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LITTÉRAIRE,

PHILOSOPHIQUE ET CRITIQUE;

ADRESSÉE

A UN SOUVERAIN D'ALLEMAGNE,

DEPUIS I770 JUSQU'EN I782,

PAR LE BARON DE GRIMM

ET PAR DIDEROT.

TOME CINQUIÈME.

PARIS,

F, BUISSON, LIBRAIRE, RUE GILLES-CŒUR, N°. 10.

CORRESPONDANCE

LITTÉRAIRE,

PHILOSOPHIQUE,
CRITIQUE, etc. MAI 1779.

Q u o Iq uE la querelle entre les Gluckisles et les Piccinistes soit toujours ce qui nous occupeessentiellement , on a bien voulu faire un peu de diversion à ce puissant intérêt en faveur de l'Ordre profond et de {Ordre mince. Ces discussions de tactique , dont l'esprit de parti s'est mêlé comme de raison , ont paru même avoir quelque analogie avec la diversité de nos opinions en musique. On a trouvé que V Ordre profond ou le système de M. deMénil-Durant n:était que l'ancienne colonne de Folard, reproduite sous une forme nouvelle; comme le système du chevalier Gluck n'était que notre ancienne Psalmodie française renforcée d'un orchestre plus riche et plus bruyant. On a dit que l'Ordre mince, adopté par le plus grand homme de guerre de nos jours, et à son exemple, par la plus grande partie de l'Europe, était comme cette musique ultramontaine quipouvaitbien convenir à toutes les autres nations de la terre, mais qui ne conviendrait jamais à la nôtre, vu le peu de rapports qu'elle avait avec notre caractère , nos goûts et nos habitudes.

Ce fut d'abord à la suite du Camp de Bayeux que cette grande question fut agitée avec le plus de vivacité; mais elle fut bientôt oubliée et le serait sans doute encore aujourd'hui, au moins du public de la capitale, si M. de Guibert né venait pas de réveiller les esprits sur cet objet intéressant, par un ouvrage intitulé : Défense du Système de Guerre moderne, ou Réfutation complète du Système de M. de Ménil-Durant, -par l'auteur de V Essai général de Tactique, en deux volumes in-8°.

Cet ouvrage, quoiqu'il traite des matières qui ne sont pas à la portée de tous les lecteurs, et qui n'intéressent mêmeproprement qu'une seule classe de la société, n'en a pas moins fait une très-grande sensation. C'est un privilége attaché à toutes les productions du même auteur, et ce privilége tient sans doute à l'énergie avec laquelle il donne à tous ses écrits l'empreinte de son caractère et de son génie, d'un génie ardent et fier, d'un caractère ambitieux mais plein de franchise , et dont l'élévation annonce une âme qui sent toutes ses Forces et le noble besoin de les consacrer à la gloire de sa patrie.

La faveur dont M. de Broglie continue d'honorer le Système de l Ordre profond', malgré la réclamation presque universelle de l'armée, et les justes égards que M. de Guibert a cru devoir à un suffrage si considérable, ne lui ont pas donné peu d'embarras. Il n'en a pas attaqué moins vivement M. de Ménil-Durant, mais il n'a pas perdu une seule occasion de donner les plusgrands éloges aux talensde son illustre protecteur. Quelque sincère que pût être au fond cette conduite, elle ne lui a point réussi dans l'esprit de M. le maréchal, qui lui a fait fermer sa porte, et n'a pas empêché le comte de Broglie de dire à tout le monde que M. de Guibert avait traité dans son livre M. deJVlénil-Durant comme un polisson, et son frère connue un sot. Il est donc vrai que l'intolérance tient si fort à la nature humaine, qu'il n'y a point d'opinion, point d'état qui n'en soit susceptible.

Il y a long-temps qu'on nous annonçait l'opéra à'Iphigénie en Tauride comme le chef-d'œuvre de la musique dramatique. C'est le mardi 18 qu'on nous eu a donné la première représentation, et en effet, quelque éclatant qu'ait été le succès des ouvrages de M. Gluck en France, il n'y en a aucun quiait fait une impression si forte et si générale. Le poème est le coup d'essai d'un jeune homme, de M. Guillard; il est vrai que M. le Bailli du Rollet prétend en avoir tracé le dessin, M. le chevalier Gluck l'avoir corrigé et pour ainsi dire refait, de sorte qu'il ne resterait guère à M. Guillard que le mérite de l'avoir rimé; mais ce mérite,

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