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dans son chant, elle vous pria Je sentis alors combien il est doucement à l'oreille de toucher un doux de retrouver ce calme en soie peu plus juste, quelle mine hideuse même. Je lui demandai ses convous fites alors à votre amie !" seils pour entretenir dans mon

“ Ah! de grâce, n'achevez pas," ceur cette riante sérénité. Deux m'écriai-je en fondant en larmes ; heures s'écoulèrent ainsi rapidecar ces paroles m'avaient pénétrée nent clans un entretien d'amitié, de jusqu'au fond du caur.

confiance, et d'instruction tou. « C'était la vanité, ce vice que chantes. vous n'osiez pas me nominer.

Ja- Mon papa, sans n'en avertir, mais je n'ai senti si vivement com- avait fait préparer une petite fète. bien il est affreux.”

Nous la célébrâmes avec toute la Je ne pus en dire clavantage ; joie dont nos cæurs venaient de se mais, elle vit bien ce qui se passait remplir. C'est depuis ce jour, ma dans mon caur. Ses bras agités chère amie, que j'ai commencé à me pressèrent contre son sein avec me guérir d'un défaut si insupporune tendresse que je ne saurais te table aux autres, et à moi-même. peindre. Je sentais ses larmes cou- Je te laisse maintenant à periser si ler sur mon visage, tandis que ses je puis oublier, quand ce jouir reyeux étaient tournés vers le ciel. vient, de marquer ma tendre reco

L'éloquence de cette prière mu- nnaissance à la digne amie qui en ette acheva de me troubler. Nous a fait l'époque de mon bonheur. étions venues, sans nous en aperce- Eug. O ma chère Agathe, heuvoir, au pied de l'ormeau que voici. reusement j'ai du temps encore. Je Nous étions debout auprès de ce veux aussi lui préparer mon boubanc de verdure. Je m'y laissai quet, pour avoir su doubler le plaitomber à demi-évanouie. Elle me sir que je sentais à t'aimer. prodigua les plus tendres secours,

Le même. et ranima, par ses caresses, mes esprits abattus.

Comme nous étions près de rentrer à la maison, je lui dis en l'em- LE brassant: “ Séchez vos larmes, ma bonne amie ; ce sont aujourd'hui les dernières que vous aurez à répan- Le petit Gaspard était parvenu à dre sur mes défauts.”

l'âge de six ans, sans qu'il lui fùt Ma chère Agathe, me répondit- jamais échappé un mensonge.nl elle, rien ne pouvait me causer une ne fesait rien de mal ; ainsi il n'aplus grande joie pour le jour de ma vait aucune raison de cacher la véfète, que de vous voir témoigner rité. Lorsqu'il lui arrivait quelque cette noble résolution. C'est le malheur, comme de casser une vibouquet le plus propre à nous pa- tre, ou de faire une tache à son harer l'une et l'autre; et j'espère bit, il allait, tout de suite, l'avouer qu'il ne se flétrira jamais, à son papa. Celui-ci avait la bon

Peu à peu nous devînmes toutes té de lui pardonner ; et il se contene les deux plus tranquilles Elle me fit tait de l'avertir d'être dorénavant remarquer

le

repos délicieux de la plus attentif. matinée. Mon cæur soulage se Un jour son petit cousin Robert trouvait en état de goûter les vint le trouver. Celui-ci était un charmes d'un beau jour. fort méchant garçon. Gaspard,

! MENTEUR CORRIGE

MEME.

