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• Le Koran est un assemblage informe et incohérent (h préceptes moraux, religieux, civils et politiques, mêlés (l'exhortat tions, de promesses et de menaces relatives à la vie future, et de récits empruntés avec plus ou moins de fidélité à l'antiquité bi^ v^blique, aux traditions arabes, et même à l'histoire des premiers ^ Siècles du christianisme. On y trouve aussi des allusions à des * événements contemporains, aux efforts que la nouvelle religion faisait pour conquérir l'ascendant sur le culte idolâtre et aux luttes qu'elle avait à soutenir; mais ces allusions sont toujours conçues en des termes tellement généraux et vagues, que leur sens et leur portée nous échapperait souvent, si nous n'avions pas pour guides les commentateurs du Koran et les récits historiques sur rétablissement de l'islam (islamisme). Trois personnages contemporains de Mahomet sont seulement , nommés en passant dans le Koran; Mahomet lui-même n'est ï£ mentionné5 que par manière d'apostrophe que Dieu est censé lui adresser; et il s'ensuit que le Koran ne nous offre presque pas «; de renseignements sur la vie et sur la personne du prophète des ^ Arabes. Cette particularité est du reste conforme au caractère ii universellement reconnu du Koran; c'est la parole de Dieu réI^Yélée à Mahomet, transmise par sa bouche au peuple arabe. En citant un passage du Koran, un musulman ne dit jamais : MaTM homet l'a dit; mais : Dieu, le Très-Haut l'a dit; et il ne fallait j pas s'attendre que Dieu révélât aux concitoyens de Mahomet des détails sur sa famille, sur son origine et sur les incidents de sa Ovvie'. Ce silence du Koran est amplement compensé par la tradi

1 Toutes les fois donc que Von rencontre les mots : Mahomet a dit, ou le pliu éridique des hommes a dit, il ne s'agit plus d'un passage du Koran, mais des aroles de Mahomet conservées par la tradition.

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tiof? ras compagnons du prophète (les Ashab), ses auxiliaires (les ^msàr), les sectateurs du prophète qui s'étaient expatriés pour la cause du nouveau culte (les Mouhadjirs), tous ceux qui ont sufvi Mahomet (les Tabi', au pluriel Tabi'ia), et ceux qui ont 'succédé à ces derniers s'étaient fait un devoir de conserver religieusement et de transmettre à leurs descendants les détails souvent les plus insignifiants de la vie de leur apôtre, législateur et chef spirituel et temporel. Ces détails ont passé dans les premiers livres d'histoire composés par les musulmans, et forment jusqu'à ce jour la partie intégrante et indispensable de toute histoire universelle, et à plus forte raison de toute histoire des Arabes. On comprend facilement qu'a la faveur de l'exaltation religieuse, au milieu d'un peuple généralement illettré et isolé du reste du monde, aient dû se glisser des ••1icits douteux et des traditions apocryphes; que la fiction et le merveilleux entrent pour une certaine part dans l'histoire de la mission de Mahomet, comme dans l'histoire de beaucoup d'autres cultes. Toutefois , l'histoire de la mission de Mahomet se laisse peut-être plus facilement qu'aucune autre religion de l'Orient, dépouiller de cet alliage de fiction et de merveilleux devant lequel un musulman seul croit devoir s'arrêter avec respect. Dépouillée de ce caractère sacré, la naissance comme la propagation de l'islamisme n'en est pas moins un des faits les plus extraordinaires dans les annales de l'humanité.

Il ne sera pas inutile de remarquer que la grande presqu'île de l'Arabie n'a pas été de tout temps habitée par un peuple de la même race et de la même langue. Les auteurs arabes distinguent trois races différentes qui se sont succédé en Arabie, et qui toutes ont été appelées arabes. La première race est désignée par le nom d'Arabes el-Ariba, Arabes pur sang, Arabes pour ainsi dire aborigènes ou primitifs; celte race comprend les peuples éteints ou exterminés longtemps avant Mahomet; ce sont les Adites, les Thémoudites, les Amalika ou Amalécites, les peuplades de ïasm et de Djadis, issues d'après les historiens arabes de Sem ou de Cham, fils de Noé. La seconde race est celle des Arabes Moutéarriba (Arabes qui se sont faits Arabes) ; on les regarde comme issus de Kaktan ou de Yaktan, fils d'Heber; ils se sont d'abord établis dans l'Yémen (Arabie Heureuse), d'où ils se sont répandus dans toutes les parties de l'Arabie, en envoyant des colonies, et tantôt en se mêlant aux tribus primitives, tantôt en se substituant à elles dans la possession exclusive des différentes contrées. Les Himyarites appartiennent à ces Arabes Moutéarriba, ou, comme M. Caussin de Perceval les appelle, Arabes se, condaires '. La troisième race est celle des Arabes Mousta'ribt

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(Arabes assimilés aux Arabes); ce sont les descendants d'Ismaël, fils d'Abraham ; ils se sont établis dans leHedjaz (Arabie Déserte), et se sont successivement répandus dans toutes les autres parties de l'Arabie; ce sont les Arabes tertiaires ou Ismaélites. C'est à cette race qu'appartiennent les Arabes établis depuis un temps immémorial autour de la Mecque, et en particulier la famille des Koreïchites, au sein de laquelle naquit Mahomet. Bien que les Arabes aient de tout temps apporté le plus grand soin à conserver leur généalogie, tous les efforts des historiens arabes ont été infructueux pour établir la descendance directe depuis Ismaël jusqu'à Mahomet, à travers l'espace d'une vingtaine de siècles; mais on s'accorde généralement sur sa généalogie jusqu'à Adnan, qui passe pour un descendant d'Ismaël. En comptant trente-trois ans par génération, on arrive à fixer l'époque d'Adnan à environ cent trente ans avant Jésus-Christ, en sorte qu'il ne resterait que quelques noms mentionnés par les historiens pour remplir tout le temps écoulé entre Ismaël, fils d'Abraham, et Adnan, personnage si voisin de notre ère.

