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encore à mander à Burigny, qui s'en fùt contenté peutétre. Mais n'ayant garde de répondre sur ce ton à un laborieux et consciencieux érudit, qui faisait, parfois, pour lui, des recherches, et l'avait souvent aidé de ses lumières, « tout ce que je peux vous dire, monsieur (lui répondait-il), c'est que feu M, Secousse ' m'écrivit, il y a quelques années , à Berlin, que son oncle ( mort, qu'on le remarque, dès 1711, plus de cinquante années avant le jour où Voltaire signa cette lettre) ', que son oncle avait réglé les droits et les reprises de M'le des Vieux, fondés sur son conTRAT avec M. Bossuet : c'est chose que je vous assure, sur mon honneur :. » Ses deux garants, en un mot, n'étaient plus; et qui ne voit , d'ailleurs, à quoi se devait résumer leur témoignage?

Secousse, l'oncle, ce profond et illustre jurisconsulte , mort en 1711, avait-il pu avoir à régler des reprises matrimoniales, en exécution d'un contrat de mariage, impossible, on l'a vu, mais, en tout cas, demeuré sans effet, selon le dire de Voltaire lui-même, et, en un mot, devenu caduc? Ce sera aux légistes de répondre; et Voltaire, du reste, use discrètement, cette fois, des mots de contral, de droits et de reprises, sans plus tant parler de conventions en vue d'un mariage. Sur le contrat de prêt, intervenu , en 1682, entre René Pageau et Catherine Gary de Mauléon; sur le cautionnement consenti alors par Bossuet; sur le long et facheux procès que nous avons vu s'ensuivre , l'avocat Jean-Léonard Secousse avait pu être consulté, s'en souvenir, en parler; de là même, sans nul doute, ce que, en longtemps après sa mort, on lui fait dire de convenlions et de reprises.

Denis-François Secousse, avocat au parlement de Paris, membre de l'Académie des inscriptions, mort le 15 mars 1754.

2 Jean-Léonard Secousse, avocat, chef du conseil du duc du Maine. mort le 16 novembre 1711.

3 Lettre de Voltaire à Burigny, juillet 1561

Burigny, quoi qu'il en soit, dans sa Vie de Bossuet, imprimée en 1761', devait traiter comme elle le mérite cette belle invention de mariage. Voltaire, encore que le biographe, dans ce qu'il dit sur ce point, l'eût ménagé, et, assurément, à l'excès, ne pouvant toutefois supporter qu'on l'osât ainsi contredire, son dépit parut dans une lettre à Burigny, qui lui ayant, jusque-là , envoyé toujours ses productions, avait cru lui devoir envoyer aussi sa Vie de l'évêque de Meaux. Voltaire, dans son remerciement, trèspostérieur à l'envoi du livre, s'excuse lestement sur ce que u le Bénigne Bossuet lui est parvenu fort tard. Vous avouez, ajoute-t-il, que ce Père de l'Église a été un peu Mauléoniste, et cela suffit. Au reste, je fais plus de cas de Porphyre. Je vous remercie, en particulier, d'avoir traduit son livre contre les gourmands; j'espère qu'il me corrigera'. » Remerciement plein, sans doute, de convenance, d'aménité et de grâce. Si, raconter au vrai, comme Burigny, dans cette Vie, le fait après de Boze, les relations les plus notoires pour tous, les plus avouées, les plus légitimes, entre Catherine Gary de Mauléon et Bossuet, ce fut reconnaitre que ce dernier avait été un peu Mauléoniste , nos lecteurs en pourront décider, et apprécier aussi une telle plaisanterie en semblable matière. C'était, quoi qu'il en soit, se tirer galamment d'affaire; une si éclatante réparation d'honneur envers le grand pontife outragé, ne laissait plus rien à désirer pour sa mémoire. Burigny, homme érudit, après s'être, autrefois, consumé si longtemps en recherches pour Voltaire, prodigue alors envers lui remerciements, de louanges, de caresses, de questions nouvelles, put comprendre, à cette fois, qu'en ce qui regarde Bossuet Voltaire n'entendant pas qu'on

· Vie de Bossuet, évêque de Meaux, par M. de Burigny, de l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres ; 1761, in-12, p. 93 et suiv.

Burigny avait, co 1740, publié une traductiou du traité grec de Porphyre, touchant l'abstinence de la chair ( avec la vie de Plotin ; 1740,

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le renseignat autrement qu'à sa fantaisie, ni même qu'on écrivit dans un autre esprit que le sien, il faudrait, sur ce chapitre, l'en croire à l'aveugle dorénavant, ou, du moins, se bien garder de le dédire.

Qu'avait-il voulu autre chose, par ses récits, qu'ébranler une colonne du temple dont la démolition était jurée; perdre d'honneur le plus révéré pontife, le dernier Père d'une Église qu'il haïssait avec fureur; persuader enfin à tous, pour parler avec Montaigne, que « autre chose est le presche que le prescheur'. » De tous ces contes, pensait le philosophe, toujours restera-t-il quelque chose ?; en quoi, sans doute, il témoigna bien connaitre les hommes, prompts la plupart à accueillir favorablement les bruits propres à rabaisser ceux qui ont droit à la vénération du monde, à sa confiance, à ses hommages. Aussi , dans son temps, dont, par malheur, il fut l'oracle, beaucoup écoutèrent-ils, en tout sérieux, ces récits de mariage Aujourd'hui même, après que de graves écrivains, et le cardinal de Bausset mieux que tous les autres, ont fait justice de cette fable, quelques-uns voudraient paraitre encore y croire. L'auteur d'une Histoire du christianisme, imprimée en 1837, n'a pas craint de la reproduire 8. Des personnes honnêtes, chaque jour, lorsque le nom de l'évêque de Meaux est prononcé en leur présence, se souvenant aussitôt de ce petit conte de son mariage, demandent ingénument ce qu'il y a, sur cela, de véritable, ne se pouvant résoudre à croire que, gratuitement et sans aucune occasion, de si odieuses imputations aient pu être hasardées, trouver créance et avoir cours. Il convenait donc d'insister, sur ce point, une fois encore; et, après ce qu'en ont

" Montaigne , Essais, liv. II, ch. 10.

« Cette supposition (du mariage de Bossuet ) était presque devenue historique, » dit M. J. S. La Chapelle, dans son article sur l'histoire de Fénelon, par M. de Bausset. (Moniteur du 6 janvier 1815.)

3 Histoire du christianisme et des églises chrétiennes, depuis Jésus jusqu'au dix-neuvième siècle, par de Polter ; 1837, t. VIII, p. 311.

dit plusieurs auteurs', d’actives recherches nous ayant obtenu des notions nouvelles, au public devait être offert le résultat de nos efforts. Indiquer l'origine, manifester la fausseté de ces dires perfides; venger Bossuet de tant de calomnies et d'outrages; montrer debout, et ferme à jamais, cette haute et majestueuse colonne, si digne du temple dont elle est un des plus beaux ornements, un des plus solides appuis, c'était pour nous un devoir pressant, et nous nous sommes efforcé de le remplir.

· Justification sommaire (par Rondet ] de l'histoire ecclésiastique de M. l'abbé Racine , contre l'écrit intitulé : Lettre sur le nouvel abrégé de l'histoire ecclésiastique de M. l'abbé Racine (par Denesle ], 1759, 1760, in-12, 116 pages.

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