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IMPRIMERIE DE J. TASTU,

RUE DE VAUGIRARD, No 36.

DU

DIX-NEUVIÈME SIÈCLE,

RÉDIGÉ

Par MM. Aignan (de l'Académie française), Année,

Bert, BERVILLE, Félix BODIN, Buchon, CHATELAIN,
DuLaure , Alexis Duménil, Évariste DUMOULIN ,
ÉTIENNE, GUADET, A. JAY, LANJUINAIS (de l'Acadé-
mie des inscriptions), DE LATOUCHE, Cauchois-Le-
MAIRE, MONTROL , Moreau, J.-P. Pavès, L.-B. P.-
CARD ( de l'Académie française), X.-B. SAINTINE , DE
SENANCOUR, LÉOn-Thessé, A THIERS, P.-F. Tissot,
YMBERT, etc., etc.

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BAUDOUIN FRÈRES, LIBRAIRES,

RUE DE VAUGIRARD, N° 36.

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DU

DIX-NEUVIÈME SIÈCLE.

A UN POËTE

Qui? moi ! du crayon rouge, attribut d'un censeur,
De vos vers nonchalans affliger la douceur.
Sur des rimes sans faste et sans art enlacées,
Laisser tomber, pédant, la règle aux mains glacées !
Vos accens imparfaits savent-ils émouvoir ,
Plaisent-ils ? vous savez tout ce qu'il faut sayoir.
Que vos vers , comme vous, à la gêne indociles,
Volent près des amours sur des routes faciles.
Laissez-les, croyez-moi, sans trouble et sans tourmens,
Grandir sous les lambris de vos châteaux normands.
Sans fatigue , au hasard, cueillez à peine éclose
La rime en votre esprit, comme en vos champs la rose.

* M. Ulric Guttinguer, poëte français, malgré son nom , ét citoyen de Rouen, une des villes les plus françaises que nous conpaissions. M. Guttinguer, qui a la modestie de demander des conseils, vient de publier un recueil de vers pleins de naturel et de grâce , sous le titre de Mélanges poétiques. Nous en rendrons compte.

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La rime a des ennuis qu'elle enchaîne à ses pas :
Trop heureux si vos jours ne les apprennent pas !
Un seul mot à polir est quelquefois rebelle,
Tel vers coûte à dompter plus de soins qu'une belle,
Et s'il vous faut rimer et trahir tour à tour,
Offensez la cesure et ménagez l'amour.

humbles jaloux de votre double crime , Laissez les longs regrets , la constance et la rime.

A nous,

La poésie , encens digne des immortels,
S'épure lentement aux flammes des autels ;
Elle est un don du ciel, mais un don de sa haine.
Voudriez-vous d'Hector, de Pâris et d'Hélène,
Voir tomber dans vos vers les murs ensanglantés ?
Un roseau dans la main, mendiez et chantez.
Chantez l'ange déchu de sa splendeur première,
Mais de vos yeux flétris exilez la lumière.
Ouvrez à l'Occident l’Indus oriental,
Lisbonne vous attend sous son noir hopital.
Et s'il vous faut enfin abreuver d'harmonie
Ces beaux noms de Renaud , d'Olinde et d'Herminie,
Allez , triste jouet des tyrans offenses ,
Expier tant d'orgueil sous des fers insensés.

Non! l'amitié frémit d'un sort qu'elle déteste :
De l'arbre du savoir fuyez l'ombre funeste.
A vos jours d'innocence épargnez ces revers ;
Comme un pommier ses fruits , laissez tomber vos vers.
Ils ont, demi-formés des mains de la tendresse,
La grâce et les défauts, enfans de la

paresse. Allez flatter Agnès de couplets caressans, Les échos neustriens rappellent vos accens,

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