Quelque grande que soit cette lacune, rien n'autorise à révoquer en doute la généalogie de Mahomet ; deux considérations semblent plutôt militer en sa faveur. Ce sont d'abord plusieurs passages de la Bible, depuis les livres de Moïse jusqu'aux prophètes', qui s'accordent à regarder les Arabes de l'Arabie Déserte (du Hedjaz et de la Mecque) comme des Ismaélites, et ensuite la vénération que les tribus arabes ont conservée pour la mémoire d'Abraham. En effet,, selon la tradition antérieure à Mahomet, le fameux temple de la Caaba, but des pèlerinages des Arabes, et beaucoup plus ancien que la ville de la Mecque même, aurait été construit par Abraham pendant son séjour en Arabie; un endroit dans le clos de ce temple porte jusqu'à ce jour le nom de la station d'Abraham; et enfin, dans ce même temple devenu une sorte de panthéon des Arabes, on voyait du temps de Mahomet une figure représentant Abraham, jadis fondateur du culte unitaire, placé à côté des divinités arabes ou des saints du christianisme. Fondée ou non, très-ancienne ou très-rapprochée du temps de l'islam, cette filiation de Mahomet joue un rôle important dans sa mission, et elle n'aura pas peu contribué à son succès. Au commencement surtout de son apostolat, lorsqu'il s'agissait de détacher les Arabes du culte des idoles, Mahomet puisait un grand appui pour la religion qu'il prêchait dans l'exemple d'Abraham, et la plaçait pour ainsi dire sous les auspices d'un personnage dont la mémoire était universellement vénérée parmi ses compatriotes.

La ville de la Mecque n'a été construite que dans le cinquième siècle (le notre ère1, mais la vallée de la Mecque était depuis les temps les plus reculés le séjour des tribus arabes qui se groupaient aux environs du temple de la Caaba, dont ils se disputaient la garde et l'intendance comme un honneur et un titre à la suprématie. Vers l'an 200 de notre ère, un des descendants d'Ad- , nan, nommé Fihr, et surnommé el-Koréieh, devint le père de la fameuse tribu des Koreïchites, qui acquit dans la suite une grande influence à la Mecque. Kossaï, un de ses descendants à la cinquième génération, parvint non-seulement à supplanter les Khozaa, autre tribu arabe, dans l'intendance de la Mecque, mais encore, pour assurer à perpétuité ces importantes fonctions à sa famille, il persuada aux Koreïchites de bâtir à l'entour de la Caaba une ville dont les différentes parties seraient occupées par les membres de la grande tribu Koreïchite. Kossaï éleva pour luimême une maison plus imposante que les autres, et y fixa le siége du conseil, nadwa, auquel tous les Koreïchites avaient entrée, et où les affaires se traitaient en public. C'était daus cet hôtel du conseil (Dar-ennadwa) que les Koreïchites recevaient des mains de Kossaï le drapeau, quand ils allaient faire la guerre à une autre tribu. Sur l'avis de Kossaï, les Koreïchites consentirent à s'imposer une taxe, rifada (secours), qu'ils payaient à l'époque du pèlerinage à Kossaï, et que celui-ci employait à fournir gratuitement des vivres aux pèlerins pauvres pendant trois jours qu'ils passaient à Mina, à quelque distance de la Mecque. L'autorité de Kossaï s'accrut encore lorsqu'il parvint à réunir dans sa personne quelques autres charges, qui se rattachaient au service de la Caaba; ces charges étaient sikaïa, l'administration des eaux et leur distribution, hidjaba, la garde de la Caaba et le service de ce temple; a ces fonctions on doit ajouter la rifada, perception de la taxe des secours, la liwa, droit d'attacher une coiffe d'étoffe blanche à l'étendard des Koreïchites allant à la guerre, et la iiadwa, conseil, c'est-à-dire la présidence de l'assemblée des Koreïchites; quelques fonctions moins importantes furent abandonnées par Kossaï à d'autres tribus arabes2. On voit par ce qui précède qu'environ deux cents ans avant Mahomet (vers l'an 440 de J.-C.), les Koreïchites étaient non-seulement en possession d'une autorité régulièrement constituée à la Mecque, mais encore que leur influence et leur considération s'étendaient au dehors ; que, grâce à l'affluence de pèlerins au temple antique de la Caaba, le nom de Koreïchites était connu dans toutes les parties de l'Arabie. Ils avaient en même temps acquis une certaine aisance et même des richesses considérables par le commerce qu'ils faisaient des produits de l'Arabie Heureuse (l'Yémen), en Syrie, en Mésopotamie et en Egypte, d'où ils rap

'Genèse, XXXVII j Juges. VI, VIII ; lssïo, XXI; Ézéchiel, XXVII.

'Caussin de Perceval, Essai sur l'histoire des Arabes, I, p. 'Caussin de Perceval, I, p. 257-241'.

ÎZG.

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