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LE RECUEIL EPISTOLAIRE;

OU,

Instructions Générales et Particulières sur les divers Genres de

Correspondance; suivies d'Exemples puisés dans les Meilleurs Ecrivains Français.

Ecris-moi, je le veux. Ce commerce enchanteur,
Aimable épanchement de l'esprit et du cœur,
Cet art de converser sans se voir, sans s'entendre,
Ce mnet entretien si charmant et si tendre
L'art d'écrire, Abeilard, fnt sans doute inventé,
Par l'amante captive et l'amant agité.

COLARDEAU.

Du Style Epistolaire. Peu de personnes dans le cours de leur vie éprouvent le besoin de faire un discours, une dissertation, une pièce de vers; il n'en est point qui ne sentent fréquemment la nécessité d'écrire une lettre. Ainsi, les règles du style épistolaire doivent faire partie même de l'éducation la plus ordinaire.

Les lettres ont pour objet de communiquer ses pensées et ses sen. timens à des personnes absentes; elles sont dictées par l'amitié, la confiance, la politesse, ou l'intérêt. C'est une conversation par écrit: aussi le ton des lettres ne doit différer de celui de la conversation ordinaire, que par un peu plus de chois dans les objets, de correction dans le style et une plus grande précision. Le Laturel et l'aisance forment donc le caractère essentiel du style épistolaire; la prétention à l'esprit et l'affeterie y sont insupportables.

La philosophie, la politique, les arts, les anecdotes, les bonsmots, tout peut entrer dans les lettres; mais avec l'air d'abandon, d'aisance et de prenier mouvement qui distingue la conversation des gens d'esprit. Il ne sera question dans ce recueil que de lettres familières sur les sujets qui intéressent la société.

De l'idée que nous venons de donner du style épistolaire naissent toutes les règles qui doivent le caractériser. Elles sont en petit nombre, on pourrait même les réduire à une seule, et la voici: puisqu'une lettre et sa réponse ne sont qu'une couversation entre absens, écrivez, comme vous leur parleriez s'ils étaient là, c'est-à-dire avec ce naturel, cetie facilité, cet agrément même que

demande un entretien familier. Quelle doit être une conversation ? claire et simple, ce sont-là aussi les deux qualités du style épistolaire.

Les lettres dont nous avons enrichi ce recueil ont été puisées dans les meilleures sources, puisque c'est Madame de Sévigué, Voltaire, le Cardinal de Beruis, &c. qui vont vous fournir la leçon et l'exemple du bon style.

Du Cérémonial des Lettres. Madame, monsieur, mademoiselle, se placent au-dessus de la pre- , mière ligne d'une lettre lorsqu'on écrit à quelqu'un que l'on veut traiter avec beaucoup d'égards ou de politesse. La distance se mesure ordinairement sur le degré de respect qu'on lui porte. Dans les lettres plus familières ces qualifications viennent dans la ligne après les premiers mots: J'ai reçu, monsieur; je suis bien reconnaissant, madame ; permettez, mademoiselle, &c.

Lorsque la personne est décorée d'un titre, d'une dignité, ou rem. plit une charge honorable, &c. il est d'usage de les répéter une ou plusieurs fois suivant l'étendue de la lettre, monseigneur (en parlant à un évêque, à un ministre, &c.) monsieur le maréchal, madome la duchesse, monsieur le président, &c.

Dans les lettres d'affaires, d'égal à égal, entre amis, la date se place au haut de la page. La placer au bas est une marque de défé. rence ou de respect.

Les lettres se terminent ordinairement par l'expression d'un senti. ment de respect, de reconnaissance, d'attachement dont voici quelques exemples:

Recevez, madame, avec bonté l'assurance de mon respectueux attachement.

Agréez, madame, l'hommage de mon respect.

Les sentimens que vous m'avez inspirés, monsieur, sont aussi sincères que durables.

Complez à jamais, monsieur, sur la reconnaissance et l'attachement de, &c.

Mon tendre et respectueur attachement ne finira qu'avec ma vie. Adieu, je vous embrasse comme je vous aime, et c'est de tout mon

Agréez, monsieur, l'hommage des sentimens distingués que je vous ai voués et que vous méritez si bien, &c.