PAR LUI

qui voulait amuser son ami, lui bien, mon enfant, tu as donc été proposa de jouer au domino. Ro-bien heureux aujourd'hui au dobert le voulut bien; mais à condi- mino? Oui, monsieur, lui répontion que chaque partie serait d'une dit Robert, j'ai joué fort heureusepièce de deux sous. Gaspard re- ment. fusa d'abord, parce que son père. Et combien as-tu gagné à mon lui avait défendu de jouer de l'ar- fils ? gent. Enfin, il se laissa séduire par Vingt-quatre sous. les prières de Robert ; et il perdit

Et t'a-t-il payé? en un quart d'heure tout l'argent Eh mais ! sans doute! Oh! oui ; qu'il avait économisé depuis quel- je ne lui demande plus rien, ques semaines sur ses plaisirs. Quoique Gaspard eût mérité Gaspard fut désolé de cette perte ; d'être puni sévèrement, son père il se retira dans un coin, et se mit voulut bien lui pardonner pour cette làchement à pleurer. Robert se première fois. Il se contenta de moqua de lui, et s'en retourna lui dire, d'un air de mépris : Je sais triomphant avec son butin. maintenant que j'ai un menteur

Le père de Gaspard ne tarda pas dans ma maison ; et je vais avertir à revenir. Comme il aimait beau- tout le monde de se défier de ses coup son fils, il le fit appeler pour paroles, l'embrasser, Que t'est-il donc a- Quelques jours après, Gaspard rrivé dans mon absence? lui dit-il, alla voir Robert, et lui fit voir un en le voyant accablé de tristesse. très-beau porte-crayon, dont son

Gaspard. C'est le petit Robert, oncle lui avait fait présent. Romon voisin, qui est venu me forcer bert en eut envie, et chercha tous dle jouer avec lui au domino. les

moyens

de l'avoir. Il proposa M. Gaspard. Il n'y a pas de mal en échange ses balles, sa toupie, et à cela, mon enfant, c'est un amuse- ses raquettes; mais comme il vit ment que je t'ai permis. Mais que Gaspard ne voulait s'en défaire est-ce que vous avez joué de l'ar- à aucun prix, il enfonça son chagent?

peau sur ses yeux, et dit effronté. Gaspard. Non, mon papa. ment: Le porte-crayon m'appar

M. Gaspard. Pourquoi donc as- tient. C'est chez toi que je l'ai tu les yeux rouges?

perdu, et peut-être même me l'asGaspard. C'est que je voulais tu dérobé. Gaspard eut beau profaire voir à Robert l'argent que tester que c'était un cadeau de son j'avais épargné pour m'acheter un oncle. Robert se mit en devoir de livre. Je l'avais mis, par précau- le Jui arracher ; et, comme Gastion, derrière la grosse pierre qui pard le tenait fortement dans ses est à notre porte. Quand j'ai voli- mains, il lui sauta aux cheveux, le lu le chercher, je ne l'ai pas trou- terrassa, lui mit les genoux sur la vé. Quelque passant me l'aura poitrine, et lui donna des coups de pris.

poing dans le visage, jusqu'à ce que Son père soupçonna, dans ce ré-Gaspard lui eût remis le portecit un peu de mensonge; mais il crayon. cacha son mécontentement, et il Gaspard rentra chez lui, le niez alla aussitôt chez son voisin. Lors, tout sanglant, et les cheveux à qu'il aperçut le petit Robert, il a moitié arrachés. Ah! mon papa, tecta de sourire, et lui dit: En s'écria-t-il, d'aussi loin qu'il l'aperçut, venez me venger. Le mé-) En. Ah! vous écrivez-j'en chant petit Robert m'a pris mon suis fàchée. porte-crayon, et m'a accommodé

La M. Pourquoi ? comme vous voyez.

Em. Mais à qui écrivez-vous Mais, au lieu de le plaindre, son donc ? père lui répondit: Va, menteur, La M. C'est à quelqu'un à qui tu as joué sans doute au domino. j'ai affaire, et que vous ne connaiC'est toi qui t'es barbouillé le nez ssez pas. de jus de mûres, et qui as mis ta Em. Et

que

lui mandez-vous, je chevelure en désordre, pour m'en vous prie? imposer. En vain Gaspard affirma La M. Qu'est-ce que cela vous la vérité de son récit. Je ne crois fait ? plus, lui dit son père, celui qui m'a En. Rien ; mais c'est pour le trompé une fois.

