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A LA

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AVERTISSEMENT. L'ON voyoit avec douleur périr presque

entre les mains des fidèles le seul livre de piété qui a été composé en notre langue par un saint, L'INTRODUCTION A LA VIE DÉVOTE, Ouvrage qui depuis près d'un siècle a été également cher et utile à toute la France. L'estime s'en est conservée jusqu'à nos temps, et deux choses y ont contribué : le zèle prudent des directeurs qui en ont toujours conseillé la lecture; et l'approbation universelle des personnes avancées en âge qui en avoient pris une haute idée dès leurs premières années Mais si nous considérons les fidèles qui sont entre deux âges, nous ne trouverons parmi eux que l'estime de ce livre, sans presque aucun usage et à l'égard de ce que l'on peut appeler le jeune monde de l'un et de l'autre sexe, à peine même y est il commu.

C'est un malheureux effet de la délica. tesse de notre siècle sur les livres de dévotion, qui ne sont pas raisonnablement

bien écrits, et par conséquent sur ceux desquels les grands changemens de la langue ont fait perdre cet agrément : il est vrai, et l'on peut ajouter, que cette délicatesse sert à beaucoup de gens pour excuser leur indévotion. Cependant il ne faut pas blâmer i la délicatesse du siè-cle, ni son indévotion par cet endroit-là : d'autant que la raison de ne rebuter la piété de personne par le dégoût d'un mauvais style, et principalement de ne pas mettre entre les mains de la jeunesse des livres qui puissent lui apprendre à parler mal françois, aura toujours son poids et son autorité. Quoiqu'il en soit, on étoit dans la nécessité, ou de laisser périr cet excellent livre, ou de l'accommoder aux usages présens de la langue, pour condescendre à la délicatesse du siècle, et ne laisser aucune excuse à son indévofion.

Hé pourquoi souffrir patiemment que cet admirable ouvrage nous devienne inutile? Pourquoi nous priver d'un bien que la divine providence nous a'vonlu rendre propre? Pourquoi les nations étrangères,

riches de notre bien par la traduction de ce saint livre en leurs langues, nous reprocheront elles notre négligence à le faire valoir pour nous-mêmes? Pourquoi la piété recevra-t-elle avec plaisir tant de traductions de livres étrangers, renou velées et retouchées à proportion des changemens considérables de notre langue, et n'osera-t-on toucher à celui-ci ?

L'on dira peut-être que le respect, qu'on doit à l'ouvrage d'un saint, demande qu'on n'y touche pas plus qu'à ses reliques. Mais je réponds à cela : le respect infini qu'on doit à la Sainte-Écriture, empêchet-il qu'on ne la donne en françois aux fidèles pour s'en édifier; et qu'on n'en renouvelle les anciennes traductions ? Pécherat-on plus contre la vénération due à saint François de Sales, en changeant quelques termes et expressions de son introduction, qu'en la traduisant en une langue étrangère? Et vaut-il mieux qu'il parle italien à Rome, et allemand à Vienne, ou espaguol à Madrid, que de parler comme nous parlous maintenant en France. Un tel respect seroit tout semblable à celui

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