ta juftice.
Oui, Seigneur, la grandeur de mon impiété
De lajsie a ton pouvoir que le choix du iupplice:
Ton interer s'oppose à ma felicité,
Ei ta clémence même atend que je périffe.
Contente con désir, puisqu'il l'eft glorieux :
Ofiense-roi des pleurs qui coulent de mes jeux :
Tone, frape, il est temps; rends-moi guerre pour guerre.

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J'adore en périssant la raison qui t’aigrit:
Mais deifus quel endroit tombera con tonerre,
Qui ne soit tout couvert du sang de Jelus-Chrift?

Du Rondeau.

Une ingénienfe fimplicité fait le caractere propre du Rondeau.

Le rondeau né gaulois a la naiveté. Despr. Le roudeau commun eft composé de treize Vers qui font ordinairement de dix fyllabes.

Les rimes de ces treize Vers doivent être femblables, huit masculines & cinn féminines , ou sopt masculines & fix féminines.

Après le huitiene Vers & à la fin du rondeau, il y a un refrain qui 'u n'est autre chose que la répétition d'un ou de plusieurs des premiers & mots du premier Vers. Mais ce refrain doit être amené avec esprit, & faire un sens avec ce qui le précede.

с Comme il re doit y avoir que trois rimes séminines dans les huit premiers Vers, on peut mettre de fuite trois Vers de rime masculine, qui font le cinquieme, le lixieme & le septieme : ce qu'on ne fait pas ordinairement dans les cinq derniers Vers.

Le rondeau a deux repos néceffaires, un après le cinquieme Vers, & l'autre après le premier refrain. Nous en donnerons deux pour exemples, dont le prernier contient les regles du rondeau même.

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Na foi, c'est fait de moi, car Isabeaa
N'a conjure de lui faire un rondeau :
Cela me met en une peine extrême.
Quoi troze Veri, huit en eau, cinq en ême !
Je lui ferois aussi-tor un barcau.
En voila cinq pourtant en un inonceau :
Faisons-en buit en invoctani Brüderu,
E fuis metions par quelque ftratagème,

Nla joi, c'eft fuit.

Si je pouvois encor de mon cerveau
Tirer cinq Vers , l'ouvrage seroit beau ;
Mais cependant me voilà dans l'onzieme.
E ti je crois que je fais le douzleme :
En voilà creize ajustes au niveau,

Ma foi, c'efl fuit.

A la fontaine ou s'enivre Boileau,
Le grand Corneille & le sacré troupeau
De ces Auteurs que l'on ne trouve guere ,
Un bon rimeur doit boire à pleine aiguiere,
S'il veut donner un bon jour au rondeau.
Quoique j'en buive aulli peu qu'un moineau,
Cher Benserade, il faut ie farisfaire,
T'en écrire un. Hé! c'eft porter de l'eau

A la fontaine,
De tes refrains un livre tout nouveau
A bien des gens n'a pas ea l'heur' de plaire :
Mais quant à moi, j'en trouve tout fort beau,
Papier, dorure, images, caractere,
Hormis les Vers qu'il falloit laisser faire

A la fontaine,

De l'Epigramme. L'Épigramme eft une petite piece de Vers qui doit être terminée par une pensée vive, ingenieure & brillante, ou par un bon mot : ce que l'on appele la chute ou la pensée de l'épigramme; & elle ne doit contenir qu'autant de Vers qu'il en faut pour amener cette pensée. C'est pourquoi il n'y en entre guere plus de dix ou douze.

L'Epigramme plus libre, en son tour plus borné,

N'eit souvent qu'un bon mot de deux rimes orné, Au reste, elle n'est assujetie à aucune regle particuliere pour le mélange des rimes & pour la mesure des Vers, qui dependent de la va lonté du Poète. En voici une pour exemple :

Certain Huiffier érant à l'Audience,
Crioit toujours , Paix-là, Meffieurs, Paix-là :
Tant qu'à la fin tombant en défaillance,
Son teint pålit, & fa gorge s'enfia.
On court à lui. Qu'ett-ceci , qu'eil-cela ?
Maitre Perrin, du secours, il expire.
Bref on le saigne, il revient, il respire.
Lors ouvrant l'æil clair coinme un ballic,
Voilà, Messieurs, le prir-il à leur dire,
Ce que l'on gagne à parler en public.

856 ABRÉGÉ DES REGLES DE LA VERSIFICATION FRANÇOISE.

Du Madrigal Le Madrigal est une autre petite piece de Vers dont la chute moins vive & moins frapante que celle de l'epigramme, doit toujours avoir quelque chose de tin & de delicat. Il n'a pas ordinairement moins de fix Vers, & il peut en avoir jusqu'à dix-sept, que l'on peut même quelquefois partager en stances, sans aucune regle particuliere. Ea voici un faii à la louange de Louis XIV. Les Mures à l'envi travaillant pour la gloire

De Louis, le plus grand des Rois,
Orneront de fon nom le remple de mémoire :

Mais la grandeur de les explois,
Qu» l'espri: huinain ne peut croire,
Fera que la porterite,
Lisant une libetle hiftoire,
Doutera de la verire.

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Des Vers libres.

On apnale Vers libres ceux qui n'ont aucune uniformité ni pour le nombreuses ni pour le mélange des rimes, & qui ne sont point partagés en inces, c'11 à dire, que dans les pieces en Vers libres, un Auteur pri enison, ler les rimes à son choix, & donner à chaque Vers tel nombri 1€ lyllabes qu'il juge à propos, sans suivre d'autres regles que les ras generales de la Verification.

On met ordinairement en Vers libres les sujets qui ne demandent qu'un style finple & familier, comme les fables, les contes, & même quelquefois les comedies, ou les poêmes destinés à être chantés, comme les Opéra & les Coniates.

Dans les Vers libres, sur-tout dans ceux qui sont faits pour la mufique , il ett permis de mettre trois Vers de suite sur la inême rime, masculine ou féminine.

Au refte, nous renvoyons à l'Art Poétique de M. Despréaux, ceux qui voudront avoir une connoissance plus exacte & plus étendue de la Poésie Françoise.

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