J'ai l'honneur d'étre, monsieur, avec un respect infini.

Agréez, je vous prie, mademoiselle, mes sentimens les plus respectueux.

ceur.

J'ai l'honneur d'étre, monsieur, avec des sentimens remplis de respect et de considération.

Agréez, je vous prie, les assurances de la haute considération avec laquelle; j'ai l'honneur d'étre, monsieur, &ic.

Les expressions ci-dessus sont suivies de la formule d'usage:

Votre très-liumble et très-obéissant, ou très-dévoué, ou trèsaffectionné serviteur, &c. pour un bomme.

Votre très-humble et très-obéissante, ou très-dévouée, ou trèsaffectionnée servante, &c. pour une femme.—La signature se place immédiatement au-dessous.

Il est bon d'observer que le choix parmi ces locutions et beau. coup d'autres, que nous aurions pu également donner dépend, en général, de la nature des liaisons et des rapports, entre les personnes qui s'écrivent.

On veut qu'il soit impoli dans une lettre que le respect a dictée, de faire des complimens à un tiers; il faut au moins que cette espèce de liberté soit préparée par un mot d’excuse. Auriez-vous assez de bonté, monsieur, pour me rappeler au souvenir de, &c.; oserais-je vous prier, madame, de, &c.

La manière la plus simple de plier une lettre est la meilleure ; c'est une marque de respect que de la mettre sous enveloppe. Quand on envoie quelques papiers dans une lettre pour être remis à un tiers, on doit prévenir par une formule telle que celles-ci : souffrez que Monsieur N. trouve sous ce pli ma réponse au billet, que vous m'avez envoyé de sa part. Permettez que je mette sous votre couvert, &c.

Vous trouverez ci-joint, &c. Je dois avertir que ce mot ci-joint est adverbe s'il précède, et adjectif s'il suit; exemple: vous trouverez ci-joint les mémoires, les pièces, &c.; ou bien les pièces cijointes vous prouveront, &c.

Nous croyous n'avoir oublié aucun détail nécessaire. L'usage et les liaisons ou les rapports, avec les personnes en place et en dignité apprendront d'ailleurs ce qui a pu être omis.

DES LETTRES D'AFFAIRES.

INSTRUCTION,

Le premier, et peut-être le seul mérite de ce genre de lettres, est de dire clairement ce qu'il faut, et de ne rien dire de plus. Toute affectation à l'esprit doit en être bannie. La plaisanterie y serait déplacée : comment celui à qui vous écrivez, s'occupera-t-il sérieusement de vos affaires, si vous ne les traitez vous-même qu'en badinant ? Le seul parti qu'il puisse prendre est de vous imiter, et de n'y pas mettre plus d'importance que vous.

Voltaire savait sans contredit, être plaisant dans une lettre; Sa

correspondance en offre partout des preuves; mais il se garde bien de plaisanter avec l'Abbé Moussinot, chargé de ses affaires à Paris. Il ne prodigue pas non plus avec lui cet esprit dont il était si libéral avec tant d'autres : il sentait bien que l'esprit, dans ce cas-là, n'est propre qu'à détourner l'attention.

Madane de Maintenou en usait de même: point de verbiage, point de phrases ; elle va droit au fait; son style sévère se presse, les pensées se serrent, et les mots s'arrêtent toujours od finissent les choses. Ses lettres sont aussi des modèles en ce genre.

C'est du jugement surtout qu'il demande pour ne dire que ce qui est absolument nécessaire. Là il faut toujours sacrifier l'agrément à la précision, ne s'étendre qu'autant que la clarté l'exige, et rejeter avec le plus grand soin ces tournures étranges, ces expressions barbares, ces tours incorrects qu'ont adoptés la plupart des négocians Français.

Un comptoir, je le sais, n'est pas l'académie Française; m puisqu'on y écrit en langue Française, encore faut-il que cette langue n'y soit pas estropiée sous la plume des commis.

