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amour er desire , autant qu'eux , leur union ; mais M. Jourdain n'y veut absolument point consentir. Covielle , valet de Cléonte, imagine un moyen extravagant pour arracher le consentement de M. Jourdain. Il vient, sous un déguisement, lui annoncer l'arrivée du fils du GrandTurc à Paris , et il lui persuade que ce jeune héritier de l’Empire Ottoman est amoureux de Lucile , qu'il a le dessein d'épouser. Cléonte paroît , dans le costume Asiatique, avec une nombreuse suite , fait la demande de Lucile, par interprete , et donne à M. Jourdain la dignité de Mamamouchi, qui lui fait prendre le turban, et à laquelle on le reçoit dans une cérémonie bizarre , qu'il croit véritable. Madame Jourdain et Lucile sont inises dans la confidence ; on signe le contrat , et le mariage est célébré par des fêtes, que forment des Peuples, de différentes nations, et qui terminent la Piece.

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LE Bourgeois Gentilhomme, est un des plus heureux sujets de Comédie que le ridicule des hommes ait jamais pu fournir, observe Voltaire , dans ses Jugemens sur les Pieces de Moliere. La vanité, attribut de l'espece humaine, fait que des Princes prennent le titre de Rois, que les grands Seigneurs veulent être Princes, et, comme dit La Fontaine :

Tout Prince a des Ambassadeurs ,
Tour Marquis veut avoir des Pages.

Cette foiblesse est précisément la même que celle d'un Bourgeois qui veut être homme de qualité ; mais la folie du Bourgeois est la seule qui soit comique et qui puisse faire rire au Théatre. Ce sont les extrêmes disproportions des manieres et du langage d'un homme , avec les airs et les diss cours qu'il veut affecter, qui font un ridicule plaisant. Cette espece de ridicule ne se trouve point dans des Princes ou dans des hommes élevés à la Cour, qui couvrent toutes leurs sottises du même air et du même langage ; mais ce ridicule se montre tout entier dans un Bourgeois élevé grossierement, et dont le naturel fait, à tout moment, un contraste avec l'art dont il veut se parer. C'est ce naturel grossier qui fait le : plaisant de la Comédie ; et voilà pourquoi ce n'est jamais que dans la vie commune qu'on prend les personnages comiques. Le Misantrope. est admirable ; Le Bourgeois Gentilhomme plaisant. Les quatre premiers actes de cette Piece. peuvent passer pour une Comédie : le cinquieme est une Farce , qui est réjouissante , mais trop peu vraisemblable. Moliere auroit pu, donner moins de prise à la critique, en supposant quelqu'autre homme que le fils du Grand Turci mais il cherchoit par ce divertissement plutôt à réjouir qu'à faire un Ouvrage régulier. Lully, qui fit la musique du Ballet , y joua comme dans Pourceaugnac. >>

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Lully, sous le nom emprunté du sieur Chiaccherone, chanta et joua , avec beaucoup de gaieté, le rôle du Mufti , aux représentations qui furent données de cette Piece, devant le Roi, à Chambord et à Saint-Germain-en-Laye. Cela lui fit même un obstacle lorsque , quelque tems après, il voulut entrer dans la compagnie des Secrétaires du Roi, de laquelle il avoit acheté une charge. Mais faisant observer que ce n'étoit que pour le Roi seul qu'il avoit joué Pourceau įnac et le Mufti du Bourgeois Gentilhomme , le Ministre, M. de Louvois , fit lever la difficulté, et les Secrétaires du Roi ne purent se dispenser d'admettre Lully parmi eux.

<< Aucune Piece n'avoit encore autant inquiété Moliere sur son succès que Le Bourgeois Gentilhomme , après la premiere représentation de Chambord, dit M. Bret , dans l'Avertissement qu'il a mis au-devant, et les Observations à la suite de cette Piece. Louis XIV, à son souper , n'en dit pas un mot à l'Auteur.; et ce silence qui fut pris pour une improbation du Maître , donnacarriere à toutes les décisions précipitées du mauvais goût. Moliere n'y est plus , disoient quelques Courtisans, fatigués de voir au milieu d'eux un cen

seur qui pouvoit, au premier jour , révéler leurs ridicules particuliers au Public , il extravague. Le voilà combé dans la Farce Italienne. Que veut.il dire avec son Halaba Balachou ? &c. »

« Il se passa malheureusement plusieurs jours entre cette premiere représentation de Chambord et la seconde ; de sorte que le supplice de Moliere fut bien long! Il n'osa se montrer dita on , pendant cet intervalle ; et Baron, qu'il envoyoit à la découverte , ne rapportoit rien de consolant. Il ne reconnoissoit plus son Maître , dont le goût , toujours sûr , sembloit l'avoir abandonné cette fois. Mais quel fut son triom. phe , lorsqu'après la seconde représentation le même Prince lui dit hautement qu'il trouvoit sa Piece excellente , que rien ne l'avoit encore plus amusé, et que s'il ne lui avoit rien dit le premier jour, c'étoit dans la crainte d'avoir été séduit par la perfection du jeu des Acteurs! Dès ce moment les mauvais plaisans se curent; et après avoir annoncé la chûte du Bourgeois Gentilhomme , ils ne rougirent pas de se montrer au nombre de ses admirateurs. Nous ne pouvons trop le faire remarquer ; c'est à la protection ouverte dont Louis XIV honora toujours Moliere que nous

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