savoir. Gaspard, confondu, se retira dans La M. Vous voyez bien que sa chambre, et déplora amèrement votre curiosité est indiscrète et sans son premier mensonge. Le lende- objet. main il alla trouver son père, et lui Em. Comment donc, maman? demanda pardon. Je reconnais, lui La M. Ecoutez-moi. Lorsque dit-il, combien j'ai eu tort d'avoir vous me parlez tout bas des choses cherché une fois à vous en faire a-qui vous intéressent, si une de vos ccroire. Cela ne m'arrivera plus de petites amies venait vous interromma vie ; mais ne me faites pas da- pre et vous demander ce que nous vantage l'affront de vous défier de disons, qu'est-ce que vous diriez ? mes paroles.

Em. Je dirais qu'elle est bien Son père m'assurait l'autre jour, curieuse, et que cela ne la regarde que depuis ce moment il n'était pas pas. échappé à son fils le mensonge le La M. Vous croyez donc qu'elle plus léger, et que de son côté il l'en commettrait une faute contre la récompensait par la confiance la politesse et la discrétion? plus aveugle. "Il n'exigeait plus de Em. Oui, maman. jui ni assurance, ni protestation. La M. Eh bien, vous venez de C'était assez que Gaspard lui eût commettre la même faute avec moi, dit une chose, pour qu'il s'en tînt et une bien plus grande encore ; aussi sûr que s'il l'avait vue de ses car vous me devez plus d'égards propres yeux.

que votre petite amie ne vous en Quelle douce satisfaction pour un doit. père honnête, et pour un fils digne Em. Mais vous ne causiez pas de son amitié !

Le même. tout bas, maman; vous écriviez.

La M. L'écriture est la conversation des absens. C'est le seul moyen qu'on ait de leur communiquer ses idées ; l'on confie alors ses

secrets au papier ; voilà pourquoi Emilie, La Mère.

tout ce qui est écrit est sacré. Nous

ne devons pas plus nous permettre Emilie. Maman!

de lire les papiers qui se trouvent La Mère. Que voulez-vous, sous notre main, quand ils ne nous Emilie?

sont pas adresses, que d'écouter

DIALOGUE.

deux personnes qui se parlent tout la probité, à toutes les lois de l'hobas.

nneur et de la société, que de lire Em. C'est donc bien mal d'écou- un papier adressé à un autre, et ter? Je ne le savais pas.

d'écouter ce que l'on dit avec deLa M. Vous devez le concevoir, ssein de n'être pas entendu. puisque vous trouveriez mauvais

Em. Tous les jours, grâce à que vos compagnes écoutassent, vous, ma bonne maman, j'apprends quand vous me parlez.

quelque chose de nouveau. Souvent En. Oui, et il faut faire pour les rème je m'instruis sans vos leçons; autres comme nous voulons qu'ils il me suffit pour cela de vous écoufassent pour nous. Je sais bien cela. ter dans les choses que vous ne

La M. Souvenez-vous donc que m'adressez point, et de parler ce serait manquer à l'honnêteté, à tout bas à mon coeur.

LE GOÛTER:

OU,

UN BIENFAIT N'EST JAMAIS PERDU.

Drame en un Acte.

PERSONNAGES.

Adélaïde de Saint-Firmin, âgée de 13 ans.
Le Chevalier de Saint-Firmin, âgé de 12 ans.
Sophie de Florinville, âgée de 10 ans.
Un petit Paysan.
Un vieux Soldat.

Le Théâtre représente une allée de jardin terminée par une grille qui donne sur la campagne. La route passe au pied de la grille. SCENE I. .