MODÈLES. Lettre de Voltaire d M. l'Abbé Moussinot. M. de Brézé est-il bieu solide ? qu'en pensez-vous, mon prudent ami? cet article d'intérêt nettement examiné, prenez 20,000 livres chez M. Michel, et donnez-les à M. de Brézé en rentes viagères, au dix pour cent. Cet emploi sera d'autant plus agréable, qu'on sera payé aisément, et régulièrement sur ses maisons à Paris. \Arrangez cette affaire

pour le mieux; et une fois arrangée, si la terre de Spoy peut se donner pour 50,000 livres, nous les trouverons vers le mois d'Avril. Nous vendrons des actions, nous emprunterons au denier vingt, &c.

Lettre du même au même. Trente-cinq inille livres pour les tapisseries de la Henriade: C'est beaucoup, mon cher trésorier. Il faudrait, avant tout, savoir ce que la tapisserie de Don Quichotte a été vendue ; il faudrait surtout, avant de commencer, que M. de Richelieu me payat mes 50,000 francs. Suspendons donc tout projet de tapisserie, et que M. Oudri ne fasse rien sans un plus amplement informé.

Faites-moi, mon cher abbé, l'emplette d'une petite table qui puisse servir à la fois d'écran et d'écritoire, et envoyez-la de ma part chez Madame de Vinterfield, rue Platrière.

Encore un autre plaisir : il y a un chevalier de Mouhy, qui demeure à l'hôtel Dauphin, rue des Orties. Ce chevalier veut m'emprunter cent pistoles, et je veux bien les lui prêter. Soit qu'il vienue

VOL IS.

chez vous, soit que vous alliez chez lui, je vous prie de lui dire que mon plaisir est d'obliger les gens de lettres quand je le puis; mais que je suis actuellement très-mal dans mes affaires ; que cependant vous ferez vos efforts pour trouver cet argent, et que vous espérez que le remboursement en sera délégué de façon qu'il n'y ait rien à risquer. Après quoi vous aurez la bonté de me dire ce que c'est que ce chevalier, et le résultat de ces préliminaires.

Dix-huit francs au petit d'Arnaud: dites-lui que je suis malade, et que je ne puis écrire. Pardon de toutes ces guenilles ; je suis un bavard bien importun; mais je vous aime de tout mon cœur.

Lettre du même au même. Je vous prie, mon cher abbé, de faire chercher une montre à secondes chez Leroi, ou chez Lebou, ou chez Tiout, enfin la mei. Heure montre, soit d'or ou d'argent, il n'importe, le prix n'importe pas davantage. Si vous pouvez charger de cette montre à répé. tition, l'honnête Savoyard que vous nous avez dejà envoyé ici à cidquante sous par jour, et que nous récompenserons encore outre le prix convenu, vous l'expédierez tout de suite, et vous ferez là une affaire dont je serai satisfait.

D'Hombre, que vous connaissez, a fait banqueroute; il me devait 15,000 francs: il vient de faire un contrat avec ses créanciers, que je n'ai point signé. Parlez, je vous prie, à un procureur, et qu'on m'exploite ce drôle dont je suis très-mécontent.

J'ai lu l'épître de d’Arnaud : je ne crois pas que cela soit imprimé, ni doive l’être. Dites-lui que ma santé ne me permet pas d'écrire à personne, mais que je l'aime beaucoup. Retenez-le quelquefois à diner chez M. Dubreuil ; je paierai les poulardes très-volontiers. Eprouvez son esprit et sa probité, afin que je puisse le placer. Je vous le répète, mon cher ami, vous avez carte blanche sur tout, et je n'ai jamais que des remercimens à vous faire.

DES LETTRES DE DEMANDE.

INSTRUCTION. Une demande par écrit ne se fait que de deux nianières; par un placet ou par une lettre. Le premier ne s'adresse qu'à des geus en place, et il est soumis à des formes qui n'ont rien de commun avec le style épistolaire. La seconde n’a de règles que celles qui sont dictées par la circonstance: que demande-t-on et à qui?

Si la personne est fort au-dessus de nous, il faut un ton plus res. pectueux que si l'on en était à une moindre distance. Si la chose est aisée à obtenir, il ne faut pas mettre autant d'instance que dans le cas où il y aurait des obstacles à vaincre. Si le service, enfin, dépend de celui à qui l'ou s'adresse, il y a peut-être quelques ménagemens de

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