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DE L'ÉDITEUR.

ne nouv

Voici un poëme assez ancien, et qui sera cependant une nouveauté pour le monde littéraire. Connu seulement par une annonce très sommaire dans la préface d'une édition assez récente de Gresset, et dans un ou deux opuscules aujourd'hui presque oubliés *, on le considéroit comme devant être ajouté à la longue liste des ouvrages dont il faut à jamais regretter la perte ; et la célébrité de l'auteur rendoit les regrets d'autant plus vifs. A-peu-près seulement dans la ville d'Amiens, on savoit que ce poëme n'étoit point perdu , et qu’une , ou peut-être même plusieurs copies y étoient soigneusement conservées. On sait probablement aussi dans Amiens si le Gazetin existe encore, s'il est possible d'espérer de jamais recouvrer les deux chants des Pensionnaires et de l'Ouvroir: on y sait sans doute

* Vie de Gresset , par L. D.( Louis Daire.) Paris, 1779, brochure in-12.

tout cela ; mais hors de l'enceinte de cette ville, il n'y a que tenebres sur ces points si intéressants pour l'histoire de notre poésie.

Imprimant une édition de Gresset, très soignée, enrichie de belles gravures , je voulus lui donner un intérêt bien plus réel encore que l'élégance typographique, et je cherchai à l'enrichir de quelques unes de ces pieces inédites dont le souvenir ne nous est conservé que par une obscure et incertaine tradition. D'abord, je m'adressai à MM.Gresset, neveux et héritiers du chantre de Ver-Vert. Je me croyois assuré d'obtenir par cette voie ou le Parrain, ou le Gazetin, ou au moins de ces épîtres, odes, épigrammes, dont on prétend qu'un grand nombre existe encore en manuscrit, et dont il est impossible que quelques unes au moins ne soient très dignes des honneurs de l'impression. Le résultat de mes démarches fut une seule piece assez jolie que MM. Gresset neveux voulurent bien me céder. C'est la Lettre d'un homme retiré du monde :'elle est imprimée à la fin de ce volume. Trouvant si peu de chose de ce côté ; il fallut diriger ailleurs mes recherches ; et enfin j'ai le plaisir de devoir

à l'amitié la communication. du charmant poëme du Parrain magnifique, dont la publication sera une sorte d'événement, et, j'ose le dire, un jour de fête pour les muses françoises. Sans doute , l'ouvre n'est point parfaite; échappé sans efforts à la verve enjouée et facile d'un auteur qui ne tarda pas à se reprocher même ses chefs-d'ouvre immortels de la plaisanterie la plus ingénieuse et la plus innocente, le Parrain ne fut probablement point préparé pour l'impression; il ne reçut point de l'auteur cette seconde création qui change , corrige, ajoute , et le plus souvent diminue, et rend enfin un ouvrage digne des regards du public, et des suffrages des gens du goût le plus difficile. Mais si le Parrain n'ajoute pas à la réputation de l'auteur de Ver-Vert et du Méchant, au moins on peut être certain qu'il ne la flétrira point, et que les partisans du bon goût, de la saine littérature, ne le reprocheront pas à l'éditeur comme une révélation indiscrete. Tel qu'il est, on ose se flatter que la publication en sera vue de bon ceil, et que la gaieté, le charme, répandus dans tout le cours de cet ouvrage, rendront indulgent sur ses imperfections.

Si quelqu'un doute que l'ouvrage soit réel. lement de Gresset; si l'assurance que j'en donne ici n'est pas pour tous une preuve suffisante, j'inviterai les incrédules à vouloir bien lire successivement le Parrain , VerVert, le Lutrin vivant, etc.; et je croirai ensuite n'avoir plus besoin de fournir d'autres preuves. Gresset a un ton, ou , si l'on veut, une maniere bien caractérisée, qui n'est qu'à lui, et dont jusqu'ici personne n'a cherché à imiter les inimitables agréments, pas plus qu'à en copier mal-adroitement les défauts et les négligences; ce qui est cependant et plus ordinaire et beaucoup plus facile.

Il avoit commencé pour le Parrain une préface dont un seul fragment a été retrouvé. Comme ce morceau est assez piquant, quoique non terminé , on le donne ici, de même que le début du Gazetin. Des quatre chants dont se compose ce poëme, qui a été achevé, et dont on se souvient à Amiens qu'il fit lecture, en 1771, dans une séance publique de la société littéraire de cette ville, on n'a pu jusqu'à présent recouvrer que ces cinquante-huit vers. Si l'on est quelque jour

plus heureux, on s'empressera de rendre le public participant de cette bonne fortune.

On croit inutile de faire remarquer que rien n'est plus exempt de tout fiel que les plaisanteries répandues, avec quelque profusion, dans les dix chants du Parrain. L'auteur a-t-il réellement eu en vue un abbé de Saint-Médard, près de Soissons, et quelque honnête bourgeois de cette même ville ? c'est ce qu'il est bien impossible de vérifier; mais tout réels qu'auront pu être les héros de ce poëme , nécessairement ils ont depuis longtemps cessé de conserver le moindre intérêt aux vanités de ce monde; et d'ailleurs la publication du Parrain eût-elle été moins tardive, eût-elle été faite un peu plus tôt que cinquante ans après sa composition, et trentetrois ans après la mort de l'auteur *, je crois bien que le bon monsieur Pommier, si jamais monsieur Pommier y a eu, bien loin d'en éprouver le moindre mécontentement, en auroit été au contraire infiniment flatté; car

* Gresset mourut en 1777, et la date de la composition du Parrain remonte à l'année 1760.

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