Sophie ne vient pas ! Serait-elle

malade ? Ou sa mère l'aurait-elle Adélaïde est appuyée sur une petite empêchée de sortir ? Elle nous

table entourée de trois siéges, el avait promis de venir goûter avec sur laquelle sont un pot de confi- nous, et d'être ici avant cinq heures ! tures et trois petits pains. Adé- Il en est six, et je ne la vois pas ! laïde tient un livre, et lit avec Elle se lève et regarde de tous . distraction ; elle jelte de temps tés.) Ce retard commence à m'ina en temps les yeux sur le pot de quiéter. Croyant qu'elle viendrait, confitures, et du côté de la mon frère et moi, nous avons de grille : enfin, après un moment mandé pour notre goûter ce pot de de silence, elle dit avec humeur : Imarmelade d'abricots.

Nous sa

pas ?

la ne

vions qu'elle l'aime à la folie. Nous Ad. Eh bien, il faut l'attendre. voulions la surprendre agréable- Le Ch. Pourquoi ? ment, et elle ne viendra pas ! Ad. Pourquoi parce que je l'ai

invitée. SCENE II.

Le Ch. Pourquoi ne vient-elle Adélaïde, le Chevalier.

Ad. Je n'en sais rien.

Le Ch. (reporte le pot avec huLe Chevalier. Eh bien, ma sæor, meur) Sophie est bien aimable, je goûtons-nous ? j'ai un appétit dé- l'aime de tout mon cœur ; mais vorant.

(il regarde son goûter avec gourAd. Non, pas encore, chevalier. mandise) dans ce moment-ci, mon

Le Ch. Comment! pas encore ! goûter l'emporte sur elle, et je vais Je ne peux plus attendre, moi.

goûter en l'attendant. Ad. J'attends bien.

Ad. Ah ! mon frère, si tu m'ai. Le Ch. Tu n'as pas, et tu ne dois mes, tu l'attendras. Je compte sur pas avoir si faim que moi : toute ton bon cæur. l'après-dînée tu as été assise à côté Le Ch. (avec humeur) Oui ! mon de maman. Coudre, lire, babiller, bon cœur ! C'est bien vilain aussi, cela ne donne point d'exercice ; ce- à mademoiselle Sophie de manquer

fait
pas

venir l'appétit: mais comme cela à sa parole. Quand moi, qui ai pris ma leçon d'armes, on a des rendez-vous d'honneur, on ma leçon de danse, et qui viens de n'y manque pas ; et parmi nous aubecher mon jardin, cela m'a fait di-tres enfans, un rendez-vous de goû. gérer mon diner ; et bien vite en- ter est un rendez-vous d'honneur. core !

Ad. Attendons encore un peu ; Ad. J'en conviens.

elle viendra sûrement. Le Ch. Et puis quand je n'au- Le Ch. Oui, pourvu que sa mère rais pas faim, crois-tu que la vue ne l'en empêchie pas. Elle a des et l'odeur de ce pot de confitures caprices, sa mère ! ne me mettraient pas bientôt en a- Ad. Comment donc cela ? ppétit ? (Il va prendre le pot de Le Ch. Je ne sais pas trop ce que confitures, le sent, et le donne d sentir c'est qu'un caprice ; mais quand on à sa sæur.) Sens, ma sæur, sens ; parle de Madame de Florinville, on il embaume !

dit, c'est une girouette ; et cela m'a Ad. Il me fait autant envie qu'à fait croire qu'une femme qui a des toi.

caprices, est une femme dont la tête Le Ch. Eh bien, découvrons-le, tourne au premier vent. et mangeons.

Ad. (gaiement) Si madame de A. Non, chevalier, cela ne se Florinville savait que nous parlons peut pas.

d'elle comme cela ! Le Ch. Pourquoi donc? as-tu Le Ch. Elle doit bien s'en dou. goûté ?

ter. Nous voyons tout, nous auAd. Non.

tres. Nos parens ne se méfient Le Ch. Ni moi non plus. pas de nous, parce que nous soAd. Ni Sophie non plus. mmes enfans ; mais ils n'ont

pas Le Ch. Et oil est-elle ? meilleurs juges que nous. Tiens, Ad. Elle n'est pas encore venue. Par exemple, maman; je m'aperLe Ch. Eh bien !

Içois bien de sa finesse.

de

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